{"id":1826,"date":"2020-03-09T09:49:13","date_gmt":"2020-03-09T08:49:13","guid":{"rendered":"http:\/\/liremarx.noblogs.org\/?p=1826"},"modified":"2020-03-20T09:54:10","modified_gmt":"2020-03-20T08:54:10","slug":"organisation-et-spontaneite-paul-mattick-1949","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/?p=1826","title":{"rendered":"Organisation et spontan\u00e9it\u00e9, Paul Mattick, 1949"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\"><img decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"https:\/\/infokiosques.net\/IMG\/arton461.jpg\" alt=\"Organisation et spontan\u00e9it\u00e9\" width=\"300\" \/>Ce texte de Paul Mattick a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 la premi\u00e8re fois en 1949 (dans la revue <i>Left<\/i>, n\u00b0152) mais il aborde des questions qui suscitent bien des interrogations encore aujourd\u2019hui&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0<i>La question de l\u2019organisation et de la spontan\u00e9it\u00e9 a toujours \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e au sein du mouvement ouvrier comme un probl\u00e8me de conscience de classe, li\u00e9 aux rapports de la minorit\u00e9 des r\u00e9volutionnaires avec la grande masse d\u2019un prol\u00e9tariat imbu d\u2019id\u00e9ologie capitaliste. Tout portait \u00e0 croire, disait-on, que la conscience r\u00e9volutionnaire f\u00fbt le propre seulement d\u2019une minorit\u00e9, laquelle, en s\u2019organisant, l\u2019entretiendrait et la traduirait en actes. Quant aux masses ouvri\u00e8res, ce n\u2019est que contraintes et forc\u00e9es qu\u2019elles passeraient \u00e0 l\u2019action r\u00e9volutionnaire.<\/i>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Paul Mattick tente ici de contredire ces croyances&#8230;<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/infokiosques.net\/IMG\/pdf\/Mattick-OrgaEtSpont.pdf\">Lien vers la brochure pdf<\/a><\/p>\n<p align=\"justify\">La question de l\u2019organisation et de la spontan\u00e9it\u00e9 a toujours \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e au sein du mouvement ouvrier comme un probl\u00e8me de conscience de classe, li\u00e9 aux rapports de la minorit\u00e9 des r\u00e9volutionnaires avec la grande masse d\u2019un prol\u00e9tariat imbu d\u2019id\u00e9ologie capitaliste. Tout portait \u00e0 croire, disait-on, que la conscience r\u00e9volutionnaire f\u00fbt le propre seulement d\u2019une minorit\u00e9, laquelle, en s\u2019organisant, l\u2019entretiendrait et la traduirait en actes. Quant aux masses ouvri\u00e8res, ce n\u2019est que contraintes et forc\u00e9es qu\u2019elles passeraient \u00e0 l\u2019action r\u00e9volutionnaire. L\u00e9nine envisageait cette situation avec optimisme. D\u2019autres, \u00e0 l\u2019instar de Rosa Luxemburg, \u00e9taient d\u2019un avis tout diff\u00e9rent. Le premier visant \u00e0 instaurer une dictature de parti, accordait une primaut\u00e9 absolue aux questions d\u2019organisation. A l\u2019inverse, Rosa Luxemburg, voulant parer au danger d\u2019une nouvelle dictature sur les travailleurs, mettait l\u2019accent sur la spontan\u00e9it\u00e9. Ils \u00e9taient toutefois persuad\u00e9s l\u2019un comme l\u2019autre que si dans certaines conditions, la bourgeoisie d\u00e9terminait les id\u00e9es et le comportement des masses laborieuses, dans d\u2019autres conditions, une minorit\u00e9 r\u00e9volutionnaire pourrait en faire autant. Mais, \u00e0 l\u2019\u00e9poque m\u00eame o\u00f9 L\u00e9nine consid\u00e9rait cela comme un facteur on ne peut plus favorable \u00e0 la r\u00e9alisation du socialisme, Rosa Luxemburg ne cachait pas ses craintes de voir une minorit\u00e9 quelconque, ayant acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 la position de classe dominante, penser et agir \u00e0 la mani\u00e8re exacte de la bourgeoisie d\u2019hier.<\/p>\n<p align=\"justify\"><a name=\"more\"><\/a> A l\u00e0 base de cette attitude se trouvait, dans les deux cas, la conviction que le d\u00e9veloppement \u00e9conomique du capitaliste obligerait les masses \u00e0 se dresser contre le syst\u00e8me. L\u00e9nine, tout en tablant dessus, craignait les r\u00e9volutions d\u2019origine spontan\u00e9e. Aussi, pour justifier la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une intervention consciente dans des mouvements de ce type, il invoquait le degr\u00e9 d\u2019arri\u00e9ration des masses prol\u00e9tariennes qui faisait de la spontan\u00e9it\u00e9 un \u00e9l\u00e9ment sans doute important, mais destructif et non point constructif. Plus le mouvement spontan\u00e9 se r\u00e9v\u00e9lait puissant, plus donc il \u00e9tait indispensable de l\u2019encadrer et de le diriger, cette mission incombant, selon L\u00e9nine, \u00e0 un parti hi\u00e9rarchis\u00e9 et agissant en fonction d\u2019un plan d\u2019ensemble. Il fallait en quelque sorte d\u00e9fendre les ouvriers contre leurs propres impulsions, faute de quoi, en raison de leur ignorance, ils courraient \u00e0 la d\u00e9faite et, consumant en vain leurs forces, fraieraient la voie \u00e0 la contre-r\u00e9volution.<\/p>\n<p align=\"justify\">Rosa Luxemburg soutenait une conception oppos\u00e9e, certaine comme elle l\u2019\u00e9tait que la contre-r\u00e9volution habitait d\u00e9j\u00e0 les organisations et les instances traditionnelles et risquait fort de se propager au sein du mouvement r\u00e9volutionnaire lui-m\u00eame. Elle esp\u00e9rait que les mouvements spontan\u00e9s viendraient mettre un terme \u00e0 l\u2019influence de ces organisations qui n\u2019aspiraient qu\u2019\u00e0 une chose : centraliser le pouvoir dans leurs mains. Bien qu\u2019aux yeux de Luxemburg comme \u00e0 ceux de L\u00e9nine, l\u2019accumulation du capital f\u00fbt par excellence un processus g\u00e9n\u00e9rateur de crises, la premi\u00e8re tenait les crises pour un ph\u00e9nom\u00e8ne infiniment plus catastrophique que le second ne le croyait. Pour elle, plus une crise aurait des effets d\u00e9vastateurs, plus amples et plus vigoureuses seraient les actions spontan\u00e9es ; moindre aussi serait la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une orientation consciente des luttes et de leur direction centralis\u00e9e, le prol\u00e9tariat ayant dans un tel cas des possibilit\u00e9s plus grandes d\u2019apprendre \u00e0 penser et \u00e0 agir conform\u00e9ment \u00e0 ses besoins historiques. Selon Rosa Luxemburg, les organisations devaient se borner \u00e0 d\u00e9clencher l\u2019essor des forces cr\u00e9atrices inh\u00e9rentes aux actions de masse pour se fondre ensuite dans les tentatives ind\u00e9pendantes du prol\u00e9tariat cherchant \u00e0 jeter les bases d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 nouvelle. Cette conception pr\u00e9supposait non une conscience r\u00e9volutionnaire, \u00e0 la fois tranch\u00e9e et omnisciente, mais une classe ouvri\u00e8re hautement d\u00e9velopp\u00e9e, capable de mettre au service de la soci\u00e9t\u00e9 socialiste et l\u2019appareil productif et ses aptitudes propres.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les petites organisations ouvri\u00e8res insistaient volontiers sur le r\u00f4le du facteur de la spontan\u00e9it\u00e9. Ainsi des syndicalistes r\u00e9volutionnaires fran\u00e7ais, et du th\u00e9oricien Georges Sorel, qui voyaient dans la gr\u00e8ve spontan\u00e9e et sa syst\u00e9matisation le grand moyen d\u2019apprentissage de la r\u00e9volution sociale. Mais. par l\u00e0, ces organisations ne faisaient que rationaliser leur faiblesse. Ne sachant comment transformer la soci\u00e9t\u00e9, elles laissaient \u00e0 l\u2019avenir le soin de r\u00e9soudre le probl\u00e8me. Telle perspective n\u2019\u00e9tait pas sans fondement, eu \u00e9gard au d\u00e9veloppement de facteurs comme les progr\u00e8s rapides de la technologie, la concentration et la centralisation du capital allant de pair avec l\u2019essor de la production, la fr\u00e9quence accrue des conflits sociaux, etc. Mais, en v\u00e9rit\u00e9, c\u2019\u00e9tait l\u00e0 un simple espoir, destin\u00e9 surtout \u00e0 compenser la faiblesse de ces organisations et l\u2019incapacit\u00e9 o\u00f9 elles se trouvaient d\u2019agir efficacement. En invoquant la spontan\u00e9it\u00e9, on cherchait \u00e0 donner un tant soit peu de \u00ab r\u00e9alit\u00e9 \u00bb \u00e0 une mission qu\u2019elles \u00e9taient bien en peine de remplir, \u00e0 excuser leur inactivit\u00e9 forc\u00e9e, \u00e0 justifier leur intransigeance.<\/p>\n<p align=\"justify\">Quant aux grandes organisations, elles avaient tendance \u00e0 faire fi de la spontan\u00e9it\u00e9. Trouvant dans leurs succ\u00e8s des raisons de se montrer optimistes, elles ne songeaient gu\u00e8re au concours que des mouvements spontan\u00e9s seraient susceptibles de leur apporter \u00e0 une date peut-\u00eatre lointaine encore. Leurs dirigeants soutenaient ou bien que seule la force organis\u00e9e est capable de vaincre la force organis\u00e9e, ou bien que la voie de l\u2019action quotidienne, sous la direction du parti et des syndicats, am\u00e8nerait un nombre d\u2019ouvriers toujours plus grand \u00e0 prendre conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 in\u00e9luctable de changer les rapports sociaux existants. Pour eux, croissance r\u00e9guli\u00e8re des organisations et d\u00e9veloppement de la conscience de classe \u00e9taient une seule et m\u00eame chose et, \u00e0 certains moments, ils caressaient l\u2019id\u00e9e de voir un jour ces organisations englober la classe ouvri\u00e8re dans son ensemble.<\/p>\n<p align=\"justify\">Cependant, toutes les organisations ouvri\u00e8res doivent s\u2019ins\u00e9rer dans les structures sociales. Loin de jouir d\u2019une \u00ab ind\u00e9pendance \u00bb absolue, elles sont d\u00e9termin\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9 et la d\u00e9termine \u00e0 leur tour. Au sein du capitalisme, aucune organisation ne peut durablement faire preuve d\u2019un anticapitalisme intransigeant. L\u2019 \u00ab intransigeance \u00bb est le fait d\u2019une activit\u00e9 id\u00e9ologique limit\u00e9e et l\u2019apanage de sectes et d\u2019individus isol\u00e9s. Lorsqu\u2019elles veulent acqu\u00e9rir une importance au niveau de la soci\u00e9t\u00e9 globale, les organisations doivent se rallier \u00e0 l\u2019opportunisme tant pour affecter le processus de la vie sociale que pour atteindre leurs objectifs propres.