{"id":1773,"date":"2020-03-06T11:27:26","date_gmt":"2020-03-06T10:27:26","guid":{"rendered":"http:\/\/liremarx.noblogs.org\/?p=1773"},"modified":"2020-03-14T11:35:42","modified_gmt":"2020-03-14T10:35:42","slug":"capitalisme-vs-etat-du-changement-selon-la-gauche-anticapitaliste-michael-heinrich-2011","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/?p=1773","title":{"rendered":"Capitalisme vs. Etat ? Du \u00ab changement \u00bb selon la gauche anticapitaliste, Michael Heinrich, 2011"},"content":{"rendered":"<h1><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"https:\/\/i1.wp.com\/www.marx21.de\/wp-content\/uploads\/15990900952_5365b3e770_b_Arbeit-macht-frei.jpg?resize=225%2C225&amp;ssl=1\" alt=\"R\u00e9sultat de recherche d'images pour &quot;arbeiterr\u00e4te marxismus&quot;\" width=\"290\" height=\"290\" \/>Capitalisme <em>vs.<\/em> Etat ? <\/strong><strong>Du \u00abchangement\u00bb selon la gauche anticapitaliste<\/strong><\/h1>\n<p>par Michael Heinrich, 2011<\/p>\n<p>Publi\u00e9 sur le site <a href=\"http:\/\/www.palim-psao.fr\/article-capitalisme-vs-etat-du-changement-selon-la-gauche-anticapitaliste-par-michael-heinrich-85413681.html\">palim-psao<\/a>.<\/p>\n<p><em>En Allemagne, Die Link<a href=\"#bookmark0\">e<\/a><a href=\"#bookmark0\"><sup>1<\/sup> <\/a>a mis en d\u00e9bat son projet de programm<a href=\"#bookmark1\">e<\/a><a href=\"#bookmark1\"><sup>2<\/sup> <\/a>de gouvernement, dont l\u2019adoption officielle est pr\u00e9vue \u00e0 l\u2019automne 2011, en vue des \u00e9lections l\u00e9gislatives de 2013. Dans cet article<a href=\"#bookmark2\"><sup>3<\/sup>,<\/a> Michael Heinric<a href=\"#bookmark3\">h<\/a><a href=\"#bookmark3\"><sup>4<\/sup> <\/a>aborde la question des rapports entre capitalisme et Etat et se demande si le \u00ab changement \u00bb annonc\u00e9 par Die Linke est davantage qu\u2019un slogan creux. Au fil des notes de bas de page, nous nous pencherons en parall\u00e8le sur les programmes affich\u00e9s, dans la perspective de 2012, par les principales formations fran\u00e7aises se revendiquant de l\u2019anticapitalisme, que ce soit explicitement (Nouveau parti anticapitaliste<a href=\"#bookmark4\"><sup>5<\/sup>,<\/a> Parti ouvrier ind\u00e9pendan<a href=\"#bookmark5\">t<\/a><a href=\"#bookmark5\"><sup>6<\/sup>,<\/a> Lutte ouvri\u00e8r<a href=\"#bookmark6\">e<\/a><a href=\"#bookmark6\"><sup>7<\/sup>)<\/a> ou du bout des l\u00e8vres (Front de gauch<a href=\"#bookmark7\">e<\/a><a href=\"#bookmark7\"><sup>8<\/sup>)<\/a>.<\/em><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>L\u2019histoire des partis de gauche qui r\u00eav\u00e8rent, au si\u00e8cle dernier, d\u2019en finir avec le capitalisme est singuli\u00e8rement tragique. Ou bien ils s\u2019\u00e9loign\u00e8rent de plus en plus de leur position critique initiale, \u00e0 l\u2019instar des sociaux-d\u00e9mocrates, se contentant d\u2019administrer l\u2019appareil politique et de veiller \u00e0 \u00e9carter les obstacles \u00e0 l\u2019accumulation du capital ; ou bien, comme la plupart des partis communistes, ils persist\u00e8rent dans leur refus du capitalisme, mais d\u00e9fendirent bec et ongles un mod\u00e8le de socialisme extr\u00eamement r\u00e9pressif et autoritaire, qui ne supportait pas d\u2019\u00eatre lui-m\u00eame l\u2019objet de la moindre critique. Crisp\u00e9s sur une opposition radicale aussi bien au capitalisme qu\u2019au \u00ab socialisme r\u00e9el \u00bb, ces derniers partis finirent en g\u00e9n\u00e9ral par sombrer dans l\u2019insignifiance politique &#8211; \u00e0 supposer qu\u2019ils en soient jamais sortis.<\/p>\n<p>Au vu d\u2019une telle trajectoire historique, nous avons de bonnes raisons de nous montrer sceptiques et de prendre nos distances \u00e0 l\u2019\u00e9gard des partis de gauche vers lesquels se tournent aujourd\u2019hui tant de militants syndicaux et de mouvements sociaux. On comprend \u00e9galement que, dans son programme, Die Linke, d\u2019une part, affirme rejeter toute forme autoritaire de socialisme et, d\u2019autre part, d\u00e9clare ouvertement d\u00e8s le pr\u00e9ambule : \u00ab <em>Nous luttons pour changer le syst\u00e8me, car le capitalisme [est] fond\u00e9 sur l\u2019in\u00e9galit\u00e9, l\u2019exploitation, l\u2019expansion et la concurrence<\/em> \u00bb<a href=\"#bookmark8\"><sup>9<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p><strong>Quel capitalisme ?