{"id":2145,"date":"2020-11-11T14:40:06","date_gmt":"2020-11-11T13:40:06","guid":{"rendered":"http:\/\/liremarx.noblogs.org\/?p=2145"},"modified":"2020-11-11T14:40:06","modified_gmt":"2020-11-11T13:40:06","slug":"les-premiers-editeurs-de-marx-et-engels-en-france-1880-1901-jacqueline-cahen-2011","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/?p=2145","title":{"rendered":"Les premiers \u00e9diteurs de Marx et Engels en France (1880-1901), Jacqueline Cahen, 2011"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/custom\/sitename.png\" alt=\"Cahiers d\u2019histoire. Revue d\u2019histoire critique\" \/><\/p>\n<p>Article paru dans les <em>Cahiers d\u2019histoire. Revue d\u2019histoire critique<\/em>, 114\u00a0|\u00a02011, 20-37.<\/p>\n<p>Qui sont les premiers \u00e9diteurs des traductions fran\u00e7aises de Marx et Engels\u00a0? Quels sont ces hommes qui, dans le dernier tiers du xix<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, vont ainsi permettre que commencent \u00e0 circuler leurs \u0153uvres et que se r\u00e9pandent leurs id\u00e9es \u00e0 travers ce m\u00e9dia sp\u00e9cifique qu\u2019est le livre\u00a0? La question pourrait sembler, \u00e0 premi\u00e8re vue, presque anecdotique tant il est vrai que\u00a0\u2013\u00a0l\u2019\u00e9dition du <em>Capital<\/em> par Maurice Lach\u00e2tre en 1875 faisant figure d\u2019exception\u00a0\u2013\u00a0aucun ouvrage des deux fondateurs de la doctrine n\u2019est publi\u00e9 avant 1880, et que l\u2019on n\u2019en compte que six (dont deux sont des popularisations du <em>Capital<\/em>) entre\u00a01880 et\u00a01894. Mais la situation change alors brusquement, avec l\u2019entr\u00e9e en lice d\u2019\u00e9diteurs universitaires. De sorte que l\u2019on assiste en revanche, au tournant du si\u00e8cle, \u00e0 une v\u00e9ritable floraison de titres.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019\u00e9tude des quelques \u00e9diteurs qui ont assur\u00e9 ces publications ne manque pas d\u2019int\u00e9r\u00eat, car elle ouvre sur une double perspective. Celle, d\u2019abord, des conditions et du rythme de la r\u00e9ception des conceptions de Marx, pour laquelle elle fournit des indices pr\u00e9cieux<a id=\"bodyftn1\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn1\">1<\/a>. Mais celle, aussi, plus sp\u00e9cifique \u00e0 l\u2019histoire de l\u2019\u00e9dition, du rapport du monde des \u00e9diteurs avec la politique<a id=\"bodyftn2\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn2\">2<\/a>. Dans les deux cas, ce qu\u2019il importe d\u2019\u00e9clairer, c\u2019est le r\u00f4le de m\u00e9diateur actif que joue l\u2019\u00e9diteur entre les commanditaires qui le sollicitent\u00a0\u2013\u00a0en l\u2019occurrence des militants du socialisme\u00a0\u2013\u00a0et les acheteurs, c\u2019est-\u00e0-dire le lectorat potentiel auquel s\u2019adressent les socialistes et sur lequel mise l\u2019\u00e9diteur pour s\u2019engager dans l\u2019affaire. Pour lui, en effet, il s\u2019agit de combiner les imp\u00e9ratifs commerciaux avec ses orientations intellectuelles et politiques personnelles. Mais le probl\u00e8me peut \u00eatre particuli\u00e8rement d\u00e9licat \u00e0 un moment o\u00f9 le mouvement socialiste progresse en ordre dispers\u00e9, \u00e0 travers l\u2019affrontement de courants divers et o\u00f9, par cons\u00e9quent, la publication d\u2019ouvrages de Marx et d\u2019Engels s\u2019av\u00e8re un enjeu politique et symbolique significatif.