<\/p>\n<p align=\"justify\">Opportunisme et \u00ab r\u00e9alisme \u00bb sont apparemment une seule et m\u00eame chose. Le premier ne saurait \u00eatre vaincu par des groupes radicaux, dont l\u2019id\u00e9ologie attaque de front les rapports sociaux existants sous tous leurs aspects. Il est impossible de rassembler petit \u00e0 petit les forces r\u00e9volutionnaires dans le cadre d\u2019organisations puissantes, pr\u00eates \u00e0 passer \u00e0 l\u2019action le moment venu. Toutes les tentatives esquiss\u00e9es en ce sens ont \u00e9chou\u00e9. Seules ont pu prendre une importance quelconque les organisations qui ne g\u00eanaient pas la bonne marche de l\u2019ordre \u00e9tabli. Chaque fois qu\u2019elles ont pris pour point de d\u00e9part un corps d\u2019id\u00e9es r\u00e9volutionnaires, leur croissance a engendr\u00e9 par la suite une antinomie grandissante entre l\u2019id\u00e9ologie et la fonction pratique. Oppos\u00e9es au capitalisme, mais aussi organis\u00e9es en son sein, elles n\u2019ont pu \u00e9viter de soutenir leurs adversaires. Apr\u00e8s avoir r\u00e9sist\u00e9 victorieusement aux assauts de leurs rivaux politiques, elles ont fini, en raison de leurs propres succ\u00e8s, par succomber aux forces du capitalisme.<\/p>\n<p align=\"justify\">Voici donc le dilemme que les groupements d\u2019inspiration radicale affrontent in\u00e9vitablement : pour avoir un \u00e9cho suffisant au niveau de la soci\u00e9t\u00e9 globale, les actions doivent \u00eatre organis\u00e9es ; mais les actions organis\u00e9es se transforment en moyens d\u2019int\u00e9gration au capitalisme. D\u00e9sormais, tout se passe comme si pour pouvoir faire quelque chose, il fallait faire le contraire de ce qu\u2019on voulait, et comme si pour ne pas faire de faux pas, il fallait ne rien faire du tout. Est-il sort plus lamentable que celui du militant aux id\u00e9es radicales qui se sait utopiste et va d\u2019\u00e9chec en \u00e9chec? Aussi, par un r\u00e9flexe d\u2019autod\u00e9fense, le radical, sauf s\u2019il est un mystique, place toujours la spontan\u00e9it\u00e9 au premier plan, tout en restant plus ou moins convaincu en son for int\u00e9rieur que c\u2019est un non-sens que cela. Mais son obstination semble indiquer qu\u2019il ne cesse jamais de percevoir quelque sens cach\u00e9 dans ce non-sens.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le fait de se r\u00e9fugier ainsi dans l\u2019id\u00e9e de spontan\u00e9it\u00e9 d\u00e9note une inaptitude r\u00e9elle ou imaginaire \u00e0 constituer des organisations efficaces et un refus de s\u2019opposer de mani\u00e8re \u00ab r\u00e9aliste \u00bb aux organisations en place. En effet, pour combattre avec succ\u00e8s ces derni\u00e8res, il faudrait cr\u00e9er des contre-organisations dont l\u2019existence, en soi, irait \u00e0 l\u2019encontre de leur raison d\u2019\u00eatre. Opter pour la \u00ab spontan\u00e9it\u00e9 \u00bb, c\u2019est donc une fa\u00e7on n\u00e9gative d\u2019aborder le probl\u00e8me de la transformation sociale ; toutefois, mais seulement dans un sens id\u00e9ologique, cette attitude a des aspects positifs, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019elle implique un divorce mental d\u2019avec le type d\u2019activit\u00e9s qui tendent \u00e0 renforcer l\u2019ordre \u00e9tabli. Aiguisant la facult\u00e9 de critique, elle m\u00e8ne \u00e0 se d\u00e9sint\u00e9resser d\u2019entreprises futiles et d\u2019organisations dont on ne peut plus rien attendre. Elle permet de distinguer l\u2019apparence d\u2019avec la r\u00e9alit\u00e9 ; bref, elle est li\u00e9e \u00e0 l\u2019orientation r\u00e9volutionnaire. Puisque d\u2019\u00e9vidence certaines forces, organisations et rapports sociaux sont vou\u00e9s \u00e0 dispara\u00eetre et que d\u2019autres tendent \u00e0 les remplacer, ceux qui tablent sur l\u2019avenir, sur les forces en gestation, mettent l\u2019accent sur la spontan\u00e9it\u00e9 ; en revanche, ceux qui se rattachent \u00e9troitement aux forces du vieux monde insistent sur la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019organisation.<\/p>\n<p align=\"justify\">\n<p align=\"justify\">Il appara\u00eet \u00e0 l\u2019examen, m\u00eame superficiel, que toute organisation importante, quelle que soit son id\u00e9ologie, contribue \u00e0 maintenir le statu quo ou, dans le meilleur des cas, \u00e0 promouvoir un d\u00e9veloppement des plus limit\u00e9s, dans le cadre des conditions g\u00e9n\u00e9rales caract\u00e9risant une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 une \u00e9poque donn\u00e9e. Le terme de statu quo permet assez bien de tirer au clair le concept d\u2019immobilisme dans le changement. Il est possible de l\u2019utiliser en faisant totalement abstraction de ses implications philosophiques, \u00e0 la mani\u00e8re de n\u2019importe quel autre instrument d\u2019analyse. Si transform\u00e9es quelles puissent \u00eatre en effet, les conditions pr\u00e9capitalistes sont int\u00e9gr\u00e9es aux conditions capitalistes et, de la m\u00eame fa\u00e7on, les conditions postcapitalistes se manifestent sous une forme ou sous une autre au sein du capitalisme. C\u2019est l\u00e0 chose \u00e9vidente mais concernant l\u2019\u00e9volution sociale en g\u00e9n\u00e9ral ; or l\u2019activit\u00e9 pratique des hommes s\u00e9pare continuellement le g\u00e9n\u00e9ral d\u2019avec le sp\u00e9cifique, bien que l\u2019un et l\u2019autre soient en fin de compte indissociables.<\/p>\n<p align=\"justify\">Quand on parle ici de statu quo, c\u2019est par rapport \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, et donc par rapport \u00e0 une p\u00e9riode historique au cours de laquelle les ouvriers, dans le cadre d\u2019une interd\u00e9pendance sociale complexe, se trouvent s\u00e9par\u00e9s des moyens de production et, par voie de cons\u00e9quence, asservis \u00e0 une classe dominante. Les traits distinctifs du pouvoir politique sont fonction des traits distinctifs du pouvoir \u00e9conomique. Tant que la vie sociale reste d\u00e9termin\u00e9e par la relation capital-travail, la soci\u00e9t\u00e9 demeure, inchang\u00e9e, sur le plan fondamental, quand bien m\u00eame elle se montrerait chang\u00e9e sur d\u2019autres. Le capitalisme du laissez-faire, celui des monopoles, ou encore le capitalisme d\u2019\u00c9tat, sont autant de stades \u00e9volutifs au sein du statu quo. Sans contester l\u2019existence de diff\u00e9rences entre ces stades, il est n\u00e9cessaire de faire ressortir leur identit\u00e9 de base et, en s\u2019opposant \u00e0 leurs caract\u00e9ristiques communes, de s\u2019opposer non seulement \u00e0 l\u2019un ou \u00e0 l\u2019autre, mais aussi \u00e0 tous simultan\u00e9ment.<\/p>\n<p align=\"justify\">Du point de vue des classes domin\u00e9es, conditionn\u00e9 par l\u2019\u00e9poque, le d\u00e9veloppement ou le progr\u00e8s \u00e9l\u00e9mentaire dans le cadre du statu quo peut para\u00eetre \u00ab bon \u00bb ou \u00ab mauvais \u00bb. On donnera comme exemple de \u00ab bon \u00bb d\u00e9veloppement, la lutte victorieuse des ouvriers pour des conditions de vie meilleures et des libert\u00e9s politiques accrues, et comme exemple de \u00ab mauvais \u00bb, la perte des unes et des autres par suite de l\u2019av\u00e8nement du fascisme &#8211; ind\u00e9pendamment de la question de savoir si le premier fut ou ne fut pas la cause du second. L\u2019adh\u00e9sion active \u00e0 des organisations, cherchant \u00e0 promouvoir le d\u00e9veloppement dans le cadre du statu quo, est souvent une n\u00e9cessit\u00e9 in\u00e9luctable. Il est donc parfaitement vain de vouloir s\u2019opposer \u00e0 de telles organisations sur la base d\u2019un programme r\u00e9alisable uniquement en dehors de ce cadre. N\u00e9anmoins, avant de d\u00e9cider d\u2019entrer dans une organisation \u00ab r\u00e9aliste \u00bb ou d\u2019y rester, il faut se demander dans quel sens vont les changements survenant au sein du statu quo et dans quelle mesure ils sont susceptibles d\u2019affecter la population laborieuse.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les syndicats et les partis ouvriers ont depuis longtemps cess\u00e9 d\u2019agir en conformit\u00e9 avec les intentions radicales qui furent leurs \u00e0 l\u2019origine. Les \u00ab questions imm\u00e9diates \u00bb ont fini par les m\u00e9tamorphoser et par entra\u00eener la disparition de toute organisation ouvri\u00e8re \u00ab r\u00e9elle \u00bb, malgr\u00e9 la foule de pseudo-organisations qui subsistent. L\u2019aile socialiste du mouvement elle-m\u00eame consid\u00e8re les r\u00e9formes sociales non plus comme une voie de passage au socialisme, mais comme un moyen d\u2019am\u00e9liorer le capitalisme, de le rendre plus agr\u00e9able \u00e0 vivre, et cela bien que ses porte-parole continuent souvent d\u2019utiliser une phras\u00e9ologie socialiste.<\/p>\n<p align=\"justify\">La lutte pour des conditions de vie meilleures dans le cadre de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire pour vendre au meilleur prix la marchandise force de travail, a transform\u00e9 l\u2019ancien mouvement ouvrier en un mouvement capitaliste des travailleurs. Plus la pression du prol\u00e9tariat \u00e9tait \u00e9nergique, plus les capitalistes se voyaient contraints d\u2019\u00e9lever la productivit\u00e9 du travail tant gr\u00e2ce \u00e0 la technologie et \u00e0 la rationalisation que gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019essor des \u00e9changes nationaux et internationaux. De m\u00eame que la concurrence en g\u00e9n\u00e9ral. la lutte prol\u00e9tarienne elle aussi a servi d\u2019instrument pour acc\u00e9l\u00e9rer le rythme de l\u2019accumulation du capital. Et, \u00e0 mesure que l\u2019expansion progressait ainsi, le mouvement ouvrier &#8211; non seulement ses cadres dirigeants mais aussi ses militants de base renon\u00e7ait \u00e0 ses aspirations r\u00e9volutionnaires d\u2019autrefois. Bien que les salaires eussent diminu\u00e9 en valeur relative par rapport \u00e0 la production, ils s\u2019\u00e9taient accrus en valeur absolue, le niveau de vie des ouvriers d\u2019industrie augmentant du m\u00eame coup dans les principaux pays capitalistes. En outre, le commerce ext\u00e9rieur et l\u2019exploitation des colonies avaient pour effet d\u2019accro\u00eetre les profits et d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer la formation du capital. Ceci n\u2019alla pas sans cr\u00e9er des conditions favorables \u00e0 l\u2019apparition d\u2019une \u00ab aristocratie ouvri\u00e8re \u00bb. De temps \u00e0 autre, des crises et des d\u00e9pressions venaient interrompre cette \u00e9volution et, bien qu\u2019\u00e9chappant \u00e0 toute esp\u00e8ce de contr\u00f4le, servaient de facteurs coordonnant le processus de restructuration du capital. A la longue cependant, l\u2019appui que l\u2019expansion capitaliste, fond\u00e9e sur le jeu de la concurrence, trouvait dans les rangs de la classe laborieuse aboutit \u00e0 une compl\u00e8te fusion d\u2019int\u00e9r\u00eats entre les organisations ouvri\u00e8res et les d\u00e9tenteurs du capital.