<\/strong><\/p>\n<p>La suite est, cependant, plus ambigu\u00eb. L\u2019ultime paragraphe, par exemple, vise uniquement le \u00ab <em>capitalisme d\u00e9r\u00e9gul\u00e9<\/em> \u00bb, tandis que partout ailleurs ce sont les \u00ab <em>march\u00e9s financiers<\/em> <a href=\"#bookmark9\">\u00bb<\/a><a href=\"#bookmark9\"><sup>10<\/sup> <\/a>qui constituent le principal objet de la critique. Et s\u2019il est vrai qu\u2019au d\u00e9but du chapitre intitul\u00e9 \u00ab <em>Le socialisme d\u00e9mocratique au XXIe si\u00e8cle<\/em> \u00bb, il est dit que \u00ab <em>le capitalisme n\u2019est pas la fin de l\u2019histoire<\/em> \u00bb, on apprend pourtant peu apr\u00e8s que Die Linke milite pour un syst\u00e8me \u00e9conomique au sein duquel pourraient cohabiter diff\u00e9rentes formes de propri\u00e9t\u00e9 : \u00ab <em>\u00e9tatique et locale, sociale et priv\u00e9e, coop\u00e9rative, etc.<\/em> \u00bb<a href=\"#bookmark10\"><sup>11<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Le parti n\u2019aura pas \u00e0 militer bien longtemps pour mettre en place cet amalgame de formes de propri\u00e9t\u00e9, qui constitue, depuis pas mal de temps d\u00e9j\u00e0, un aspect du capitalisme r\u00e9ellement existant. Quant \u00e0 la vis\u00e9e anticapitaliste, elle est totalement r\u00e9pudi\u00e9e avec cette phrase : \u00ab <em>La poursuite du profit priv\u00e9 peut favoriser l\u2019augmentation de la productivit\u00e9 et l\u2019innovation technologique, aussi longtemps qu\u2019aucune entreprise n\u2019est assez puissante pour dicter le prix et le volume de l\u2019offre<\/em> <a href=\"#bookmark11\">\u00bb<\/a><a href=\"#bookmark11\"><sup>12<\/sup><\/a>. La critique du capitalisme formul\u00e9e dans le pr\u00e9ambule aurait-elle d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9 son plein accomplissement dans un simple renforcement des lois anti-trust ? L\u2019apologie d\u2019un petit capitalisme de la concurrence entre vrais producteurs, cens\u00e9 nous sauver des griffes du grand capitalisme des monopoles improductifs, fait depuis longtemps partie de l\u2019arsenal id\u00e9ologique des lib\u00e9raux comme des n\u00e9olib\u00e9raux.<\/p>\n<p>Il en va de m\u00eame de la section intitul\u00e9e \u00ab <em>Projets de r\u00e9forme sociale<\/em> \u00bb, qui stipule que \u00ab <em>les in\u00e9galit\u00e9s de revenu et de richesse dans la soci\u00e9t\u00e9 ne se justifient qu\u2019en tant qu\u2019elles d\u00e9coulent de diff\u00e9rences dans le travail fourni ou sont n\u00e9cessaires comme incitations \u00e0 l\u2019accomplissement de t\u00e2ches d\u2019utilit\u00e9 sociale<\/em> \u00bb<a href=\"#bookmark12\"><sup>13<\/sup>,<\/a> ce que tout adepte du n\u00e9olib\u00e9ralisme approuvera du fond du c\u0153ur. Certes, on croit comprendre qu\u2019une fois au pouvoir, Die Linke, pour \u00e9valuer la performance et le travail fourni, utiliserait des crit\u00e8res diff\u00e9rents de ceux des n\u00e9olib\u00e9raux ; n\u00e9anmoins, il reste bien peu de choses des th\u00e8ses de Marx selon lesquelles salaires et profits ont peu \u00e0 voir avec la performance et beaucoup avec, respectivement, la reproduction des salari\u00e9s (n\u00e9cessaire au capital \u00e9galement) et leur exploitation.<\/p>\n<p>Que l\u2019on nous comprenne bien : l\u2019enjeu n\u2019est pas ici la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 telle ou telle doctrine ; il est tout simplement de savoir si, pour Die Linke, l\u2019objet central de la critique est le capitalisme en tant que syst\u00e8me \u00e9conomique et social, ou juste certains de ses exc\u00e8s. La d\u00e9nonciation du \u00ab <em>capitalisme pr\u00e9dateur<\/em> \u00bb et de la \u00ab <em>poursuite d\u00e9brid\u00e9e du profit<\/em> <a href=\"#bookmark13\">\u00bb<\/a><a href=\"#bookmark13\"><sup>14<\/sup> <\/a>par les banques, en tout cas, constitue d\u00e9j\u00e0 une figure impos\u00e9e dans les discours pro-Etat de nos dirigeants les plus conservateurs.<\/p>\n<p>Sans doute cette h\u00e9sitation n\u2019est-elle pas seulement le fruit d\u2019une irr\u00e9solution d\u2019ordre politique mais plut\u00f4t d\u2019un manque d\u2019analyse. Le projet de programme est en effet \u00e0 peu pr\u00e8s muet en ce qui concerne l\u2019analyse de la logique syst\u00e9mique du capitalisme, lequel y appara\u00eet avant tout comme r\u00e9sultant d\u2019une trop puissante influence exerc\u00e9e par les d\u00e9tenteurs de capitaux et les multinationales.<\/p>\n<p>Le texte souligne d\u2019entr\u00e9e que Die Linke n\u2019entend pas se soumettre \u00e0 \u00ab <em>la volont\u00e9 des puissances \u00e9conomiques<\/em> \u00bb, et, dans la suite, il insiste \u00e0 plusieurs reprises sur le \u00ab <em>pouvoir de chantage des grands trusts<\/em> \u00bb et sur le caract\u00e8re \u00ab <em>arrogant<\/em> \u00bb qu\u2019ont pris les \u00ab <em>exigences des actionnaires<\/em> \u00bb<a href=\"#bookmark14\"><sup>15<\/sup><\/a>. En revanche, le fait que le capitalisme soit fond\u00e9 sur un imp\u00e9ratif syst\u00e9mique &#8211; la maximisation du profit &#8211; est loin d\u2019\u00eatre aussi clairement exprim\u00e9. Le moteur de cette course aux superprofits n\u2019est pourtant pas l\u2019avidit\u00e9 des actionnaires individuels ; au contraire, elle s\u2019impose \u00e0 eux \u00e0 travers le jeu de la concurrence : seuls ceux qui participent \u00e0 la bataille pour les plus gros profits ont une chance de d\u00e9gager la base d\u2019investissement indispensable pour rester comp\u00e9titifs dans le cycle suivant, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale et internationale.