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">En fait, ce sont diff\u00e9rents types d\u2019\u00e9diteurs qui ont tour \u00e0 tour relev\u00e9 ce d\u00e9fi. Depuis les petits \u00e9diteurs, tr\u00e8s militants, mais fragiles, qui accompagnent au d\u00e9but des ann\u00e9es 1880 la refondation d\u2019un mouvement socialiste d\u00e9cim\u00e9 par la r\u00e9pression de la Commune, jusqu\u2019\u00e0 ces maisons d\u2019\u00e9dition universitaires bien install\u00e9es, qui ont juste commenc\u00e9 \u00e0 se sp\u00e9cialiser dans les sciences sociales, et qui rivalisent entre elles, \u00e0 l\u2019extr\u00eame fin du si\u00e8cle, pour publier Marx et Engels.<\/p>\n<h1 id=\"heading1\">Des \u00e9diteurs militants (1880-1884)<\/h1>\n<p>Les premiers \u00e9diteurs que nous rencontrons en 1880, L.\u00a0Derveaux et H.\u00a0Oriol, sont \u00e0 coup s\u00fbr des militants. Ils s\u2019inscrivent dans la continuit\u00e9 de ces libraires \u00e9diteurs qui depuis les ann\u00e9es 1830 n\u2019ont pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 braver la censure et la r\u00e9pression pour diffuser les id\u00e9es r\u00e9publicaines ou socialistes<a id=\"bodyftn3\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn3\">3<\/a>. C\u2019est d\u2019ailleurs \u00e0 cette lign\u00e9e qu\u2019appartient Maurice Lach\u00e2tre. Quarante-huitard, puis communard, l\u2019homme \u00e9tait, certes, dot\u00e9 en m\u00eame temps d\u2019un sens aigu du commerce et de ses int\u00e9r\u00eats financiers. Mais il fut avant tout un militant de plume et d\u2019\u00e9dition, qui essuya proc\u00e8s et condamnations. Anticl\u00e9rical virulent, il \u00e9tait adepte d\u2019un socialisme \u0153cum\u00e9nique, allant des fouri\u00e9ristes aux libertaires<a id=\"bodyftn4\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn4\">4<\/a>. Nous ne pouvons ici qu\u2019\u00e9voquer l\u2019aventure \u00e9ditoriale que fut sa publication\u00a0\u2013\u00a0en livraisons bon march\u00e9, de 1872 \u00e0 1875\u00a0\u2013\u00a0de la traduction fran\u00e7aise du <em>Capital<\/em>, voulue par Marx, et qu\u2019il mena \u00e0 bonne fin malgr\u00e9 les p\u00e9r\u00e9grinations de son exil et l\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge r\u00e9gnant \u00e0 Paris. Pour mesurer l\u2019importance d\u2019une telle parution, il suffit de pr\u00e9ciser qu\u2019aucun autre titre de Marx ne fut accessible sous forme de livre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9dition du <em>Dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte<\/em> en 1891.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Il est vrai que le corset juridique r\u00e9pressif qui enserrait la librairie et l\u2019\u00e9dition sous le Second Empire a \u00e9t\u00e9 all\u00e9g\u00e9 d\u00e8s septembre\u00a01870, avant que la loi de 1881 garantisse une large libert\u00e9 d\u2019expression<a id=\"bodyftn5\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn5\">5<\/a>. Les risques qu\u2019encourent de petits \u00e9diteurs engag\u00e9s, comme le sont Derveaux et Oriol, ne sont donc plus que financiers. Mais ils sont bien r\u00e9els, comme en t\u00e9moigne la pr\u00e9carit\u00e9 de ces maisons.