<\/p>\n<p align=\"justify\">Certes, il y eut des organisations qui se dress\u00e8rent contre l\u2019int\u00e9gration du mouvement ouvrier \u00e0 la structure capitaliste. Voyant dans les r\u00e9formes une \u00e9tape en direction de la r\u00e9volution, elles essay\u00e8rent de poursuivre des activit\u00e9s revendicatives sur le terrain du syst\u00e8me, tout en conservant leurs objectifs r\u00e9volutionnaires. La fusion du capital et de l\u2019ancien mouvement ouvrier constituait \u00e0 leurs yeux un ph\u00e9nom\u00e8ne provisoire dont il fallait s\u2019accommoder ou tirer parti tant qu\u2019il durait. Leur peu d\u2019empressement \u00e0 collaborer avec le capital les emp\u00eachait toutefois d\u2019acqu\u00e9rir une importance en tant qu\u2019organisation et cela, \u00e0 son tour, les poussait \u00e0 exalter la spontan\u00e9it\u00e9. Les socialistes de gauche et les syndicalistes r\u00e9volutionnaires rentrent dans cette cat\u00e9gorie.<\/p>\n<p align=\"justify\">Certains pays b\u00e9n\u00e9ficient de niveaux de vie sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux des autres, et la haute paie vers\u00e9e \u00e0 certaines couches de travailleurs a pour effet de diminuer le salaire des autres. Mais les tendances \u00e0 la p\u00e9r\u00e9quation des taux de productivit\u00e9, de profit et de salaires, inh\u00e9rentes au capitalisme de la concurrence, ne manquent pas de jouer et de menacer les int\u00e9r\u00eats particuliers et les privil\u00e8ges sp\u00e9ciaux. De m\u00eame que les capitalistes s\u2019efforcent d\u2019\u00e9chapper \u00e0 ce processus niveleur au moyen de la monopolisation de l\u2019\u00e9conomie, de m\u00eame les ouvriers privil\u00e9gi\u00e9s tentent de sauvegarder leur situation aux d\u00e9pens du prol\u00e9tariat dans son ensemble. On finit ainsi par confondre int\u00e9r\u00eat particulier et int\u00e9r\u00eat \u00ab national \u00bb. En appuyant leurs organisations politiques, syndicales et autres, pour conserver les avantages socio-\u00e9conomiques dont ils jouissent, les ouvriers d\u00e9fendent non seulement ce stade particulier du capitalisme auquel ils doivent leur situation privil\u00e9gi\u00e9e, mais aussi la politique imp\u00e9rialiste de leur pays.<\/p>\n<p align=\"justify\">\n<p align=\"justify\">Les rapports sociaux de base sont constamment organis\u00e9s et r\u00e9organis\u00e9s de fa\u00e7on plus \u00ab efficace \u00bb, \u00e0 dessein de maintenir le statu quo. Ce genre de r\u00e9organisation tend maintenant, au sein de la soci\u00e9t\u00e9 structur\u00e9e en classes, \u00e0 prendre un caract\u00e8re totalitaire. L\u2019id\u00e9ologie, \u00e0 la fois condition pr\u00e9alable et produit de cette r\u00e9organisation, se fait elle aussi totalitaire. Et, en vue de survivre, les organisations jusqu\u2019alors exemptes de ce trait suivent \u00e0 leur tour le courant. Dans les pays totalitaires, les organisations dites ouvri\u00e8res sont directement au service de la classe dirigeante. Il en est de m\u00eame dans les pays \u00ab d\u00e9mocratiques \u00bb, mais sous une forme plus voil\u00e9e sans doute et sur la base d\u2019une id\u00e9ologie en partie diff\u00e9rente. Visiblement, il n\u2019existe plus le moindre moyen qui permette de remplacer ces organisations par d\u2019autres, d\u2019un caract\u00e8re r\u00e9volutionnaire indiscutable &#8211; situation sans issue pour ceux qui voudraient organiser la soci\u00e9t\u00e9 nouvelle dans le sein de l\u2019ancienne comme pour ceux qui continuent de pr\u00e9coniser ces \u00ab am\u00e9liorations \u00bb dans le cadre du statu quo, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il est d\u00e9sormais impossible de r\u00e9aliser des r\u00e9formes autrement que par le biais de m\u00e9thodes totalitaires. La d\u00e9mocratie bourgeoise li\u00e9e au \u00ab laissez-faire \u00bb &#8211; c\u2019est-\u00e0-dire les conditions sociales propices \u00e0 la formation et \u00e0 l\u2019essor des organisations ouvri\u00e8res de type traditionnel &#8211; ou bien n\u2019existe plus ou bien est en voie de disparition. Le vieux d\u00e9bat, organisation ou spontan\u00e9it\u00e9, qui passionna tellement l\u2019ancien mouvement ouvrier, a perdu toute esp\u00e8ce de sens. Les deux sortes d\u2019organisation, celles qui prenaient la spontan\u00e9it\u00e9 pour base et celles qui cherchaient \u00e0 l\u2019ordonner, n\u2019ont-elles pas vol\u00e9 en \u00e9clats l\u2019une et l\u2019autre? Inviter \u00e0 cr\u00e9er des organisations nouvelles, c\u2019est nourrir un pieux espoir, celui de les voir appara\u00eetre spontan\u00e9ment un jour, rien de plus. Aussi bien, face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 totalitaire en voie d\u2019\u00e9mergence, les tenants de l\u2019organisation sont des \u00ab utopistes \u00bb, ni plus ni moins que les fervents de la spontan\u00e9it\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Aux yeux de certains toutefois, l\u2019existence de la Russie bolcheviste para\u00eet infirmer et la th\u00e8se de la disparition totale de l\u2019ancien mouvement ouvrier, et l\u2019id\u00e9e selon laquelle la d\u00e9gradation des conditions sociales rend d\u00e9sormais futile toute discussion sur la valeur respective de l\u2019organisation et de la spontan\u00e9it\u00e9. Car, en fin de compte, les champions du principe d\u2019organisation l\u2019ont emport\u00e9 en Russie et continuent d\u2019exercer le pouvoir au nom du socialisme. Rien ne les emp\u00eache donc de consid\u00e9rer leur succ\u00e8s comme une v\u00e9rification de leur th\u00e9orie et de m\u00eame en ce qui concerne les organisations r\u00e9formistes devenues des partis de gouvernement, tel le parti travailliste anglais. Et rien ne les emp\u00eache non plus de voir dans leur situation actuelle non la r\u00e9sultante d\u2019une transformation du syst\u00e8me capitaliste dans un sens totalitaire, mais au contraire une \u00e9tape en direction de sa socialisation.<\/p>\n<p align=\"justify\">Pourtant, le gouvernement travailliste anglais et les organisations qui le soutiennent ne font que d\u00e9montrer \u00e0 quel point leur triomphe a mis fin \u00e0 l\u2019ancien mouvement ouvrier. N\u2019est-il pas av\u00e9r\u00e9 en effet que les travaillistes au pouvoir n\u2019ont d\u2019autre souci que de maintenir le statu quo? Certes, ils cherchent \u00e0 remodeler la structure politique et administrative du pays, mais du m\u00eame coup d\u00e9fendre le capitalisme \u00e9quivaut pour eux \u00e0 d\u00e9fendre leur existence propre. Et d\u00e9fendre le capitalisme, cela signifie poursuivre et acc\u00e9l\u00e9rer la concentration et la centralisation de l\u2019\u00e9conomie et du pouvoir politique, camoufl\u00e9es sous l\u2019\u00e9tiquette de \u00ab nationalisation \u00bb des industries cl\u00e9s. Ce processus implique des changements sociaux, lesquels tout \u00e0 la fois accroissent la capacit\u00e9 de manipulation et de direction autoritaire du Capital et de l\u2019\u00c9tat, et int\u00e8grent le mouvement ouvrier au r\u00e9seau en expansion des organisations totalitaires uniquement d\u00e9vou\u00e9es \u00e0 la cause de la classe dirigeante.<\/p>\n<p align=\"justify\">Si les organisations ouvri\u00e8res, du type pr\u00e9dominant en Angleterre, acqui\u00e8rent un poids politique aussi consid\u00e9rable sans le mettre au service de. leurs fins r\u00e9volutionnaires, ce n\u2019est nullement parce que leur \u00ab id\u00e9ologie d\u00e9mocratique \u00bb leur interdit de prendre en main le pouvoir r\u00e9el, en tant qu\u2019il diff\u00e8re du pouvoir gouvernemental, par des moyens qui ne seraient pas ceux de la majorit\u00e9 Parlementaire. Elles n\u2019ont en effet de d\u00e9mocratique que le nom, rigoureusement soumises comme elles le sont \u00e0 une bureaucratie mettant en oeuvre des rouages calqu\u00e9s sur ceux du capitalisme et qui, pour \u00ab d\u00e9mocratiques \u00bb qu\u2019ils soient, pr\u00e9supposent la domination absolue des ma\u00eetres du capital. Elles n\u2019ont pas non plus \u00e0 craindre ce qui peut rester de force \u00e0 leurs adversaires capitalistes au conservatisme r\u00e9volu, propre au stade pr\u00e9totalitaire du d\u00e9veloppement capitaliste. L\u2019\u00e9volution de ces organisations dans un sens totalitaire reproduit en petit la transformation de la soci\u00e9t\u00e9 lib\u00e9rale en soci\u00e9t\u00e9 autoritaire. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un processus lent et contradictoire, impliquant \u00e0 la fois une lutte \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale et une lutte entre groupements politiques au niveau national. Ce processus se d\u00e9roule en un moment o\u00f9 le caract\u00e8re international que la concentration du capital prend toujours davantage, m\u00e9tamorphose les int\u00e9r\u00eats monopolistes en int\u00e9r\u00eats nationaux, o\u00f9 l\u2019\u00e9conomie mondiale se trouve monopolis\u00e9e par quelques Etats ou blocs de puissances et o\u00f9 le contr\u00f4le direct de la production et du march\u00e9 par les monopoles, qui existe dans chaque pays avanc\u00e9, s\u2019\u00e9tend de plus en plus au monde entier. Dans ces conditions, le mouvement ouvrier perd la possibilit\u00e9, qu\u2019il avait eue jusqu\u2019alors, de contribuer \u00e0 l\u2019expansion du capital par le seul fait qu\u2019il d\u00e9fendait ses int\u00e9r\u00eats de groupe social sp\u00e9cifique. Il lui faut passer au nationalisme et participer \u00e0 la r\u00e9organisation de l\u2019\u00e9conomie en fonction de rapports de forces chang\u00e9s. Ce n\u2019est pas sans mal toutefois que le mouvement ouvrier, li\u00e9 tout autant par ses traditions que par la n\u00e9cessit\u00e9 de sauvegarder les avantages acquis, parvient \u00e0 se transformer et, de nationaliste bon enfant qu\u2019il \u00e9tait hier, \u00e0 devenir aujourd\u2019hui un pilier de l\u2019imp\u00e9rialisme. De nouvelles tendances politiques font alors leur apparition en vue d\u2019exploiter ce manque de souplesse et, si ce dernier persiste, les organisations traditionnelles doivent c\u00e9der la place \u00e0 un mouvement de type national-socialiste.