<\/p>\n<p><strong>Quel Etat ?<\/strong><\/p>\n<p>Face \u00e0 ce capitalisme fortement personnalis\u00e9 se dresse la figure de l\u2019Etat qui, \u00e0 en croire le programme de Die Linke, devrait en principe incarner tout ce qui est bon et noble mais en est malheureusement emp\u00each\u00e9 par le pouvoir des actionnaires et la pusillanimit\u00e9 des politiciens. \u00ab <em>La possibilit\u00e9 d\u2019influer et de participer \u00e0 la vie d\u00e9mocratique diminue \u00e0 mesure qu\u2019augmente le pouvoir des entreprises et des magnats de la finance<\/em> \u00bb<a href=\"#bookmark15\"><sup>16<\/sup>,<\/a> d\u00e9clare-t-il ainsi au chapitre intitul\u00e9 \u00ab <em>L\u2019\u00e9rosion de la d\u00e9mocratie<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>On aimerait naturellement savoir en quel \u00e2ge d\u2019or la d\u00e9mocratie \u00e9tait moins \u00e9rod\u00e9e. Etait-ce dans les ann\u00e9es 1960, avant que ne d\u00e9collent v\u00e9ritablement les \u00ab <em>march\u00e9s financiers<\/em> \u00bb mais aussi avant que ne naisse la contestation contre l\u2019\u00e9tat d\u2019urgence en Allemagn<a href=\"#bookmark16\">e<\/a><a href=\"#bookmark16\"><sup>17<\/sup> <\/a>ou contre le soutien du gouvernement \u00e0 la guerre du Vietnam et au Shah d\u2019Iran ? Ou bien \u00e9tait-ce sous la chape de plomb anticommuniste et r\u00e9pressive de l\u2019\u00e8re Adenauer ? Les difficult\u00e9s \u00e0 mettre le doigt sur cet \u00e2ge d\u2019or o\u00f9 la d\u00e9mocratie avait meilleure mine renvoient au fait que les rapports entre Etat et capital pourrait s\u2019av\u00e9rer l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rents de ce qui en est esquiss\u00e9 dans le programme.<\/p>\n<p>Apparemment, le pouvoir des \u00ab <em>multinationales et des magnats de la finance<\/em> \u00bb et celui de l\u2019Etat sont con\u00e7us sur le principe des vases communicants : davantage de pouvoir d\u2019un c\u00f4t\u00e9 signifie moins de pouvoir de l\u2019autre. C\u2019est pourquoi on veut logiquement mettre un terme \u00e0 celui des entreprises, notamment en nationalisant les banques priv\u00e9es et les trusts des secteurs d\u00e9cisifs. On sait que, durant la crise financi\u00e8re, les <em>Landesbanke<a href=\"#bookmark17\">n<\/a><\/em><a href=\"#bookmark17\"><em><sup>18<\/sup><\/em><\/a>, propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019Etat, n\u2019ont gu\u00e8re fait meilleure figure que les banques priv\u00e9es. Toutefois, en d\u00e9pit d\u2019un (unique) passage o\u00f9 l\u2019on peut lire que la socialisation n\u2019offre pas en soi la \u00ab <em>garantie<\/em> \u00bb d\u2019un ordre \u00e9conomique diff\u00e9rent, le texte de Die Linke en fait une \u00ab <em>condition pr\u00e9alable<\/em> \u00bb au \u00ab <em>changement<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Par ailleurs, le programme reste dans le vague quant aux modalit\u00e9s de la transition des entreprises nationalis\u00e9es vers une \u00e9conomie diff\u00e9rente. Sur tous les tons, on nous r\u00e9p\u00e8te qu\u2019il faut absolument r\u00e9duire l\u2019influence des d\u00e9tenteurs de capitaux et \u00e9tendre celle du secteur public. Seulement, lorsqu\u2019il s\u2019agit de savoir quelles mesures concr\u00e8tes cela suppose, le programme n\u2019offre que l\u2019\u00e9ternelle formule magique du \u00ab <em>contr\u00f4le d\u00e9mocratique<\/em> <a href=\"#bookmark18\">\u00bb<\/a><a href=\"#bookmark18\"><sup>19<\/sup><\/a>. Tout devra \u00eatre soumis au contr\u00f4le d\u00e9mocratique : la Banque centrale europ\u00e9enne, le secteur de l\u2019\u00e9nergie, les services publics, puis, \u00e0 terme, les march\u00e9s et m\u00eame les m\u00e9dias.<\/p>\n<p>Mais concr\u00e8tement ? Le parlement devra-t-il voter le moindre changement de taux d\u2019int\u00e9r\u00eat ou de production \u00e9nerg\u00e9tique ? L\u2019ex\u00e9cutif d\u00e9cr\u00e9tera-t-il qui travaille dans les m\u00e9dias et quel est le contenu des programmes, \u00e0 l\u2019instar de Roland Koc<a href=\"#bookmark19\">h<\/a><a href=\"#bookmark19\"><sup>20<\/sup> <\/a>vis-\u00e0-vis de la ZDF il n\u2019y a pas si longtemps ? On a l\u2019impression qu\u2019\u00e0 la moindre incertitude quant aux mesures appropri\u00e9es \u00e0 prendre, le mot d\u2019ordre du \u00ab <em>contr\u00f4le d\u00e9mocratique<\/em> \u00bb sort du chapeau. Mais, si ce \u00ab <em>contr\u00f4le d\u00e9mocratique<\/em> \u00bb est destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre davantage qu\u2019un simple slogan, il faudrait au moins indiquer qui devra contr\u00f4ler quoi, selon quelles modalit\u00e9s et en fonction de quels crit\u00e8res.