<\/p>\n<\/div>\n<h2 id=\"heading2\">L\u00e9on Derveaux, premier \u00e9diteur d\u2019Engels<\/h2>\n<p>L\u00e9on Derveaux a vingt-huit ans quand il reprend, en 1877, la librairie paternelle et se lance alors dans l\u2019\u00e9dition en assurant la publication de quelques romans r\u00e9alistes<a id=\"bodyftn6\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn6\">6<\/a>. Nous ignorons comment il est entr\u00e9 en contact avec Beno\u00eet Malon, en exil en Suisse. Mais il semble probable\u00a0\u2013\u00a0nous y reviendrons\u00a0\u2013\u00a0que ce soit parce que Malon ne peut plus compter sur Maurice Lach\u00e2tre, son \u00e9diteur pr\u00e9c\u00e9dent.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Toujours est-il qu\u2019en 1880, c\u2019est Derveaux qui \u00e9dite la <em>Revue socialiste<\/em> que Beno\u00eet Malon vient de cr\u00e9er. Le p\u00e9riodique\u00a0\u2013\u00a0qui n\u2019aura que treize num\u00e9ros, de janvier \u00e0 septembre\u00a0\u2013\u00a0marque un moment d\u2019unit\u00e9, fragile, dans la reconstruction du socialisme fran\u00e7ais. L\u2019initiative de Malon s\u2019inscrit en effet dans la dynamique du congr\u00e8s de Marseille de la fin 1879 o\u00f9, sous l\u2019impulsion du groupe de <em>L\u2019\u00c9galit\u00e9<\/em>, d\u2019inspiration marxiste, triomphe le collectivisme et se dessine l\u2019\u00e9bauche d\u2019un parti ouvrier. La <em>Revue socialiste<\/em> compte donc parmi ses principaux r\u00e9dacteurs Jules Guesde, Gabriel Deville et Paul Lafargue. C\u2019est d\u2019ailleurs par ce dernier\u00a0\u2013\u00a0le gendre de Marx, encore install\u00e9 \u00e0 Londres, et qui l\u2019a traduit\u00a0\u2013\u00a0que parvient le texte d\u2019Engels, <em>Socialisme utopique et socialisme scientifique,<\/em> que la revue fait para\u00eetre de mars \u00e0 mai\u00a01880. La publication en brochure suit aussit\u00f4t. \u00c0 cette occasion, du reste, Malon salue le z\u00e8le de L.\u00a0Derveaux, en qui il voit \u00ab\u00a0un jeune ambitieux, qui vise \u00e0 \u00eatre l\u2019\u00e9diteur du socialisme scientifique<a id=\"bodyftn7\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn7\">7<\/a>\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Le succ\u00e8s de la brochure est remarquable. Ce texte court, qu\u2019Engels a con\u00e7u \u00e0 partir de trois chapitres de son <em>Anti-D\u00fchring<\/em>, donne une vision synth\u00e9tique de la doctrine, \u00e0 un moment, de plus, o\u00f9 le <em>Manifeste communiste<\/em> est encore, pour quelques ann\u00e9es, inconnu en France. De sorte que son r\u00f4le dans la diffusion du \u00ab\u00a0socialisme scientifique\u00a0\u00bb, dont il devient vite un texte canonique, est tout \u00e0 fait crucial.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Cependant, l\u2019unit\u00e9 des socialistes est vite \u00e9branl\u00e9e. Lors de la rupture de 1882 entre guesdistes et possibilistes, parmi lesquels se range quelques mois Malon, les convictions de L.\u00a0Derveaux le portent \u00e0 suivre celui-ci. Il lui restera fid\u00e8le, et il publiera tous ses ouvrages jusqu\u2019en 1886. L\u2019\u00e9diteur combine d\u2019ailleurs un d\u00e9vouement politique ind\u00e9niable avec des gestes commerciaux destin\u00e9s \u00e0 \u00e9largir sa client\u00e8le, comme en t\u00e9moignent les importantes r\u00e9ductions de prix qu\u2019il consent \u00ab\u00a0pour la propagande<a id=\"bodyftn8\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn8\">8<\/a>\u00bb.