<\/p>\n<p align=\"justify\">A coup s\u00fbr, le national-socialisme n\u2019est \u00ab national \u00bb que pour mener une politique imp\u00e9rialiste. L\u2019 \u00bbinternationalisme bourgeois \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire le march\u00e9 \u00ab libre \u00bb mondial, ne fut jamais qu\u2019une fiction. \u00ab Libre \u00bb, ce march\u00e9 ne l\u2019\u00e9tait en effet que dans la mesure o\u00f9 la concurrence entre les principaux pays industriels et entre les monopoles internationaux n\u2019atteignait pas encore une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 excessive. Or l\u2019expansion du capital a pour effet simultan\u00e9 de restreindre et de stimuler la concurrence. Les vieilles positions de monopole sont liquid\u00e9es au profit de groupements monopolistes nouveaux. En intervenant sur le march\u00e9 \u00ab libre \u00bb mondial, les monopoles freinent l\u2019expansion du capital mais, du m\u00eame coup, ils ouvrent \u00e0 de nouveaux pays la voie du d\u00e9veloppement ; les int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s qui, d\u00e8s lors, peuvent prendre leur essor, instaurent leurs propres syst\u00e8mes de restrictions monopolistes \u00e0 la concurrence afin de se tailler une place au soleil.<\/p>\n<p align=\"justify\">La lutte pour prendre pied sur le march\u00e9 mondial (et la lutte pour repousser les intrus qui va de pair avec elle) devait donc acc\u00e9l\u00e9rer le d\u00e9veloppement g\u00e9n\u00e9ral du capitalisme au prix de disproportions toujours accrues au sein de l\u2019\u00e9conomie mondiale. Entre l\u2019essor continu des forces sociales de production, d\u2019une part et l\u2019organisation \u00e0 base priv\u00e9e et nationale de la production et du commerce mondiaux, d\u2019autre part, apparut une contradiction qui ne fit que s\u2019aggraver au fur et \u00e0 mesure des progr\u00e8s du capitalisme. Les r\u00e9organisations de l\u2019\u00e9conomie mondiale, rendues n\u00e9cessaires par les changements survenus dans la r\u00e9partition de la puissance \u00e9conomique, ne suffirent plus \u00e0 arr\u00eater la croissance des forces productives, due \u00e0 une concurrence qui continuait de battre son plein ; d\u00e8s lors, cette fonction de blocage revint aux crises et aux guerres. Voil\u00e0 qui provoqua \u00e0 son tour une nouvelle flamb\u00e9e de nationalisme, bien que toutes les questions politiques et \u00e9conomiques d\u00e9coulent de la nature capitaliste de l\u2019\u00e9conomie mondiale. Le nationalisme est essentiellement un instrument pour la concurrence \u00e0 grande \u00e9chelle, le seul \u00ab internationalisme \u00bb dont la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste soit capable.<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u2019internationalisme prol\u00e9tarien, quant \u00e0 lui, \u00e9tait fond\u00e9 sur l\u2019id\u00e9e (fausse) selon laquelle le principe bourgeois du \u00ab libre \u00e9change \u00bb correspondait \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. On voyait dans le d\u00e9veloppement international une simple extension quantitative d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne que le d\u00e9veloppement national avait rendu familier. De m\u00eame que l\u2019entreprise capitaliste avait fini par ne plus conna\u00eetre de fronti\u00e8res nationales, de m\u00eame, pensait-on, le mouvement ouvrier allait acqu\u00e9rir une base internationale sans changer de forme ni de type d\u2019activit\u00e9s. Le grand changement qualitatif, que cette \u00e9volution quantitative ne manquerait pas d\u2019engendrer, ce serait la r\u00e9volution prol\u00e9tarienne, et cela en raison de la polarisation croissante de la soci\u00e9t\u00e9 en deux classes fondamentales, un nombre toujours plus r\u00e9duit de dirigeants devant faire face \u00e0 la masse toujours plus grande des dirig\u00e9s. En bonne logique, ce processus ne pouvait aboutir qu\u2019\u00e0 l\u2019alternative : ou bien l\u2019absurdit\u00e9 totale, ou bien l\u2019expropriation sociale des expropriateurs individuels.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ancr\u00e9 de la sorte dans la conviction que la lutte pour vendre la force de travail au meilleur prix entra\u00eenerait le d\u00e9veloppement graduel de la conscience de classe du prol\u00e9tariat et la cr\u00e9ation d\u2019une base objective pour le socialisme, on voyait \u00e9galement un ph\u00e9nom\u00e8ne salutaire dans le processus de concentration du capital, consid\u00e9r\u00e9 comme un pr\u00e9alable oblig\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9volution en direction de la soci\u00e9t\u00e9 nouvelle. L\u2019apparition du Grand Capital, la cartellisation, la multiplication des trusts et des prises de contr\u00f4le financier, les interventions de l\u2019\u00c9tat, l\u2019essor du nationalisme, voire m\u00eame celui de l\u2019imp\u00e9rialisme, tout cela constituait autant d\u2019indices d\u2019une \u00ab maturation \u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, au terme de laquelle surgirait la r\u00e9volution sociale. Pour les r\u00e9formistes, cet \u00e9tat de choses confirmait leur th\u00e9orie : la transformation de la soci\u00e9t\u00e9 avait pour condition n\u00e9cessaire et suffisante leur arriv\u00e9e au pouvoir par des moyens l\u00e9gaux. Mais les r\u00e9volutionnaires \u00e9taient amen\u00e9s de leur c\u00f4t\u00e9 \u00e0 croire que, m\u00eame dans des conditions de \u00ab maturit\u00e9 \u00bb moins grande, il leur suffirait de s\u2019emparer du pouvoir d\u2019\u00c9tat pour r\u00e9aliser le socialisme. Socialistes et bolcheviks se heurtaient \u00e0 propos de questions d\u2019ordre tactique, mais ces querelles ne concernaient nullement le postulat fondamental qui leur restait commun : le pouvoir d\u2019\u00c9tat \u00e9tait l\u2019instrument qui permettrait de passer du \u00ab stade supr\u00eame \u00bb du capitalisme \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 nouvelle. Si les socialistes inclinaient \u00e0 laisser le progr\u00e8s suivre son cours, persuad\u00e9s qu\u2019ils \u00e9taient que toutes les fonctions gouvernementales finiraient ainsi par tomber sous leur coupe, les bolcheviks entendaient, quant \u00e0 eux, mettre la main \u00e0 la p\u00e2te et acc\u00e9l\u00e9rer l\u2019\u00e9volution sociale.<\/p>\n<p align=\"justify\">En 1917, la d\u00e9faite des arm\u00e9es tsaristes vint rendre plus imp\u00e9rieuse que jamais la n\u00e9cessit\u00e9, d\u00e9j\u00e0- tr\u00e8s largement ressentie en Russie, de \u00ab moderniser \u00bb le pays afin de raffermir sa chancelante ind\u00e9pendance nationale. Apr\u00e8s qu\u2019une r\u00e9volution eut balay\u00e9 le r\u00e9gime, le gouvernement \u00e9chut aux \u00ab \u00e9l\u00e9ments progressistes \u00bb. Et l\u2019aile marchante du mouvement socialiste ne tarda gu\u00e8re \u00e0 concentrer tous les pouvoirs dans ses mains. Voulant h\u00e2ter le processus de socialisation, les bolcheviks forc\u00e8rent la population \u00e0 ex\u00e9cuter point par point leur programme politique. De leur point de vue, peu importait que les d\u00e9cisions du gouvernement fussent encore empreintes d\u2019un caract\u00e8re capitaliste du moment qu\u2019elles restaient dans le droit fil d\u2019une \u00e9volution qui poussait au capitalisme d\u2019\u00c9tat et qu\u2019elles avaient pour effet d\u2019augmenter la production et de conserver le pouvoir au parti dirigeant. Car seul un gouvernement bolchevique \u00e9tait en mesure, pensait-on, d\u2019implanter le socialisme par en haut, \u00e0 grand renfort de d\u00e9crets, et cela malgr\u00e9 les fautes et les compromis in\u00e9vitables, malgr\u00e9 toutes les concessions \u00e0 faire aux principes capitalistes et aux puissances imp\u00e9rialistes. La grande question, c\u2019\u00e9tait en effet d\u2019avoir un gouvernement qui ne risquerait pas de d\u00e9vier de la ligne r\u00e9volutionnaire, un gouvernement ma\u00eetre d\u2019un appareil d\u2019\u00c9tat qui garderait son caract\u00e8re r\u00e9volutionnaire du fait que ses membres se verraient inculquer syst\u00e9matiquement une id\u00e9ologie aux fondements rigides. En favorisant le d\u00e9veloppement d\u2019un fanatisme \u00e0 toute \u00e9preuve, les bolcheviks cherchaient \u00e0 doter les organes politiques et administratifs du pays d\u2019une coh\u00e9sion et, par l\u00e0, d\u2019une puissance sup\u00e9rieure \u00e0 celles de leurs ennemis propres. Ainsi la dictature du gouvernement, appuy\u00e9e sur un parti dirig\u00e9 par des m\u00e9thodes dictatoriales et sur un syst\u00e8me de privil\u00e8ges hautement hi\u00e9rarchis\u00e9, apparaissait-elle comme une premi\u00e8re \u00e9tape qu\u2019il fallait n\u00e9cessairement franchir avant d\u2019arriver au socialisme. D\u00e8s cette \u00e9poque, une tendance \u00e0 la gestion totalitaire, allant de pair avec l\u2019essor des monopoles, les interventions de l\u2019\u00c9tat dans l\u2019\u00e9conomie et les exigences de l\u2019imp\u00e9rialisme moderne en ce qui concerne la structuration du monde, \u00e9tait \u00e0 l\u2019oeuvre dans tous les pays, plus particuli\u00e8rement dans ceux qui se trouvaient en \u00e9tat de crise plus ou moins \u00ab permanente \u00bb. De m\u00eame que l\u2019\u00e9conomie, les crises du capitalisme sont internationales, mais il ne s\u2019ensuit nullement qu\u2019elles frappent tous les pays avec une \u00e9gale vigueur et d\u2019une mani\u00e8re identique. Certaines r\u00e9gions sont \u00ab riches \u00bb et d\u2019autres \u00ab pauvres \u00bb en mati\u00e8res premi\u00e8res, en main-d\u2019oeuvre et en capital. Les crises et les guerres provoquent un remaniement des rapports entre puissances et ouvrent des voies nouvelles au d\u00e9veloppement politique et \u00e9conomique du monde. Elles peuvent avoir pour effet d\u2019instaurer un nouvel \u00e9quilibre des forces ou d\u2019y contribuer. Dans un cas comme dans l\u2019autre, le monde capitaliste subit des changements d\u00e9cisifs et se retrouve ensuite organis\u00e9 sur des bases diff\u00e9rentes. Sous l\u2019impact de la concurrence, ces transformations structurelles se g\u00e9n\u00e9ralisent, mais en rev\u00eatant des aspects qui sont tr\u00e8s loin d\u2019\u00eatre partout les m\u00eames. Dans certains pays, les nouvelles formes de domination sociale, cons\u00e9cutives \u00e0 l\u2019apparition d\u2019un degr\u00e9 \u00e9lev\u00e9 de concentration du capital, peuvent prendre un caract\u00e8re avant tout \u00e9conomique ; dans d\u2019autres, elles auront des dehors plus politiques. De fait, les organes de direction centralis\u00e9e ont toutes chances d\u2019\u00eatre plus perfectionn\u00e9s dans le premier cas que dans le second. D\u00e8s lors cependant, les pays les moins bien pourvus sur ce plan se voient contraints d\u2019accro\u00eetre les pouvoirs de l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat. Un r\u00e9gime fasciste est le produit de luttes sociales engendr\u00e9es par des difficult\u00e9s d\u2019ordre int\u00e9rieur autant que par la n\u00e9cessit\u00e9 de compenser, au moyen de l\u2019organisation de l\u2019\u00e9conomie, des faiblesses structurelles qu\u2019ignorent les pays les plus forts du point de vue capitaliste. Le r\u00e9gime autoritaire a pour mission de rem\u00e9dier \u00e0 l\u2019absence d\u2019un syst\u00e8me de prise de d\u00e9cision centralis\u00e9 et r\u00e9sultant d\u2019un \u00ab libre \u00bb cours des choses.