<\/p>\n<p>Entrer plus avant dans ce d\u00e9bat nous am\u00e8nerait vite \u00e0 cette \u00e9vidence que les rapports entre Etat et capital ne se r\u00e9duisent pas simplement \u00e0 l\u2019influence de tel ou tel groupe (les capitalistes sur l\u2019Etat, les politiciens sur l\u2019\u00e9conomie). Etat et capital entretiennent un rapport d\u2019interd\u00e9pendance structurellement inscrit, qui n\u2019a besoin d\u2019aucune intervention humaine pour produire ses effets. L\u2019Etat est, \u00e0 maints \u00e9gards, indispensable \u00e0 la production capitaliste : comme garant du respect de la propri\u00e9t\u00e9 et des contrats, mais aussi comme instance assurant les conditions mat\u00e9rielles que le capital lui-m\u00eame assure mal ou pas du tout. Ce sont, bien s\u00fbr, les infrastructure<a href=\"#bookmark20\">s<\/a><a href=\"#bookmark20\"><sup>21<\/sup><\/a>, mais \u00e9galement le syst\u00e8me \u00e9ducatif, qui fournit une force de travail instruite et qualifi\u00e9e, la s\u00e9curit\u00e9 sociale, qui r\u00e9pare la force de travail endommag\u00e9e, etc.<\/p>\n<p>En retour, l\u2019Etat est tributaire de la bonne marche de l\u2019accumulation capitaliste, sans laquelle il ne sera en mesure ni d\u2019encaisser suffisamment d\u2019imp\u00f4ts, ni de maintenir les d\u00e9penses sociales dans des limites raisonnables. Ainsi, m\u00eame sans la moindre influence directe de la part des \u00ab <em>multinationales et des magnats de la finance<\/em> \u00bb, tout gouvernement est forc\u00e9 de prendre en consid\u00e9ration, d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre, les imp\u00e9ratifs syst\u00e9miques de la production de valeur. C\u2019est pourquoi, bien souvent, lorsque la gauche acc\u00e8de finalement au pouvoir, elle se contente pour l\u2019essentiel de poursuivre la politique de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas de nier qu\u2019il existe diff\u00e9rentes formes de capitalisme et diff\u00e9rentes strat\u00e9gies politiques possibles. Que l\u2019Etat, \u00ab <em>capitaliste collectif en id\u00e9e<\/em> \u00bb (Engels), soit contraint de fournir \u00e0 la fois le cadre juridique formel et les conditions mat\u00e9rielles \u00e0 l\u2019accumulation du capital que le capital ne peut fournir lui-m\u00eame, n\u2019implique pas pour autant que la meilleure fa\u00e7on de remplir ces missions apparaisse toujours clairement. Le fait que toute la classe politique, pr\u00e9sident f\u00e9d\u00e9ral inclus, en vienne \u00e0 d\u00e9noncer le capitalisme d\u00e9r\u00e9gul\u00e9 et le pouvoir excessif des banques, souligne bien \u00e0 quel point, en ce moment, personne n\u2019est vraiment en mesure de dire quel degr\u00e9 de r\u00e9gulation il faudrait ou quel poids le secteur bancaire devrait avoir vis-\u00e0-vis du capital industriel. Mais ces d\u00e9bats tournent seulement autour d\u2019un r\u00e9ajustement du cadre politique g\u00e9n\u00e9ral du capitalisme, et n\u2019envisagent pas le moins du monde le d\u00e9but de sa fin.<\/p>\n<p><strong>Une liste de souhaits aux accents keyn\u00e9siens<\/strong><\/p>\n<p>Si Die Linke entend approfondir ces questions, il devra au moins avoir le courage de s\u2019interroger sur ses propres objectifs, et d\u00e9cider s\u2019il s\u2019agit de soigner les maux du capitalisme et de le remettre sur pieds, ou au contraire d\u2019utiliser ses faiblesses pour obtenir des concessions au b\u00e9n\u00e9fice des domin\u00e9s, ce qui \u00e0 la fois leur rendrait la vie plus facile dans l\u2019imm\u00e9diat et am\u00e9liorerait le rapport de forces en vue de futures luttes.<\/p>\n<p>La seconde option suppose une volont\u00e9 de ne pas esquiver les points essentiels du d\u00e9bat. Malheureusement, de trop nombreux passages du programme se lisent comme une liste de souhaits keyn\u00e9siens adress\u00e9e au P\u00e8re No\u00ebl : comme si, gr\u00e2ce \u00e0 une r\u00e9glementation ad\u00e9quate et \u00e0 la nationalisation du secteur financier (sous \u00ab <em>contr\u00f4le d\u00e9mocratique<\/em> \u00bb, cela va de soi), il \u00e9tait possible de cr\u00e9er un capitalisme d\u00e9barrass\u00e9 de toutes ses contradictions. Quiconque succombe \u00e0 cette illusion devient incapable de percevoir les nuances d\u2019intention cach\u00e9es derri\u00e8re l\u2019action politique. <em>A fortiori,<\/em> ce serait nier l\u2019importance des mouvements extra\u00adparlementaires : le programme indique bien que les politiques sociales devraient s\u2019appuyer sur la pression \u00e9manant des syndicats et des mouvements sociaux, mais ces groupes ne semblent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s que comme des forces d\u2019appoint pour la politique parlementaire.