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Parmi les \u0153uvres de Beno\u00eet Malon, il faut mentionner sa monumentale <em>Histoire du socialisme depuis les temps les plus recul\u00e9s<\/em>, car dans son tome\u00a0III se trouvent reproduits les chapitres essentiels du <em>Manifeste des communistes<\/em> (<em>sic<\/em>) <a id=\"bodyftn9\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn9\">9<\/a>. Il peut sembler \u00e9trange qu\u2019il revienne \u00e0 Derveaux comme \u00e9diteur de Malon de faire d\u00e9couvrir, en 1884, ces pages encore inaccessibles aux lecteurs fran\u00e7ais, et dont les guesdistes s\u2019\u00e9taient jusqu\u2019ici bien peu souci\u00e9s. Toutefois, si Malon multiplie \u00e0 l\u2019\u00e9poque les critiques contre cette \u00ab\u00a0fraction sectaire du parti<a id=\"bodyftn10\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn10\">10<\/a>\u00bb, il en va autrement de Marx dont il a toujours reconnu le r\u00f4le th\u00e9orique \u00e9minent, quitte \u00e0 pr\u00f4ner, quelques ann\u00e9es plus tard, la n\u00e9cessit\u00e9 de \u00ab\u00a0compl\u00e9ter\u00a0\u00bb sa doctrine par une philosophie morale. Dans l\u2019imm\u00e9diat, cette publication partielle du <em>Manifeste<\/em> incite sans doute les guesdistes \u00e0 faire conna\u00eetre eux-m\u00eames le texte, sans en laisser le monopole \u00e0 leur adversaire politique. Aussi, le 29\u00a0ao\u00fbt 1885, le <em>Manifeste<\/em>, dans la traduction de Laura Lafargue, inaugure-t-il le premier num\u00e9ro du <em>Socialiste<\/em>, le journal dont ils viennent enfin de parvenir \u00e0 se doter. Mais sa publication en feuilleton va s\u2019\u00e9chelonner jusqu\u2019en novembre, sans qu\u2019ils r\u00e9ussissent \u00e0 l\u2019\u00e9diter en brochure, ce qui limite tr\u00e8s fortement son audience.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">La maison Derveaux dispara\u00eet vite (en 1887, semble-t-il). On peut penser que l\u2019engagement politique de l\u2019\u00e9diteur a pes\u00e9 lourd dans ses probables difficult\u00e9s financi\u00e8res. Il a cependant r\u00e9ussi \u00e0 maintenir son activit\u00e9 plus longtemps qu\u2019Oriol, avec qui il s\u2019est trouv\u00e9 quelque temps en concurrence politique.<\/p>\n<h2 id=\"heading3\">Henri Oriol, l\u2019\u00e9diteur des guesdistes<\/h2>\n<p>De fait, peu apr\u00e8s la scission de 1882, les guesdistes qui ne peuvent plus compter sur Derveaux vont renouer avec Oriol (1857-1908), un \u00e9diteur socialiste qu\u2019ils connaissent depuis longtemps. En 1876, en effet, Henri Oriol est un jeune homme de dix-neuf ans, employ\u00e9 de commerce dans la librairie de Lach\u00e2tre toujours en exil. Sans doute est-ce l\u00e0 qu\u2019il noue contact avec Jules Guesde et ses amis. En mars\u00a01878, en tout cas, il participe avec eux \u00e0 la fondation d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 anonyme, la \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que socialiste\u00a0\u00bb, alors que dans le m\u00eame temps, et bien que restant salari\u00e9 de Lach\u00e2tre, il se d\u00e9clare officiellement libraire<a id=\"bodyftn11\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn11\">11<\/a>. L\u2019objectif de ce montage \u00e9tait visiblement de permettre la publication des premi\u00e8res brochures de Guesde.