<\/p>\n<p align=\"justify\">Si le totalitarisme d\u00e9coule de changements survenus au sein de l\u2019\u00e9conomie mondiale, il est aussi \u00e0 l\u2019origine d\u2019une nouvelle et universelle tendance \u00e0 parfaire la puissance \u00e9conomique par des moyens politiques. En d\u2019autres termes, l\u2019essor du totalitarisme n\u2019est compr\u00e9hensible qu\u2019en fonction de la situation mondiale du capitalisme. Le bolchevisme, le fascisme et le nazisme ne se sont pas form\u00e9s de mani\u00e8re autonome, dans le cadre de l\u2019\u00e9volution d\u2019un pays donn\u00e9. Ils ont constitu\u00e9 en r\u00e9alit\u00e9 autant de r\u00e9actions de type national \u00e0 la transformation des conditions de la concurrence internationale, exactement comme les tendances des nations \u00ab d\u00e9mocratiques \u00bb au totalitarisme repr\u00e9sentent une r\u00e9action \u00e0 des pressions en sens oppos\u00e9s, pour et contre les men\u00e9es imp\u00e9rialistes. Seules les grandes puissances capitalistes sont en mesure de rivaliser de fa\u00e7on ind\u00e9pendante pour la ma\u00eetrise du monde, cela va de soi. Quant \u00e0 la plupart des petites nations, d\u00e9j\u00e0 hors de course, elles ne font que s\u2019adapter \u00e0 la structure sociale des puissances h\u00e9g\u00e9moniques. Pourtant les structures totalitaires modernes sont apparues pour la premi\u00e8re fois dans les pays capitalistes les plus faibles et non, comme tout portait \u00e0 le croire, dans ceux o\u00f9 le pouvoir \u00e9conomique se trouvait concentr\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame. Les bolcheviks, form\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cole de l\u2019Occident, voyaient dans le capitalisme d\u2019Etat le stade ultime du d\u00e9veloppement capitaliste, une voie de passage au socialisme. Pour emprunter cette voie, il fallait selon eux, recourir \u00e0 des moyens purement politiques, \u00e0 la dictature en l\u2019occurrence, et pour que cette dictature f\u00fbt efficace, il fallait recourir au totalitarisme. Les r\u00e9gimes fascistes d\u2019Allemagne, d\u2019Italie et du Japon ont incarn\u00e9 des tentatives de suppl\u00e9er par l\u2019organisation \u00e0 tout ce qui manquait d\u2019\u00e9l\u00e9ments de force capitaliste traditionnelle \u00e0 leurs pays respectifs et de court-circuiter la concurrence \u00e0 grande \u00e9chelle, le d\u00e9veloppement \u00e9conomique g\u00e9n\u00e9ral les emp\u00eachant de se tailler d\u00e9sormais une place plus grande sur le march\u00e9 mondial, voire de la conserver.<\/p>\n<p align=\"justify\">Vu sous cet angle, l\u2019\u00e9volution globale du capitalisme n\u2019a cess\u00e9 de tendre au totalitarisme. Cette tendance devint sensible d\u00e8s le d\u00e9but de notre si\u00e8cle. Elle a pris corps au travers des crises, des guerres et des r\u00e9volutions. Loin de n\u2019int\u00e9resser que des classes sp\u00e9cifiques et des nations particuli\u00e8res, elle affecte le monde entier. Et, dans cette perspective, on peut ajouter qu\u2019un capitalisme \u00ab int\u00e9gralement d\u00e9velopp\u00e9 \u00bb serait ni plus ni moins qu\u2019un capitalisme mondial g\u00e9r\u00e9 de fa\u00e7on centralis\u00e9e sur un mode totalitaire. S\u2019il \u00e9tait r\u00e9alisable, il correspondrait au but que socialistes et bolcheviks s\u2019assignaient : la cr\u00e9ation d\u2019un gouvernement mondial planifiant la vie sociale dans son ensemble. Il correspondrait aussi \u00e0 l\u2019 \u00ab internationalisme \u00bb restreint des capitalistes, des fascistes, des socialistes et des bolcheviks, et \u00e0 leurs projets d\u2019organisation partielle &#8211; citons p\u00e8le-m\u00eale : le paneurop\u00e9annisme ; le panslavisme ; la latinit\u00e9 ; les Internationales II, III<sup>\u00e8me<\/sup> et autres ; le Commonwealth ; la doctrine de Monroe ; la Charte de l\u2019Atlantique ; les Nations Unies et ainsi de suite &#8211; tous con\u00e7us comme autant de pr\u00e9alables \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un gouvernement mondial.<\/p>\n<p align=\"justify\">Lorsqu\u2019on l\u2019examine \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019histoire contemporaine, le capitalisme du si\u00e8cle dernier appara\u00eet comme un capitalisme sortant tout juste de l\u2019enfance, n\u2019ayant pas encore r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019\u00e9manciper compl\u00e8tement de son pass\u00e9 f\u00e9odal. Le capitalisme, qui ne mettait pas en question l\u2019exploitation en g\u00e9n\u00e9ral, mais seulement le r\u00e8gne exclusif d\u2019une forme particuli\u00e8re d\u2019exploitation, peut vraiment se d\u00e9velopper \u00ab dans le sein \u00bb de l\u2019ancienne soci\u00e9t\u00e9. A cette \u00e9poque l\u2019action r\u00e9volutionnaire visait la prise du pouvoir dans le seul but d\u2019\u00e9liminer les pratiques restrictives propres au monde f\u00e9odal et de d\u00e9fendre la \u00ab libert\u00e9 d\u2019entreprise \u00bb. Elargir le march\u00e9 mondial, stimuler le d\u00e9veloppement du prol\u00e9tariat et de l\u2019industrie, acc\u00e9l\u00e9rer Il accumulation du capital, telle \u00e9tait alors la grande affaire des capitalistes et, certes, ils avaient sur ce plan toutes raisons d\u2019\u00eatre satisfaits. La \u00ab libert\u00e9 \u00e9conomique \u00bb, tel \u00e9tait leur leitmotiv et, pour autant que l\u2019Etat les laissait poursuivre en paix l\u2019exploitation des travailleurs, ils ne se souciaient ni de sa composition ni de son autonomie.<\/p>\n<p align=\"justify\">Toutefois, loin d\u2019\u00eatre l\u2019une des caract\u00e9ristiques essentielles du capitalisme, l\u2019ind\u00e9pendance relative de l\u2019Etat \u00e9tait li\u00e9e \u00e0 la croissance du syst\u00e8me dans des conditions de maturit\u00e9 encore tr\u00e8s imparfaites. Plus ces conditions m\u00fbrissaient, plus l\u2019Etat prenait un caract\u00e8re capitaliste. Ce qu\u2019il perdait en \u00ab autonomie \u00bb, il le regagnait en puissance ; ce que les capitalistes se voyaient contraints d\u2019abandonner, ils le retrouvaient sur un autre plan, gr\u00e2ce au perfectionnement des m\u00e9canismes de gestion de la vie sociale. A la longue, les int\u00e9r\u00eats de l\u2019Etat et du Capital finirent par se confondre aux yeux de tous, fait d\u00e9notant que le mode de production capitaliste et son syst\u00e8me de concurrence jouissaient du consentement g\u00e9n\u00e9ral. Appuy\u00e9 sur l\u2019Etat et organis\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelon national, le capitalisme marquait plus nettement que jamais qu\u2019il avait subjugu\u00e9 toute opposition, que la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble, y compris le mouvement ouvrier &#8211; et pas seulement le patronat -, \u00e9tait devenue capitaliste. Cette int\u00e9gration du mouvement ouvrier au syst\u00e8me se manifestait entre autres dans l\u2019int\u00e9r\u00eat grandissant qu\u2019il portait \u00e0 l\u2019Etat con\u00e7u comme un instrument d\u2019\u00e9mancipation. Etre \u00ab r\u00e9volutionnaire \u00bb, voil\u00e0 qui signifiait d\u00e9sormais rompre avec la \u00ab conscience trade-unioniste \u00bb born\u00e9e propre \u00e0 l\u2019\u00e8re du \u00ab libre-\u00e9change \u00bb et lutter pour la conqu\u00eate de l\u2019Etat tout en cherchant constamment \u00e0 augmenter les pr\u00e9rogatives de celui-ci. La fusion du Capital et de l\u2019Etat s\u2019accompagnait ainsi d\u2019une fusion de l\u2019un et de l\u2019autre avec le Travail, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019ancien mouvement ouvrier organis\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">La Russie bolcheviste est le premier en date des syst\u00e8mes ou la fusion du Capital, du Travail et de l\u2019Etat fut r\u00e9alis\u00e9e sous la direction de l\u2019aile radicale de l\u2019ancien mouvement ouvrier. Depuis longtemps, L\u00e9nine \u00e9tait convaincu que la bourgeoisie se trouvait dor\u00e9navant dans l\u2019incapacit\u00e9 absolue de r\u00e9volutionner la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019\u00e9poque de la r\u00e9volution capitaliste au sens traditionnel \u00e9tait termin\u00e9e. Au stade du capitalisme imp\u00e9rialiste, les pays arri\u00e9r\u00e9s, voulant \u00e9chapper \u00e0 la colonisation, \u00e9taient en effet oblig\u00e9s de prendre pour point de d\u00e9part de leur \u00e9volution l\u2019\u00e9tat de choses consid\u00e9r\u00e9 jusqu\u2019alors, dans le cadre du laissez-faire, comme le point d\u2019aboutissement possible du processus de la concurrence. D\u00e8s lors, il \u00e9tait vain d\u2019attendre l\u2019\u00e9mancipation d\u2019un d\u00e9veloppement s\u2019effectuant par les voies traditionnelles ; seules des luttes politiques, du type mis en avant par les bolcheviks, pouvaient cr\u00e9er les conditions n\u00e9cessaires au d\u00e9veloppement capitaliste, base m\u00eame de l\u2019ind\u00e9pendance nationale. S\u2019attaquant non pas au syst\u00e8me d\u2019exploitation capitaliste en g\u00e9n\u00e9ral, mais seulement \u00e0 sa forme restreinte, \u00e0 l\u2019exploitation pratiqu\u00e9e par des groupes particuliers d\u2019industriels et de financiers, le parti bolchevik s\u2019empara de l\u2019Etat et du m\u00eame coup prit en main la gestion des moyens de production. Point n\u2019\u00e9tait besoin de se plier au sch\u00e9ma historique &#8211; faire du profit et accumuler des capitaux &#8211; pour s\u2019approprier les leviers de commande. Cessant d\u2019\u00eatre li\u00e9e aux pratiques du laissez-faire et de la concurrence, l\u2019exploitation reposait d\u00e9sormais sur le pouvoir de gestion des moyens de production. Elle promettait m\u00eame d\u2019\u00eatre plus rentable et plus s\u00fbre avec un syst\u00e8me de gestion unifi\u00e9e et centralis\u00e9e qu\u2019elle ne l\u2019avait \u00e9t\u00e9 dans le pass\u00e9 par le biais du contr\u00f4le indirect du march\u00e9 et des interventions sporadiques de l\u2019Etat.