<\/p>\n<p>Si l\u2019objectif est r\u00e9ellement de \u00ab <em>changer le syst\u00e8me<\/em> \u00bb, comme annonc\u00e9 dans le pr\u00e9ambule, alors il faudrait consid\u00e9rer les mouvements sociaux anticapitalistes, non pas comme de simples troupes auxiliaires, mais bien plut\u00f4t comme les acteurs principaux dont toute la gauche d\u00e9pend, qu\u2019elle le veuille ou non. Que ces mouvements jouent un r\u00f4le aussi restreint dans le projet de gouvernement de Die Linke, et que la question ne soit m\u00eame pas abord\u00e9e de savoir comment un mouvement allant dans le sens du changement souhait\u00e9 pourrait \u00eatre soutenu et mobilis\u00e9 sur la dur\u00e9e, voil\u00e0 qui jette un doute quant au s\u00e9rieux avec lequel on envisage vraiment le changement. Il est vrai que le texte est en discussion pour quelques temps encore.<a href=\"#bookmark21\"><sup>22<\/sup><\/a><\/p>\n<p>Traduction et notes : S\u00eenziana<\/p>\n<p><strong>1<\/strong> Litt\u00e9ralement \u00ab La Gauche \u00bb : parti \u00ab anticapitaliste \u00bb allemand. <em>Cf.<\/em><a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Die_Linke\"> <u>http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Die_Linke<\/u><\/a>.<\/p>\n<p><strong>2<\/strong><a href=\"http:\/\/www.die-linke.de\/programm\/leitantragandenerfurterparteitag\/programmentwurf\/\"> <u>http:\/\/www.die-linke.de\/programm\/leitantragandenerfurterparteitag\/programmentwurf\/<\/u> <\/a>(version originale en allemand) ou <a href=\"http:\/\/www.die-linke.de\/fileadmin\/download\/programmdebatte\/100426_draft_programme_en.pdf\"><u>http:\/\/www.die-linke.de\/fileadmin\/download\/programmdebatte\/100426_draft_programme_en.pdf<\/u><\/a> (en anglais).<\/p>\n<p><strong>3<\/strong> Paru dans <em>Neues Deutschland<\/em> du 9 ao\u00fbt 2010 : <a href=\"http:\/\/www.neues-deutschland.de\/artikel\/177001.kapitalismus-und-staat.html\"><u>http:\/\/www.neues-deutschland.de\/artikel\/177001.kapitalismus-<\/u><\/a> <u><a href=\"http:\/\/www.neues-deutschland.de\/artikel\/177001.kapitalismus-und-staat.html\">und-st.aat.html<\/a><\/u>.<\/p>\n<p><strong>4<\/strong> Politologue allemand n\u00e9 en 1957, auteur d\u2019ouvrages sur l\u2019\u0153uvre de Marx, r\u00e9dacteur en chef de la revue de critique sociale Prokla :<a href=\"http:\/\/www.prokla.de\/\"> <u>http:\/\/www.prokla.de\/<\/u><\/a>. Site personnel : <a href=\"http:\/\/www.oekonomiekritik.de\/\"><u>http:\/\/www.oekonomiekritik.de\/<\/u><\/a>.<\/p>\n<p><strong>5<\/strong> \u00ab Nos r\u00e9ponses \u00e0 la crise \u00bb, 2011, texte d\u00e9sign\u00e9 par NPA dans la suite :<a href=\"http:\/\/www.npa2009.org\/content\/nos-r\u00e9ponses-\u00e0-la-crise-texte-vot\u00e9-par-le-1er-congr\u00e8s-du-npa\"> <u>http:\/\/www.npa2009.org\/cont.ent\/nos-r<\/u><\/a> <u><a href=\"http:\/\/www.npa2009.org\/content\/nos-r\u00e9ponses-\u00e0-la-crise-texte-vot\u00e9-par-le-1er-congr\u00e8s-du-npa\">%C3%A9ponses-%C3%A0-la-crise-texte-vot%C3%A9-par-le-1er-congr%C3%A8s-du-npa<\/a><\/u>.<\/p>\n<p><strong>6<\/strong> \u00ab Manifeste \u00bb, 2009, d\u00e9sign\u00e9 par POI, t\u00e9l\u00e9chargeable sur le site du parti \u00e0 l\u2019adresse suivante :<a href=\"http:\/\/www.parti-ouvrier-independant.com\/spip\/spip.php?page=article_pdf&amp;id_article=147\"> <u>http:\/\/www.part.i-<\/u><\/a> <u><a href=\"http:\/\/www.parti-ouvrier-independant.com\/spip\/spip.php?page=article_pdf&amp;id_article=147\">ouvrier-independant.com\/spip\/spip.php?page=art.icle_pdf&amp;id_article=147<\/a><\/u>.<\/p>\n<p><strong>7<\/strong> Divers textes en ligne sur<a href=\"http:\/\/www.lutte-ouvriere.org\/\"> <u>http:\/\/www.lutte-ouvriere.org\/,<\/u><\/a> d\u00e9sign\u00e9s par LO.<\/p>\n<p><strong>8<\/strong> \u00ab Programme populaire partag\u00e9 \u00bb, 2011, texte d\u00e9sign\u00e9 par FDG dans la suite, disponible \u00e0 l\u2019adresse suivante : <u><a href=\"http:\/\/www.pcf.fr\/sites\/default\/files\/ppp__definitif_22_juillet__0.doc\">http:\/\/www.pcf.fr\/sit.es\/default\/files\/ppp definit.if_22_juillet. 0.doc<\/a><\/u>.