<\/p>\n<p>En 1880, Oriol devient le gendre de Lach\u00e2tre, mais les liens politiques des deux hommes se distendent. En effet Lach\u00e2tre, qui vient pourtant d\u2019\u00e9diter deux ouvrages\u00a0\u2013\u00a0de Lassalle et de Schaeffle\u00a0\u2013\u00a0traduits par Malon, rompt les ponts avec les collectivistes<a id=\"bodyftn12\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn12\">12<\/a>, laissant ainsi la voie libre aux ambitions de Derveaux. Mais la rivalit\u00e9 entre les deux maisons va s\u2019affirmer plus encore, lorsque Lach\u00e2tre d\u00e9cide, fin 1882, de confier sa Librairie du Progr\u00e8s \u00e0 Oriol, moyennant le paiement d\u2019une coquette rente mensuelle.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, on assiste alors \u00e0 une v\u00e9ritable sp\u00e9cialisation politique des deux protagonistes. Tandis que les ouvrages de Beno\u00eet Malon se suivent chez Derveaux, Oriol\u00a0\u2013\u00a0qui s\u2019\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 comme candidat du Parti ouvrier aux municipales de 1881\u00a0\u2013\u00a0devient l\u2019\u00e9diteur quasi officiel des guesdistes. La p\u00e9riode marxiste de la Librairie du Progr\u00e8s ne durera que deux ans, mais Oriol y d\u00e9ploie une intense activit\u00e9. Tout en maintenant \u00e0 son catalogue, pour 1883, les dictionnaires de Lach\u00e2tre, les livres d\u2019Eug\u00e8ne Sue ainsi que des romans anticl\u00e9ricaux, de \u00ab\u00a0pornographie sacr\u00e9e<a id=\"bodyftn13\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn13\">13<\/a>\u00bb\u00a0\u2013\u00a0une sp\u00e9cialit\u00e9 familiale apparemment rentable, dont il multiplie les titres\u00a0\u2013\u00a0il se lance dans l\u2019\u00e9dition des textes guesdistes. Au <em>Droit \u00e0 la paresse<\/em> de Lafargue succ\u00e8dent diff\u00e9rentes brochures de Guesde, ainsi qu\u2019un ouvrage r\u00e9dig\u00e9 par les deux dirigeants pour populariser le programme du Parti ouvrier de 1880 (dont les \u00ab\u00a0Consid\u00e9rants\u00a0\u00bb sont en fait de la plume de Marx). L\u2019ann\u00e9e suivante, ces publications seront rassembl\u00e9es, avec <em>Le Capital<\/em>, dans une collection, la \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que socialiste\u00a0\u00bb. Le terme, d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9 par Oriol en 1878, renvoie \u00e0 une pratique \u00e9ditoriale \u00e9prouv\u00e9e de regroupement th\u00e9matique. Mais il t\u00e9moigne aussi d\u2019une sp\u00e9cialisation politique in\u00e9dite, qui fera \u00e9cole \u00e0 la fin du si\u00e8cle. La collection s\u2019enrichit aussi des <em>Cours d\u2019\u00e9conomie sociale<\/em>, reprenant en sept fascicules les conf\u00e9rences prononc\u00e9es par Lafargue et Deville sur la doctrine de Marx. Tandis que les <em>Rapports et r\u00e9solutions des Congr\u00e8s ouvriers de 1876 \u00e0 1883<\/em>, rassembl\u00e9s par Jean Dormoy, renforcent encore le caract\u00e8re d\u2019\u00e9diteur officiel du Parti ouvrier de la maison.<\/p>\n<p>Toutefois, le grand \u0153uvre d\u2019Oriol est sans conteste, en 1883, <em>\u00ab\u00a0Le Capital\u00a0\u00bb de Karl Marx, r\u00e9sum\u00e9 et accompagn\u00e9 d\u2019un aper\u00e7u sur le socialisme scientifique<\/em>, de Gabriel Deville. Cet \u00e9crit de popularisation, entrepris avec l\u2019accord de Marx et la supervision critique d\u2019Engels, va jouer un r\u00f4le consid\u00e9rable. \u00c0 l\u2019\u00e9gal du <em>Socialisme utopique<\/em> d\u2019Engels, qu\u2019il compl\u00e8te en quelque sorte, il sera pendant longtemps un ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence majeur du marxisme<a id=\"bodyftn14\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn14\">14<\/a>. De plus, d\u00e8s sa parution et \u00e0 la