<\/p>\n<p align=\"justify\">Si en Russie l\u2019initiative totalitaire fut prise par le mouvement ouvrier extr\u00e9miste, ce fut en raison de la proximit\u00e9 de l\u2019Europe occidentale o\u00f9 des processus analogues \u00e9taient \u00e0 l\u2019oeuvre, quoique dans un cadre r\u00e9formiste, non r\u00e9volutionnaire. Au Japon, l\u2019initiative vint de l\u2019Etat et le processus suivit un cours diff\u00e9rent, les anciennes classes dirigeantes s\u2019\u00e9tant m\u00e9tamorphos\u00e9es en organes d\u2019ex\u00e9cution de la politique de l\u2019Etat. En Europe de l\u2019Ouest, l\u2019int\u00e9gration de l\u2019ancien mouvement ouvrier &#8211; et ses cons\u00e9quences quant \u00e0 la conduite de l\u2019Etat &#8211; atteint un degr\u00e9 tel, surtout pendant la guerre, que ce mouvement perdit compl\u00e8tement l\u2019initiative en mati\u00e8re de changement social. Il ne pouvait venir \u00e0 bout de la stagnation sociale (caus\u00e9e en partie par sa propre existence et accentu\u00e9e par les s\u00e9quelles du conflit mondial) sans se transformer d\u2019abord radicalement lui-m\u00eame. Mais les essais de bolchevisation \u00e9chou\u00e8rent. En effet, la bourgeoisie ouest-europ\u00e9enne, contrairement \u00e0 la bourgeoisie russe, b\u00e9n\u00e9ficiait, gr\u00e2ce \u00e0 ses institutions d\u00e9mocratiques \u00ab progressistes \u00bb, d\u2019une grande libert\u00e9 de manoeuvre et d\u2019une base sociale tr\u00e8s large et int\u00e9gr\u00e9e. Ce fut en Allemagne, la plus puissante, du point de vue capitaliste, de toutes les nations vaincues et priv\u00e9es de part de butin, qu\u2019en d\u00e9sespoir de cause se produisit l\u2019essor du nazisme. La r\u00e9volution russe avait montr\u00e9 au monde comment un parti peut s\u2019assurer une emprise totalitaire sur un pays ; le r\u00e9gime bolcheviste avait mis en \u00e9vidence la possibilit\u00e9 d\u2019un capitalisme de parti. De nouvelles formations politiques, mi-bourgeoises mi-pl\u00e9b\u00e9iennes, aux id\u00e9ologies nationalistes et imp\u00e9rialistes et aux programmes plus ou moins capitalistes d\u2019Etat, vinrent se poser en forces \u00ab r\u00e9volutionnaires \u00bb face aux anciennes organisations. Moins respectueux de la l\u00e9galit\u00e9 et des modes d\u2019intervention traditionnels, ces partis, dot\u00e9s d\u2019une base de masse qu\u2019une crise insoluble alimentait en permanence, et appuy\u00e9s par tous les \u00e9l\u00e9ments qui poussaient \u00e0 r\u00e9soudre la crise par des m\u00e9thodes imp\u00e9rialistes, r\u00e9ussirent \u00e0 l\u2019emporter, d\u2019abord en Italie, puis en Allemagne. M\u00eame aux Etats-Unis, la plus grande puissance capitaliste, on s\u2019effor\u00e7a pendant la Grande crise de raffermir l\u2019autorit\u00e9 accrue, dont l\u2019Etat jouissait depuis peu de temps, en faisant tout pour gagner les masses \u00e0 la politique du gouvernement, ax\u00e9e sur la collaboration des classes.<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u2019effondrement des pays fascistes \u00e0 l\u2019issue de la deuxi\u00e8me guerre mondiale n\u2019a pas modifi\u00e9 la tendance au totalitarisme. Si les vaincus ont perdu leur ind\u00e9pendance, ils ont gard\u00e9 cependant leur structure autoritaire. Seuls n\u2019ont pas surv\u00e9cu, qu\u2019ils aient \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits ou subordonn\u00e9s aux exigences des vainqueurs, les aspects de leur r\u00e9gime totalitaire li\u00e9s au maintien d\u2019un potentiel de guerre propre. Malgr\u00e9 le changement du rapport des forces et la mise en oeuvre de m\u00e9thodes nouvelles, l\u2019autoritarisme est plus grand dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui qu\u2019il ne le fut avant et pendant la derni\u00e8re guerre. Qui plus est, des pays \u00ab victorieux \u00bb, comme la France et l\u2019Angleterre, se trouvent pr\u00e9sentement dans la situation m\u00eame que les pays vaincus travers\u00e8rent \u00e0 la fin de la premi\u00e8re guerre mondiale. Et tout semble indiquer que l\u2019\u00e9volution que l\u2019Europe centrale connut entre les deux guerres va s\u2019y r\u00e9p\u00e9ter.<\/p>\n<p align=\"justify\">Cependant, le totalitarisme a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre l\u2019apanage exclusif d\u2019organisations nouvelles ; on le voit pr\u00f4n\u00e9 maintenant par toutes les forces politiques actives. Pour faire face sur le plan int\u00e9rieur \u00e0 la concurrence des formations fascistes ou bolchevistes, les organisations en place ont d\u00fb s\u2019adapter \u00e0 leurs m\u00e9thodes. En outre, toutes les luttes internes refl\u00e9tant des rivalit\u00e9s d\u2019ordre imp\u00e9rialiste, la pr\u00e9paration \u00e0 la guerre a pour effet de pousser plus encore la soci\u00e9t\u00e9 dans la voie du totalitarisme. Etant donn\u00e9 que l\u2019Etat prend en charge des secteurs de plus en plus \u00e9tendus de la vie sociale et \u00e9conomique, le capital priv\u00e9 et monopoliste doit, pour se d\u00e9fendre, suivre plus que jamais ses propres penchants au centralisme. Bref, les forces sociales dont les deux guerres ont accouch\u00e9es, et qui visent \u00e0 trouver des solutions dans le cadre du statu quo, tendent toutes \u00e0 appuyer et \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer les progr\u00e8s du capitalisme totalitaire.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans ces conditions, une r\u00e9surrection du mouvement ouvrier, tel qu\u2019il fut autrefois, et tel qu\u2019il subsiste encore \u00e7\u00e0 et l\u00e0 sous une forme rabougrie, est purement et simplement hors de question. Tous les mouvements ayant le vent en poupe cherchent &#8211; quelle que soit leur \u00e9tiquette &#8211; \u00e0 se conformer aux principes autoritaires. La domination sociale peut prendre des formes extr\u00eamement diverses, allant de la combinaison Etat-monopoles au fascisme et au capitalisme de parti, mais, en tout \u00e9tat de cause, les d\u00e9tenteurs du pouvoir disposent d\u00e9sormais de moyens tels que cela signifie la fin du laissez-faire et l\u2019extension du capitalisme autoritaire.<\/p>\n<p align=\"justify\">Certes, il est hors de doute que le capitalisme ne parviendra jamais au stade du totalitarisme absolu, pas plus qu\u2019il ne fut jamais un syst\u00e8me de laissez-faire au plein sens du terme. Tout ce que ces vocables d\u00e9signent, ce sont les pratiques dominantes dans le cadre d\u2019une multiplicit\u00e9 de pratiques et de diff\u00e9renciations en mati\u00e8re d\u2019organisation, conformes cependant les unes et les autres \u00e0 la pratique ma\u00eetresse. Il n\u2019en demeure pas moins que les nouveaux pouvoirs de l\u2019Etat, le capitalisme extr\u00eamement concentr\u00e9, la technologie moderne, la monopolisation de l\u2019\u00e9conomie mondiale, l\u2019\u00e8re des guerres imp\u00e9rialistes et tout ce qui s\u2019ensuit, rendent indispensable au maintien du statu quo capitaliste une organisation sociale sans opposition, un contr\u00f4le centralis\u00e9 et syst\u00e9matique des activit\u00e9s humaines ayant des effets sociaux.<\/p>\n<p align=\"justify\">\n<p align=\"justify\">Si la fin de l\u2019ancien mouvement ouvrier a priv\u00e9 de fondement la question de l\u2019organisation et de la spontan\u00e9it\u00e9, telle du moins qu\u2019elle fut con\u00e7ue et d\u00e9battue au sein de ce mouvement, la question peut pourtant conserver son int\u00e9r\u00eat dans un sens plus large, abstraction faite des probl\u00e8mes sp\u00e9cifiques aux organisations ouvri\u00e8res du pass\u00e9. De m\u00eame que les explosions r\u00e9volutionnaires, il faut voir dans les crises et les guerres des \u00e9v\u00e9nements eux aussi spontan\u00e9s. Mais, s\u2019agissant de ces derni\u00e8res, on a bien plus d\u2019informations, accumul\u00e9 bien plus d\u2019exp\u00e9riences, qu\u2019en ce qui concerne la r\u00e9volution.<\/p>\n<p align=\"justify\">En syst\u00e8me capitaliste, le soin de d\u00e9terminer les exigences fondamentales de la soci\u00e9t\u00e9 qui devront \u00eatre satisfaites en priorit\u00e9 par l\u2019appareil de production et les besoins sociaux en fonction desquels il faudra moduler la masse du travail social, revient pour la plus grande part aux automatismes du march\u00e9. Ces m\u00e9canismes, l\u2019intervention des monopoles en trouble le fonctionnement mais, m\u00eame en l\u2019absence de pareilles interf\u00e9rences, ce type de pratiques socio-\u00e9conomiques ne peut servir que les besoins \u00ab sociaux \u00bb sp\u00e9cifiques du syst\u00e8me. Les automatismes du march\u00e9 \u00e9tablissent entre l\u2019offre et la demande un genre de rapport indirect qui a pour r\u00e9f\u00e9rent et pour d\u00e9terminant le profit et les n\u00e9cessit\u00e9s de l\u2019accumulation du capital. Si les monopoles, par leur intervention consciente, mettent un tant soit peu d\u2019 \u00ab ordre \u00bb dans ce chaos, ils le font en fonction de leurs seuls int\u00e9r\u00eats particuliers et, par cons\u00e9quent, accroissent l\u2019 irrationnalit\u00e9 du syst\u00e8me pris comme un tout. Et la planification capitaliste d\u2019Etat elle-m\u00eame a pour objet avant toute autre chose de satisfaire les besoins et de garantir la s\u00e9curit\u00e9 des groupes sociaux dirigeants et privil\u00e9gi\u00e9s, non de couvrir les besoins r\u00e9els de la soci\u00e9t\u00e9. Etant donn\u00e9 que le comportement des capitalistes est dict\u00e9 par la n\u00e9cessit\u00e9 de faire du profit et par des int\u00e9r\u00eats particuliers, non par des int\u00e9r\u00eats sociaux, il arrive que les cons\u00e9quences effectives de leurs d\u00e9cisions diff\u00e8rent de leurs intentions premi\u00e8res ; les r\u00e9sultats sociaux d\u2019une foule de d\u00e9cisions, prises \u00e0 l\u2019\u00e9chelon individuel, sont ainsi susceptibles de perturber la stabilit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 et de d\u00e9jouer les projets de leurs auteurs. Seuls certains r\u00e9sultats de ces d\u00e9cisions sont pr\u00e9visibles, mais pas tous. Il y a en effet incompatibilit\u00e9 entre les int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s et un type d\u2019organisation sociale permettant autant que faire se peut des pr\u00e9visions en ce domaine. D\u2019o\u00f9 des frictions et des disproportions de plus en plus fr\u00e9quentes, et l\u2019ajournement perp\u00e9tuel de remises en ordre pourtant indispensables, qui finissent par provoquer de violents affrontements entre int\u00e9r\u00eats anciens et nouveaux, des crises et des d\u00e9pressions qui semblent surgir spontan\u00e9ment, faute d\u2019un type d\u2019organisation donnant la possibilit\u00e9 de g\u00e9rer la soci\u00e9t\u00e9 sur une base sociale, et non sur une base de classe.