<\/p>\n<p>9 Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9e, NPA appelle \u00e0 une \u00ab <em>rupture avec l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9, avec la concurrence et le productivisme capitaliste<\/em> \u00bb, et \u00e0 la \u00ab <em>lutte pour un autre monde, celui du partage et de la communaut\u00e9 des biens, de la coop\u00e9ration des peuples<\/em> \u00bb. POI propose \u00ab <em>d\u2019en finir avec le r\u00e9gime d\u2019exploitation et d\u2019oppression, d\u2019abolir le patronat et le salariat, d\u2019\u00e9tablir une soci\u00e9t\u00e9 de justice et d\u2019\u00e9galit\u00e9, fond\u00e9e sur la socialisation des moyens de production et d\u2019\u00e9changes<\/em> \u00bb. LO s\u2019insurge contre un syst\u00e8me o\u00f9 \u00ab <em>les petits patrons, les commer\u00e7ants, les petits actionnaires, l \u2019ensemble de la petite bourgeoisie, n\u2019a ni poids ni influence r\u00e9elle<\/em> \u00bb, et d\u00e9clare vouloir \u00ab <em>changer la soci\u00e9t\u00e9<\/em> \u00bb et militer pour \u00ab <em>le renversement du capitalisme<\/em> \u00bb, accus\u00e9 de proc\u00e9der \u00e0 une r\u00e9partition \u00ab <em>profond\u00e9ment in\u00e9gale, anarchique, aveugle<\/em> \u00bb des \u00ab <em>biens de consommation<\/em> \u00bb. FDG souhaite \u00ab <em>engager une r\u00e9orientation radicale de nos modes de production, d\u2019\u00e9change et de consommation<\/em> \u00bb, car \u00ab l<em>\u2019organisation de la soci\u00e9t\u00e9 doit viser un but : l \u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et l \u2019\u00e9mancipation de chacune et de chacun. Elle doit donc promouvoir d\u2019autres objectifs que le profit maximal qui est l \u2019horizon ind\u00e9passable du capitalisme<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>10 Pour le NPA, la \u00ab <em>d\u00e9r\u00e9glementation des march\u00e9s financiers<\/em> \u00bb, ou \u00ab <em>lib\u00e9ralisation financi\u00e8re tous azimuts<\/em> \u00bb, est au c\u0153ur de la crise. POI \u00e9voque \u00ab <em>la dictature de la Banque centrale europ\u00e9enne<\/em> \u00bb, mais aussi \u00ab <em>les fonds de pension et les grands groupes sp\u00e9culateurs, ainsi que les multinationales [qui] s&rsquo;enrichissent chaque jour davantage<\/em> \u00bb. Plus traditionnel, LO parle d\u2019\u00ab <em>aggravation de l\u2019exploitation<\/em> \u00bb, due \u00e0 la \u00ab <em>sp\u00e9culation financi\u00e8re<\/em> \u00bb et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, aux men\u00e9es d\u2019une \u00ab <em>grande bourgeoisie<\/em> \u00bb ayant tous les droits. FDG d\u00e9nonce la \u00ab <em>lib\u00e9ralisation des march\u00e9s<\/em> \u00bb, ainsi que \u00ab <em>l \u2019emprise<\/em> \u00bb et m\u00eame \u00ab <em>la dictature des march\u00e9s financiers<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p><strong>11<\/strong> NPA pr\u00e9tend ne pas h\u00e9siter \u00e0 \u00ab <em>remettre en cause la propri\u00e9t\u00e9 capitaliste<\/em> \u00bb&#8230; mais nous invite, par ailleurs, \u00e0 remettre \u00ab <em>les choses \u00e0 l\u2019endroit : le droit \u00e0 l\u2019emploi prime sur le droit de propri\u00e9t\u00e9<\/em> \u00bb \u2014 d\u2019o\u00f9 l\u2019on conclut que l\u2019un comme l\u2019autre seront pr\u00e9serv\u00e9s. POI affirme que la \u00ab <em>propri\u00e9t\u00e9 des moyens de production<\/em> \u00bb est un des \u00ab <em>maux qui frappent l \u2019humanit\u00e9<\/em> \u00bb, mais ne va pas plus loin. LO appelle, certes, de ses v\u0153ux \u00ab <em>un syst\u00e8me \u00e9conomique d\u00e9barrass\u00e9 de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e<\/em> \u00bb, mais pour pr\u00e9ciser juste apr\u00e8s de quelle propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e on parle, celle \u00ab <em>des moyens de production<\/em> \u00bb. A l\u2019instar de Die Linke, FDG est favorable \u00e0 \u00ab <em>la diversit\u00e9 des formes de propri\u00e9t\u00e9<\/em> \u00bb, ce qui recouvre \u00ab <em>l\u2019appropriation sociale [&#8230;] du bien commun<\/em> \u00bb, aussi bien que, \u00e0 l\u2019instar de MM. Sarkozy et Borloo cette fois, \u00ab <em>l \u2019accession sociale \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>12 NPA, d\u2019une part, pr\u00f4ne la \u00ab <em>rupture<\/em> \u00bb avec \u00ab <em>le productivisme capitaliste<\/em> \u00bb mais, d\u2019autre part, se scandalise du fait que \u00ab <em>les gains de productivit\u00e9 [aient] \u00e9t\u00e9 accapar\u00e9s par les actionnaires<\/em> \u00bb. POI d\u00e9plore la \u00ab <em>destruction d\u2019industries nationales enti\u00e8res<\/em> \u00bb et \u00ab <em>l\u2019exploitation de la force de travail des salari\u00e9s<\/em> \u00bb. Qu\u2019on se le dise, pour LO, \u00ab <em>le d\u00e9veloppement d\u2019une \u00e9conomie planifi\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale [&#8230;] ne signifiera pas, tant s\u2019en faut, la fin du progr\u00e8s technique