diff\u00e9rence des autres titres \u00e9dit\u00e9s par Oriol, le livre touche un public qui s\u2019\u00e9tend au-del\u00e0 du cercle des militants et sympathisants socialistes. Il est notamment l\u2019objet de critiques des \u00e9conomistes lib\u00e9raux<a id=\"bodyftn15\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn15\">15<\/a>, et il contribue ainsi \u00e0 ce brusque int\u00e9r\u00eat port\u00e9 aux id\u00e9es de Marx dans certains milieux intellectuels que l\u2019on constate dans les ann\u00e9es 1883-1886.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Mais si Oriol a beaucoup fait pour la diffusion du marxisme, il n\u2019a pas eu le temps d\u2019assurer la publication des \u0153uvres fondatrices elles-m\u00eames, que les guesdistes, il est vrai, ne semblent gu\u00e8re press\u00e9s de mettre \u00e0 la disposition de leurs militants. Dans la foul\u00e9e du livre de Deville, cependant, un accord est conclu avec Oriol pour la r\u00e9\u00e9dition de <em>Mis\u00e8re de la Philosophie<\/em>, et la publication se pr\u00e9pare. Mais, en juillet\u00a01884, Lafargue annonce \u00e0 Engels qu\u2019\u00ab\u00a0Oriol bat de l\u2019aile\u00a0\u00bb et qu\u2019il lui faut chercher un autre \u00e9diteur<a id=\"bodyftn16\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn16\">16<\/a>. C\u2019est que, les dettes s\u2019\u00e9tant accumul\u00e9es, Oriol ne peut plus verser ce qu\u2019il doit \u00e0 Lach\u00e2tre. Celui-ci r\u00e9agit vite\u00a0: il reprend en main son affaire, et impose une nouvelle ligne \u00e9ditoriale qui exclut les publications des guesdistes. Quant \u00e0 son gendre, qui se retrouve un moment son commis, il va ensuite lancer diff\u00e9rents journaux en Bretagne, avant de se pr\u00e9senter sous la banni\u00e8re boulangiste aux \u00e9lections de 1889<a id=\"bodyftn17\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn17\">17<\/a>.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">La br\u00e8ve exp\u00e9rience de la premi\u00e8re maison d\u2019\u00e9dition marxiste se termine ainsi, par un conflit id\u00e9ologique et familial qui t\u00e9moigne de la pr\u00e9carit\u00e9 de ce type d\u2019entreprise. Il en va, en effet, d\u2019Oriol comme de Derveaux quelques ann\u00e9es plus tard. Les deux libraires militants ont voulu mettre leur \u00e9tablissement au service de leurs convictions. Mais d\u00e8s lors que les luttes id\u00e9ologiques violentes, qui d\u00e9chiraient un milieu socialiste encore tr\u00e8s \u00e9triqu\u00e9, se sont traduites par une sp\u00e9cialisation \u00e9troite de leur activit\u00e9 \u00e9ditoriale, ils ne pouvaient toucher chacun qu\u2019un lectorat trop limit\u00e9. Tandis que leurs options socialistes \u00ab\u00a0marquaient\u00a0\u00bb leurs maisons en \u00e9cartant d\u2019elles d\u2019autres auteurs, leurs client\u00e8les\u00a0\u2013\u00a0constitu\u00e9es sans doute presque uniquement de militants et de quelques sympathisants socialistes\u00a0\u2013\u00a0ne suffisaient pas pour assurer la p\u00e9rennit\u00e9 de leurs entreprises.