<\/p>\n<p align=\"justify\">Toute organisation des activit\u00e9s sociales en fonction des int\u00e9r\u00eats de la soci\u00e9t\u00e9 globale est par d\u00e9finition exclue dans le cadre du statu quo. La mise en place de formes nouvelles d\u2019organisation ne fait que sanctionner les changements survenus dans la situation respective de chaque classe et laisse intacts les rapports sociaux fondamentaux. De nouvelles minorit\u00e9s dirigeantes succ\u00e8dent aux anciennes, la classe prol\u00e9tarienne se morc\u00e8le en cat\u00e9gories de condition diff\u00e9rente, et, tandis que certaines couches de la petite bourgeoisie disparaissent, d\u2019autres voient leur influence grandir. Toute activit\u00e9 pratique, concr\u00e8te, n\u2019\u00e9tant sociale, dans la mesure o\u00f9 elle peut l\u2019\u00eatre, que par ses effets, et non en fonction d\u2019intentions arr\u00eat\u00e9es &#8211; par \u00ab accident \u00bb en quelque sorte -, il n\u2019existe au sein de la soci\u00e9t\u00e9 aucune force dont la croissance continue serait de nature \u00e0 restreindre l\u2019 \u00bbanarchie \u00bb sociale et \u00e0 provoquer une prise de conscience plus nette des besoins de tous et des moyens de les satisfaire, premier pas vers la libre disposition des hommes et vers une soci\u00e9t\u00e9 con\u00e7ue par et pour les hommes. En un sens, donc, c\u2019est la multiplicit\u00e9 et la vari\u00e9t\u00e9 des organisations en syst\u00e8me capitaliste qui interdisent d\u2019organiser la soci\u00e9t\u00e9. Il s\u2019ensuit non seulement que toutes les activit\u00e9s non coordonn\u00e9es et contradictoires aboutissent en fin de compte \u00e0 des crises attendues ou impr\u00e9vues, mais aussi que chacun, du fait de ses activit\u00e9s, est plus ou moins \u00ab responsable \u00bb de ces explosions spontan\u00e9es qui prennent la forme de la crise ou de la guerre.<\/p>\n<p align=\"justify\">Toutefois, il est impossible de donner du processus, qui a d\u00e9bouch\u00e9 sur la crise ou la guerre, un tableau pr\u00e9cis, retenant tous ses aspects essentiels, et d\u2019expliquer ainsi, apr\u00e8s coup, les concours de circonstances qui, dans le cadre de processus \u00e9volutifs, ont engendr\u00e9 la catastrophe. La solution de facilit\u00e9 (tr\u00e8s suffisante du point de vue capitaliste) consiste \u00e0 choisir arbitrairement un point de d\u00e9part &#8211; par exemple, que la guerre a entra\u00een\u00e9 la crise et la crise la guerre &#8211; ou, plus niaisement, \u00e0 invoquer l\u2019\u00e9tat mental d\u2019Hitler ou la soif d\u2019immortalit\u00e9 de Roosevelt. La guerre appara\u00eet tout \u00e0 la fois comme une \u00e9ruption spontan\u00e9e et comme une entreprise organis\u00e9e. On accuse tels ou tels pays, gouvernements, groupes de pressions, monopoles et autres de l\u2019avoir d\u00e9clench\u00e9e, chacun en particulier. Mais faire d\u2019organisations et de politiques sp\u00e9cifiques les seuls fauteurs de crises et de guerres, c\u2019est passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du probl\u00e8me r\u00e9el et se r\u00e9v\u00e9ler incapable de le traiter. Incriminer des facteurs institutionnels de ce genre, en oubliant que dans le contexte g\u00e9n\u00e9ral d\u2019 \u00bbanarchie \u00bb, inh\u00e9rent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, leur influence est forc\u00e9ment limit\u00e9e, c\u2019est croire et faire croire que d\u2019 \u00bbautres organisations \u00bb et d\u2019 \u00bbautres politiques \u00bb auraient pu pr\u00e9venir de telles catastrophes sociales sans m\u00eame sortir du statu quo, c\u2019est propager une illusion. Car le statu quo est en d\u00e9finitive synonyme de crise et de guerre.<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u2019observation du syst\u00e8me capitaliste permet d\u2019y d\u00e9celer \u00e0 coup s\u00fbr l\u2019existence d\u2019un certain type d\u2019 \u00bbordre \u00bb et d\u2019une tendance \u00e9volutive fond\u00e9e sur cet \u00ab ordre \u00bb qui tire son origine de la productivit\u00e9 croissante du travail. D\u00e9marrant dans une ou plusieurs sph\u00e8res de production la productivit\u00e9 accrue a radicalement m\u00e9tamorphos\u00e9 le potentiel social de production et provoqu\u00e9 des modifications correspondantes de toutes les relations socio-\u00e9conomiques. Cette \u00e9volution devait transformer, \u00e0 leur tour, les rapports politiques et avoir pour effet de changer la relation, plus ou moins contradictoire, entre la structure de classe et les forces productives de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Qu\u2019est-ce que les forces de production? Manifestement, il s\u2019agit du travail, de la technologie et de l\u2019organisation ; moins directement, des affrontements de classes et donc des id\u00e9ologies. En d\u2019autres termes, on d\u00e9signe par forces productives des actions humaines, et non des facteurs distincts de ces actions et les d\u00e9terminant. Par cons\u00e9quent, une ligne de d\u00e9veloppement suivie jusqu\u2019\u00e0 un certain seuil n\u2019est pas forc\u00e9ment suivie une fois ce seuil franchi. Une \u00e9volution sociale peut s\u2019arr\u00eater, ou des conditions nouvelles peuvent s\u2019\u00e9tablir, avec pour cons\u00e9quence la destruction de ce qui avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9difi\u00e9. Mais si le \u00ab but social \u00bb \u00e9tait l\u2019extension et la continuation d\u2019une tendance \u00e9volutive d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019oeuvre, l\u2019Histoire pourrait bien \u00eatre celle du \u00ab progr\u00e8s social \u00bb tel qu\u2019il r\u00e9sulte du d\u00e9ploiement des capacit\u00e9s productives de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Que le capitalisme ait fait son apparition, voil\u00e0 qui supposait acquis un certain essor des forces sociales productives et l\u2019existence d\u2019une masse de surtravail permettant notamment d\u2019entretenir une classe de non-producteurs en voie d\u2019augmentation. Consid\u00e9rer la \u00ab croissance des forces productives \u00bb comme le facteur d\u00e9terminant le d\u00e9veloppement global de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tait chose particuli\u00e8rement judicieuse \u00e0 l\u2019\u00e8re du laissez-faire, soumis au f\u00e9tichisme de la marchandise. En effet, vu l\u2019individualisme \u00e9conomique qui r\u00e9gnait alors en ma\u00eetre, tout portait \u00e0 croire que les \u00ab forces productives \u00bb s\u2019\u00e9panouissaient ind\u00e9pendamment des voeux des capitalistes et des besoins du syst\u00e8me. Les exigences insatiables de l\u2019accumulation avaient pour effet l\u2019expansion vigoureuse et rapide de ces forces, laquelle permettait de proc\u00e9der en permanence \u00e0 des r\u00e9organisations de la structure socio-\u00e9conomique, r\u00e9organisations qui, \u00e0 leur tour, servaient de base \u00e0 un nouvel essor de la productivit\u00e9 sociale. On disait qu\u2019historiquement parlant le capitalisme se trouvait justifi\u00e9 parce qu\u2019il \u00e9tait la cause efficiente du d\u00e9veloppement des forces productives dont le moderne prol\u00e9tariat d\u2019industrie \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme la plus grande.<\/p>\n<p align=\"justify\">Quand bien m\u00eame il cr\u00e8verait les yeux que le d\u00e9ploiement total des capacit\u00e9s productives rendrait possible la formation et le bon fonctionnement d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 sans classes, il est on ne peut plus \u00e9vident que les classes directement privil\u00e9gi\u00e9es ne renonceront jamais au pouvoir pour cette seule et unique raison. En tout cas, sur ce chapitre, les propri\u00e9taires et les gestionnaires des moyens de production ne sauraient agir \u00ab en tant que classe \u00bb ; l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00ab r\u00e9volution par consentement \u00bb est tout bonnement absurde. L\u2019accumulation pour l\u2019accumulation se poursuit et continue de pousser \u00e0 la concentration du capital et du pouvoir, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la destruction du capital, aux crises, aux d\u00e9pressions et aux guerres. Car le capitalisme acc\u00e9l\u00e8re et freine en m\u00eame temps l\u2019essor des forces productives et \u00e9largit le foss\u00e9 s\u00e9parant la production effective de la production virtuelle. La contradiction entre la structure de classe et les forces productives exclut tout \u00e0 la fois le \u00ab gel \u00bb de la production au niveau qu\u2019elle a pr\u00e9sentement atteint, et son expansion en direction d\u2019une abondance r\u00e9elle.<\/p>\n<p align=\"justify\">Tout semble donc indiquer qu\u2019\u00e0 la fa\u00e7on du pass\u00e9 imm\u00e9diat le proche avenir sera caract\u00e9ris\u00e9 par la croissance des forces productives, ne serait-ce qu\u2019en raison de la force des habitudes. Voil\u00e0 qui implique un redoublement de la concurrence, malgr\u00e9 la monopolisation int\u00e9grale ou partielle de la production. Bien que les grandes unit\u00e9s capitalistes aient absorb\u00e9 une foule d\u2019entreprises plus petites &#8211; le pouvoir des monopoles \u00e9tant ainsi provisoirement assis dans les divers secteurs et combinaison de secteurs industriels -, ce processus ne fait qu\u2019intensifier la concurrence internationale et la lutte entre les entreprises non monopolis\u00e9es qui survivent encore. Dans le cadre du capitalisme d\u2019Etat, la concurrence prend une forme diff\u00e9rente, bien plus int\u00e9gr\u00e9e en raison de l\u2019atomisation compl\u00e8te de la masse de la population, que l\u2019appareil bureaucratique d\u2019Etat r\u00e9alise au moyen de la terreur, et au sein de la bureaucratie elle-m\u00eame, \u00e0 cause de sa structure hi\u00e9rarchis\u00e9e.<\/p>\n<p align=\"justify\">En m\u00eame temps que la mise en oeuvre des forces technologiques nouvelles et des forces productives cr\u00e9\u00e9es par la r\u00e9organisation du capital exige un renforcement des instances de direction de la soci\u00e9t\u00e9, la d\u00e9sorganisation du prol\u00e9tariat marque le d\u00e9but d\u2019un processus qui aboutit \u00e0 l\u2019atomisation totale de la population et au monopole d\u2019Etat de l\u2019organisation. Toute la force organis\u00e9e est concentr\u00e9e \u00e0 un p\u00f4le de la soci\u00e9t\u00e9, tandis qu\u2019\u00e0 l\u2019autre vit une masse amorphe, incapable de s\u2019unir pour d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats propres. Dans la mesure o\u00f9 cette masse est organis\u00e9e, elle l\u2019est par ses dirigeants ; dans la mesure o\u00f9 elle a voix au chapitre, c\u2019est la volont\u00e9 de ses ma\u00eetres qu\u2019elle exprime. Dans toutes les organisations, la masse atomis\u00e9e se trouve toujours face \u00e0 un seul et unique ennemi l\u2019Etat totalitaire.