et scientifique<\/em> \u00bb. FDG, ne reculant devant aucune contradiction, pr\u00e9tend \u00e0 la fois impulser \u00ab <em>un nouveau type de d\u00e9veloppement non productiviste<\/em> \u00bb et \u00ab <em>un renouveau industriel et technologique<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p><strong>13<\/strong> NPA veut \u00ab <em>augmenter les salaires<\/em> \u00bb &#8211; qui \u00ab <em>r\u00e9mun\u00e8re[nt] notre force de travail<\/em> \u00bb &#8211; et nous faire \u00ab <em>travailler toutes et tous<\/em> \u00bb. POI est \u00e9galement pour une \u00ab <em>augmentation g\u00e9n\u00e9rale des salaires<\/em> \u00bb et s\u2019enthousiasme pour \u00ab <em>un avenir de paix [et] de travail<\/em> \u00bb. Plus ambigu, LO r\u00e9clame la \u00ab <em>fin du salariat<\/em> \u00bb, tout en appelant \u00e0 la classique \u00ab <em>dictature du prol\u00e9tariat<\/em> \u00bb ainsi qu\u2019\u00e0 \u00ab <em>pr\u00e9server notre emploi<\/em> \u00bb. FDG imagine de r\u00e9duire les \u00ab <em>\u00e9carts de salaire<\/em> \u00bb et fait de \u00ab <em>l\u2019emploi pour tous<\/em> \u00bb une \u00ab <em>n\u00e9cessit\u00e9<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p><strong>14 Voir note 10.<\/strong><\/p>\n<p>15 NPA fulmine contre \u00ab <em>la minorit\u00e9 qui aujourd\u2019hui tient entre ses mains le pouvoir \u00e9conomique, financier, politique, qui contr\u00f4le tous les principaux moyens d\u2019information<\/em> \u00bb. Pour POI, l\u2019ennemi est plut\u00f4t \u00ab <em>l\u2019Union europ\u00e9enne qui d\u00e9truit, d\u00e9localise, privatise et pr\u00e9tend transformer chacun de nos pays en un d\u00e9sert industriel et rural, livrant les richesses nationales \u00e0 la sp\u00e9culation effr\u00e9n\u00e9e des grandes multinationales<\/em> \u00bb. Plus sobre, LO regrette que \u00ab <em>notre<\/em> \u00bb \u00e9conomie soit \u00ab <em>aux mains d\u2019une petite minorit\u00e9 de poss\u00e9dants<\/em> \u00bb. FDG d\u00e9nonce les \u00ab <em>puissances de l \u2019argent<\/em> \u00bb et un \u00ab <em>pouvoir \u00e9conomique [&#8230;] entre les mains des seuls actionnaires<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>16 NPA d\u00e9c\u00e8le une \u00ab <em>contradiction capital\/d\u00e9mocratie<\/em> \u00bb &#8211; limit\u00e9e, cependant, \u00e0 \u00ab <em>la phase actuelle du capitalisme<\/em> \u00bb &#8211; et explique que \u00ab <em>la d\u00e9mocratie politique recule au m\u00eame rythme que le d\u00e9mant\u00e8lement des acquis sociaux. Plus largement la population est dessaisie, les affaires du monde qui concernent l \u2019ensemble de la population sont tranch\u00e9es par une minorit\u00e9 de d\u00e9cideurs \u00e9conomiques et politiques dans les conseils d\u2019administration des firmes transnationales, par les march\u00e9s financiers, les institutions internationales comme le FMI ou l \u2019OMC qui toutes sont aux mains de l \u2019oligarchie capitaliste mondiale<\/em> \u00bb. POI pr\u00eache une \u00ab <em>reconqu\u00eate de la d\u00e9mocratie politique<\/em> \u00bb menac\u00e9e, notamment, par l\u2019UE et ses \u00ab <em>trait\u00e9s anti-populaires<\/em> \u00bb. Comme on l\u2019a d\u00e9j\u00e0 vu (note 9), LO se plaint du manque d\u2019\u00ab <em>influence r\u00e9elle<\/em> \u00bb d\u2019une grande partie de la population, et promet un syst\u00e8me \u00ab <em>radicalement diff\u00e9rent et infiniment plus d\u00e9mocratique<\/em> \u00bb. FDG promet solennellement : \u00ab <em>Contre la dictature des march\u00e9s financiers et des gestionnaires de capitaux, l\u2019obsession du court-terme et le contournement de la d\u00e9mocratie, nous agirons pour \u00e9tablir le pouvoir de la soci\u00e9t\u00e9 sur les banques et le cr\u00e9dit afin de produire autrement les richesses<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p><strong>17<\/strong> Au printemps 1968, plusieurs dizaines de milliers de personnes manifestent \u00e0 Bonn, alors capitale de la RFA, contre le projet de renforcement des pouvoirs de l\u2019ex\u00e9cutif en mati\u00e8re d\u2019\u00e9tat d\u2019urgence. La loi sera n\u00e9anmoins adopt\u00e9e et entrera en vigueur en juin de cette ann\u00e9e-l\u00e0.<\/p>\n<p><strong>18<\/strong> Sortes de banques centrales propres aux <em>Lander<\/em> ou Etats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s de la RFA. Chaque <em>Land<\/em> poss\u00e8de \u00e9galement sa constitution, son parlement, son gouvernement dirig\u00e9 par un \u00ab ministre-pr\u00e9sident \u00bb, etc.