<\/p>\n<h1 id=\"heading4\">Auto\u00e9dition et \u00e9diteurs \u00ab\u00a0apolitiques\u00a0\u00bb (1885-1894)<\/h1>\n<div class=\"textandnotes\">\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">La d\u00e9fection d\u2019Oriol est un coup dur pour les guesdistes. Elle explique certainement que le <em>Manifeste<\/em>, enfin publi\u00e9 int\u00e9gralement dans <em>Le Socialiste<\/em> en 1885, n\u2019ait pu para\u00eetre aussit\u00f4t, comme pr\u00e9vu<a id=\"bodyftn18\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn18\">18<\/a>, en brochure. Il est par contre plus difficile de comprendre que cette publication n\u2019ait eu lieu que\u2026 dix ans plus tard\u00a0! C\u2019est que le rapport que Guesde et Lafargue entretiennent avec la th\u00e9orie de Marx et d\u2019Engels ne les incite pas \u00e0 r\u00e9pandre, prioritairement, les textes des deux th\u00e9oriciens<a id=\"bodyftn19\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn19\">19<\/a>. En cons\u00e9quence, ce sont leurs propres brochures, jug\u00e9es plus efficaces, que les guesdistes, priv\u00e9s d\u2019\u00e9diteur, font imprimer directement. \u00c0 partir de 1890, elles sont tir\u00e9es \u00e0 l\u2019imprimerie ouvri\u00e8re G.\u00a0Delory de Lille que viennent de fonder les militants du Nord et qui confectionne \u00e9galement <em>Le Socialiste<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">C\u2019est donc \u00e0 cette forme d\u2019auto\u00e9dition, et \u00e0 cette imprimerie, que Lafargue a recours pour diffuser <em>Le Dix-huit Brumaire<\/em>, traduit par \u00c9douard Fortin, un proche de Guesde. Le texte de Marx est, \u00e0 coup s\u00fbr, jug\u00e9 de grande actualit\u00e9 apr\u00e8s la crise boulangiste. En tout cas, apr\u00e8s sa publication en feuilleton dans <em>Le Socialiste<\/em>, de janvier \u00e0 novembre, il para\u00eet fin 1891 en un volume\u00a0\u2013\u00a0qui vient s\u2019ajouter aux deux seuls disponibles, <em>Le Capital<\/em> et le <em>Socialisme utopique<\/em> d\u2019Engels.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1890, n\u00e9anmoins, s\u2019amorce un tournant notable. Le mouvement socialiste, et le Parti ouvrier fran\u00e7ais en particulier, sont en train d\u2019accro\u00eetre leur audience, ce que les \u00e9lections de septembre\u00a01893 confirmeront. De plus, on assiste \u00e0 une politisation nouvelle du milieu \u00e9tudiant, o\u00f9 se structurent d\u2019abord le groupe des \u00c9tudiants Socialistes R\u00e9volutionnaires Internationalistes (ESRI, fin 1891), puis celui, dissident, des \u00c9tudiants collectivistes. Dans un Quartier latin prompt \u00e0 s\u2019enflammer, la propagande socialiste prend son essor<a id=\"bodyftn20\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn20\">20<\/a>. C\u2019est ainsi que Georges Diamandy, l\u2019un des fondateurs des ESRI, lance en juillet\u00a01893 une revue d\u2019\u00e9tudiants, <em>L\u2019\u00c8re nouvelle<\/em>, qui s\u2019av\u00e8re \u00eatre la premi\u00e8re revue th\u00e9orique marxiste<a id=\"bodyftn21\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn21\">21<\/a>. Elle compte Lafargue, Deville et Sorel parmi ses collaborateurs, et\u00a0\u2013\u00a0durant sa br\u00e8ve existence, jusqu\u2019en novembre\u00a01894\u00a0\u2013\u00a0elle va publier des textes importants de Marx et d\u2019Engels. L\u2019un d\u2019eux, <em>Barbarie et civilisation<\/em>, qui forme la conclusion de <em>L\u2019Origine de la famille, de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et de l\u2019\u00c9tat<\/em> d\u2019Engels, est tir\u00e9 en brochure, sans \u00e9diteur, en 1893. C\u2019est \u00e9galement \u00e0 la revue qu\u2019est due la premi\u00e8re impression en brochure du <em>Manifeste<\/em>, en 1895.