<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u2019atomisation de la soci\u00e9t\u00e9 ne va pas sans une organisation \u00e9tatique de caract\u00e8re tentaculaire. Socialistes et bolcheviks jugeaient la soci\u00e9t\u00e9 insuffisamment organis\u00e9e sur le plan de la production et de l\u2019\u00e9change, ainsi qu\u2019en d\u2019autres domaines, extra-\u00e9conomiques ceux-l\u00e0. A leurs yeux, organiser la soci\u00e9t\u00e9 revenait \u00e0 mettre en place des instances de contr\u00f4le social. Le socialisme, c\u2019\u00e9tait au premier chef l\u2019organisation rationnelle de la soci\u00e9t\u00e9 globale. Et une soci\u00e9t\u00e9 organis\u00e9e exclut par d\u00e9finition les actions impr\u00e9visibles susceptibles de d\u00e9boucher sur des s\u00e9quences d\u2019\u00e9v\u00e9nements spontan\u00e9s. Il fallait donc \u00e9vacuer de la vie sociale cet \u00e9l\u00e9ment spontan\u00e9, par le biais de la planification de la production et d\u2019une r\u00e9partition centralis\u00e9e des biens. Tant que leur pouvoir n\u2019\u00e9tait pas absolu, les bolcheviks &#8211; et aussi les fascistes &#8211; parlaient volontiers de spontan\u00e9it\u00e9. Mais, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre assujettis toutes les cat\u00e9gories sociales ils devaient se transformer en organisateurs minutieux de la soci\u00e9t\u00e9. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette activit\u00e9 organisatrice que, les uns et les autres, ils appelaient socialisme.<\/p>\n<p align=\"justify\">Toutefois, la contradiction entre la structure de classe et les forces productives subsiste et, par l\u00e0, l\u2019in\u00e9luctabilit\u00e9 de la crise et de la guerre. Bien que les masses entretenues dans l\u2019apathie ne puissent plus r\u00e9sister au totalitarisme par les moyens traditionnels d\u2019organisation, et qu\u2019elles n\u2019aient pas mis au point des m\u00e9thodes et des formes d\u2019action appropri\u00e9es \u00e0 leurs t\u00e2ches nouvelles, les contradictions inh\u00e9rentes \u00e0 la structure de classe de la soci\u00e9t\u00e9 ne sont pas surmont\u00e9es pour autant. Le syst\u00e8me autoritaire, fond\u00e9 sur le r\u00e8gne de la terreur, s\u2019il \u00e9tablit des conditions de s\u00e9curit\u00e9, toutes provisoires d\u2019ailleurs, n\u2019en refl\u00e8te pas moins l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 croissante du capitalisme totalitaire. Du fait qu\u2019elle donne le jour \u00e0 des activit\u00e9s incontr\u00f4l\u00e9es ou incontr\u00f4lables, la d\u00e9fense du statu quo conduit \u00e0 la rupture du statu quo. Et, m\u00eame si face \u00e0 toutes ces organisations il y a d\u00e9sormais une organisation unique, la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi mal organis\u00e9e qu\u2019aujourd\u2019hui, o\u00f9 elle est compl\u00e8tement organis\u00e9e.<\/p>\n<p align=\"justify\">Rien certes ne garantit que le cours suivi par le d\u00e9veloppement g\u00e9n\u00e9ral de la soci\u00e9t\u00e9 va n\u00e9cessairement engendrer le socialisme et, pas plus, rien ne permet de supposer que le monde va sombrer dans la barbarie totalitaire. L\u2019organisation du statu quo ne peut en emp\u00eacher la d\u00e9sagr\u00e9gation. Le totalitarisme absolu restant impossible, il contient en lui-m\u00eame les germes de sa subversion \u00e9ventuelle. Certes, si les faiblesses du syst\u00e8me sont d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 perceptibles, leur signification exacte du point de vue social demeure obscure. Bien que concevables th\u00e9oriquement, certains facteurs de d\u00e9sagr\u00e9gation ne sont pas discernables encore et il n\u2019est possible de les d\u00e9crire qu\u2019en termes g\u00e9n\u00e9raux. Pour \u00eatre formul\u00e9e, la th\u00e9orie moderne de la lutte des classes exigeait comme un pr\u00e9alable oblig\u00e9 non seulement que le capitalisme e\u00fbt pris son essor, mais aussi que des luttes prol\u00e9tariennes eussent fait leur apparition effective en son sein ; de m\u00eame, tout porte \u00e0 croire qu\u2019il faudra assister \u00e0 mainte r\u00e9bellion de masse contre le totalitarisme avant de pouvoir \u00e9laborer des plans d\u2019action sp\u00e9cifiques, pr\u00e9coniser des formes de r\u00e9sistance efficaces, d\u00e9couvrir et exploiter les faiblesses du syst\u00e8me.<\/p>\n<p align=\"justify\">Tout mouvement \u00e0 ses d\u00e9buts para\u00eet d\u00e9risoire au regard des objectifs qu\u2019il se donne ; mais si r\u00e9duit, si infime qu\u2019il soit, ce n\u2019est pas l\u00e0 une raison de d\u00e9sesp\u00e9rer. Ni le pessimisme ni l\u2019optimisme ne permettent d\u2019aborder les probl\u00e8mes r\u00e9els de l\u2019action sociale. Ces deux attitudes n\u2019affectent pas d\u2019une mani\u00e8re d\u00e9cisive les actions et les r\u00e9actions des individus, d\u00e9termin\u00e9es qu\u2019elles sont par des forces sociales que ces individus ne sauraient ma\u00eetriser. L\u2019interd\u00e9pendance de toutes les activit\u00e9s sociales, si elle offre un moyen de dominer les hommes, assigne \u00e9galement des limites \u00e0 cette domination. Etant donn\u00e9 que, sur le plan de la technologie comme sur celui de l\u2019organisation, le processus du travail d\u00e9pend simultan\u00e9ment de forces anonymes et de d\u00e9cisions d\u2019ordre personnel, il est dou\u00e9 en raison de sa souplesse d\u2019une autonomie relative, laquelle suffit \u00e0 rendre malais\u00e9e sa manipulation totalitaire. Les manipulateurs eux-m\u00eames ne peuvent en effet sortir du cadre sp\u00e9cifique qui d\u00e9coule de la division du travail, et qui restreint souvent les pouvoirs des instances de contr\u00f4le centralis\u00e9es. Ils doivent compter avec le degr\u00e9 atteint par l\u2019industrialisation, faute de quoi leur domination sera mise en cause. En ce cas, la r\u00e9sistance prendra des formes multiples, tant\u00f4t absurdes ou vou\u00e9es d\u2019embl\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec, tant\u00f4t efficaces. Alors que certaines formes pr\u00e9sentes d\u2019action peuvent n\u2019avoir aucune esp\u00e8ce de port\u00e9e, des formes anciennes peuvent ressurgir du fait de certaines affinit\u00e9s entre la structure totalitaire et les r\u00e9gimes autoritaires du pass\u00e9. Si la politique des syndicats ouvriers a cess\u00e9 de signifier l\u2019action \u00ab sur le tas \u00bb pour se borner \u00e0 des tractations entre autorit\u00e9s constitu\u00e9es, des m\u00e9thodes de sabotage et de lutte aussi nouvelles qu\u2019efficaces sont parfaitement susceptibles d\u2019appara\u00eetre dans l\u2019industrie et, dans la production en g\u00e9n\u00e9ral. Et si les partis politiques sont autant d\u2019expressions de la tendance au totalitarisme, il reste possible de concevoir toute une gamme de formes d\u2019organisation capables de rassembler les forces anticapitalistes en vue d\u2019actions concert\u00e9es. Pour que ces actions soient adapt\u00e9es aux r\u00e9alit\u00e9s du syst\u00e8me totalitaire et m\u00e8nent \u00e0 son renversement, il faudra mettre au premier plan l\u2019autod\u00e9termination, l\u2019entente mutuelle, la libert\u00e9 et la solidarit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Trouver les moyens de mettre un terme au capitalisme totalitaire ; d\u2019inciter ceux qui ne disposent pas de la moindre parcelle de pouvoir \u00e0 agir par et pour eux-m\u00eames ; d\u2019en finir avec le r\u00e8gne de la concurrence et avec l\u2019exploitation et les guerres qui lui sont inh\u00e9rentes ; de jeter les bases d\u2019un monde rationnel o\u00f9 les individus, loin d\u2019\u00eatre amen\u00e9s \u00e0 se dresser contre la soci\u00e9t\u00e9, auront conscience de former une entit\u00e9 effective tant sur le plan de la production que sur celui de la r\u00e9partition, d\u2019un monde qui permette \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 de progresser sans affrontements sociaux, tout cela ne peut se faire que pas \u00e0 pas et sur la base d\u2019une r\u00e9flexion empirique, scientifique. Il semble \u00e9vident toutefois que pendant un certain temps encore il faudra qualifier de spontan\u00e9s tous les types de r\u00e9sistance et de lutte sociales, quand bien m\u00eame il s\u2019agisse en v\u00e9rit\u00e9 d\u2019action concert\u00e9e ou d\u2019inactivit\u00e9 volontaire. En ce sens, parler de spontan\u00e9it\u00e9 ne fait que r\u00e9v\u00e9ler notre inaptitude \u00e0 traiter de mani\u00e8re scientifique, empirique, des ph\u00e9nom\u00e8nes li\u00e9s au fonctionnement de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste. Les changements sociaux surviennent comme autant d\u2019explosions couronnant une phase de formation du capital de d\u00e9sorganisation, de concurrence fr\u00e9n\u00e9tique et de longue accumulation de revendications qui finissent par trouver une expression organis\u00e9e. Leur spontan\u00e9it\u00e9 d\u00e9montre rien de moins que le caract\u00e8re fonci\u00e8rement antisocial de l\u2019organisation sociale capitaliste. Il y aura antith\u00e8se entre l\u2019organisation et la spontan\u00e9it\u00e9 tant que se perp\u00e9tueront et la soci\u00e9t\u00e9 de classes et les tentatives de l\u2019abattre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte de Paul Mattick a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 la premi\u00e8re fois en 1949 (dans la revue Left, n\u00b0152) mais il aborde des questions qui suscitent bien des interrogations encore aujourd\u2019hui&#8230; \u00ab\u00a0La question de l\u2019organisation et de la spontan\u00e9it\u00e9 a toujours &hellip; <a href=\"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/?p=1826\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":14481,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8,9,25,26],"tags":[],"class_list":["post-1826","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-bibliotheque-fr","category-brochures","category-organisation-et-autonomie","category-paul-mattick"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1826","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/14481"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1826"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1826\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1827,"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1826\/revisions\/1827"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1826"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1826"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1826"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}