<\/p>\n<p>19 Le NPA parle beaucoup d\u2019\u00ab <em>autogestion<\/em> \u00bb et entend fermement \u00ab <em>d\u00e9velopper le contr\u00f4le des salari\u00e9s sur les principales d\u00e9cisions concernant l\u2019organisation du travail et de la production<\/em> \u00bb. POI se contenterait du respect des \u00ab <em>droits et acquis sociaux<\/em> \u00bb dans le cadre d\u2019un f\u00e9d\u00e9ralisme \u00ab <em>ouvert \u00e0 tous les courants politiques authentiques du mouvement ouvrier<\/em> \u00bb. LO sugg\u00e8re d\u2019\u00ab <em>arracher les moyens de production<\/em> \u00bb des mains des \u00ab <em>poss\u00e9dants<\/em> \u00bb et de \u00ab <em>les collectiviser pour les faire fonctionner sous le contr\u00f4le de la population<\/em> \u00bb. FDG aime le \u00ab <em>contr\u00f4le<\/em> \u00bb, qu\u2019il voit tour \u00e0 tour \u00ab <em>citoyen<\/em> \u00bb, \u00ab <em>social<\/em> \u00bb, \u00ab <em>d\u00e9mocratique<\/em> \u00bb ; tout y passe : \u00e9nergie, eau, sant\u00e9, banques, \u00ab <em>mouvements de capitaux<\/em> \u00bb, Constitution, dette publique, etc.<\/p>\n<p><strong>20<\/strong> Politicien allemand de droite (CDU), ministre-pr\u00e9sident du <em>Land<\/em> de Hesse de 1999 \u00e0 2010. En 2009-2010, il est accus\u00e9 d\u2019avoir fait pression pour \u00e9vincer le journaliste Nikolaus Brender, importante figure de la cha\u00eene publique nationale ZDF.<\/p>\n<p>21 \u00ab <em>L\u2019Etat reste, des infrastructures \u00e0 la r\u00e9pression, le garant indispensable de la valorisation capitaliste<\/em> \u00bb, Anselm Jappe, <em>Les Aventures de la marchandise,<\/em> 2003, p. 261. \u00ab <em>Les infrastructures ne peuvent pas compl\u00e8tement d\u00e9pendre de l\u2019offre et de la demande. Les coupures d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 massives en Californie en 2001, mais aussi au Br\u00e9sil, ont donn\u00e9 une petite id\u00e9e de ce qui peut arriver lorsqu\u2019on essaie d\u2019organiser les services infrastructurels sous forme priv\u00e9e<\/em> \u00bb, <em>ibid.,<\/em> p. 179, note 31.<\/p>\n<p>22 Depuis ao\u00fbt 2010, date de la parution du pr\u00e9sent article dans la presse allemande, le projet de programme de Die Linke semble n\u2019avoir pas \u00e9volu\u00e9 vers un anticapitalisme plus cons\u00e9quent, puisqu\u2019on retrouve aujourd\u2019hui (septembre 2011) dans la version en ligne tous les extraits cit\u00e9s par Michael Heinrich, souvent \u00e0 la virgule pr\u00e8s. Quant aux partis \u00ab anticapitalistes \u00bb fran\u00e7ais, on l\u2019a vu, loin de remettre en cause le travail, la marchandise, le progr\u00e8s technique, l\u2019argent, l\u2019Etat, etc., ils s\u2019accommoderaient eux aussi volontiers d\u2019une illusoire mainmise sur l\u2019appareil de production conserv\u00e9 tel quel et d\u2019un partage des \u00ab richesses \u00bb accapar\u00e9es par les \u00ab multinationales \u00bb et leurs \u00ab actionnaires \u00bb. Or, \u00ab <em>l \u2019Etat ne sera jamais cet outil que les honn\u00eates citoyens r\u00eavent de conqu\u00e9rir pour le mettre au service de la soci\u00e9t\u00e9<\/em> \u00bb, Association contre le nucl\u00e9aire et son monde, <em>Histoire lacunaire de l<\/em> <em>\u2019opposition \u00e0 l \u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire en France,<\/em> 2007, p. 23. \u00ab <em>Il ne faut pas un grand effort mental pour demander une distribution diff\u00e9rente de l\u2019argent ou davantage d\u2019emplois. Il est infiniment plus difficile de se critiquer soi- m\u00eame en tant que sujet qui travaille et qui gagne de l \u2019argent. La critique de la valeur est une critique du monde qui ne permet pas d\u2019accuser de tous les maux du monde \u201cles multinationales\u201d ou \u201cles \u00e9conomistes lib\u00e9raux\u201d pour continuer sa propre existence personnelle dans les cat\u00e9gories de l\u2019argent et du travail [&#8230;] Le temps des solutions faciles est pass\u00e9<\/em> \u00bb, Anselm Jappe, <em>Les Aventures de la marchandise,<\/em> 2003, p. 21-22. <em>Cf.<\/em> \u00e9galement tout le chapitre intitul\u00e9 \u00ab Critique du n\u00e9olib\u00e9ralisme ou critique du capitalisme \u00bb, <em>ibid.,<\/em> p. 255-266. \u00ab <em>La seule chance est celle de sortir du capitalisme industriel et de ses fondements, c\u2019est-\u00e0-dire de la marchandise et de son f\u00e9tichisme, de la valeur, de l \u2019argent, du march\u00e9, de l \u2019\u00c9tat, de la concurrence, de la Nation, du patriarcat, du travail et du narcissisme, au lieu de les am\u00e9nager, de s\u2019en emparer, de les am\u00e9liorer ou de s\u2019en servir<\/em> \u00bb, Anselm Jappe, <em>Cr\u00e9dit \u00e0 mort,<\/em> 2011, p. 52.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Capitalisme vs. Etat ? Du \u00abchangement\u00bb selon la gauche anticapitaliste par Michael Heinrich, 2011 Publi\u00e9 sur le site palim-psao. 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