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Toutefois, ce syst\u00e8me d\u2019auto\u00e9dition ne permet qu\u2019une diffusion limit\u00e9e. Aussi Lafargue va-t-il profiter de ses contacts avec un \u00e9diteur, Georges Carr\u00e9, pour faire para\u00eetre <em>L\u2019Origine de la famille.<\/em> Georges Carr\u00e9, install\u00e9 rue Saint-Andr\u00e9-des-Arts, commence sa carri\u00e8re vers 1885 et il se sp\u00e9cialise vite dans les publications m\u00e9dicales et scientifiques (dont les cours d\u2019Henri Poincar\u00e9). Mais l\u2019\u00e9diteur universitaire est ouvert \u00e0 bien d\u2019autres curiosit\u00e9s. Vivement int\u00e9ress\u00e9 par les spiritualit\u00e9s, il publie des livres sur le bouddhisme, ou sur l\u2019\u00e9sot\u00e9risme. Ceux, en particulier, d\u2019un personnage \u00e9trange, G.\u00a0Encausse, dit Papus. Docteur en m\u00e9decine, celui-ci s\u2019est vou\u00e9 \u00e0 l\u2019occultisme et fonde un ordre initiatique en 1891. Une dizaine de ses \u0153uvres figurent au catalogue de Carr\u00e9 entre 1887 et 1892<a id=\"bodyftn22\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn22\">22<\/a>.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">On ignore comment un tel \u00e9diteur en est venu \u00e0 publier, en 1891, <em>La Femme dans le pass\u00e9, le pr\u00e9sent et l\u2019avenir<\/em> d\u2019August Bebel. Mais c\u2019est \u00e0 cette occasion que des rapports se nouent avec Lafargue, qui signe la biographie du socialiste allemand en pr\u00e9face de l\u2019ouvrage. Dans la foul\u00e9e, un accord est trouv\u00e9 pour la publication de <em>L\u2019Origine de la famille<\/em> dont la traduction commence en 1891. \u00c0 la sortie du livre, fin 1893, Lafargue mise sur la poursuite de la collaboration avec Carr\u00e9 qui, \u00e9crit-il \u00e0 Engels, veut \u00ab\u00a0publier une s\u00e9rie de volumes sur des questions sociales<a id=\"bodyftn23\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn23\">23<\/a>\u00bb. Mais il n\u2019en fut rien. L\u2019\u00e9diteur va se recentrer, au contraire, sur les sciences \u00ab\u00a0dures\u00a0\u00bb, avant d\u2019\u00eatre rachet\u00e9 par Masson dans les ann\u00e9es 1930.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Carr\u00e9 n\u2019est pas le seul \u00e9diteur \u00e9loign\u00e9 de tout militantisme socialiste dont les guesdistes aient fait l\u2019exp\u00e9rience. Lafargue a r\u00e9ussi, en effet, \u00e0 tisser des relations assez \u00e9tonnantes avec Guillaumin, l\u2019\u00e9diteur des \u00e9conomistes lib\u00e9raux. La maison, cr\u00e9\u00e9e en 1835, a \u00e9t\u00e9 reprise \u00e0 la mort du fondateur par ses filles, et elle est enti\u00e8rement d\u00e9di\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9conomie politique<a id=\"bodyftn24\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn24\">24<\/a>. Avec le <em>Journal des \u00c9conomistes,<\/em> qu\u2019elle \u00e9dite depuis 1841, elle constitue une pi\u00e8ce ma\u00eetresse du r\u00e9seau lib\u00e9ral, et se situe ainsi \u00e0 l\u2019avant-garde de la lutte contre le socialisme d\u00e8s avant 1848.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Il a donc fallu \u00e0 Lafargue user de tout son \u00ab\u00a0toupet africain<a id=\"bodyftn25\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn25\">25<\/a>\u00bb, comme il le raconte \u00e0 Engels, pour obtenir en 1884 de Gustave de Molinari, le r\u00e9dacteur en chef du <em>Journal des \u00c9conomistes<\/em>, qu\u2019il accepte d\u2019y publier d\u2019abord sa longue \u00e9tude sur \u00ab\u00a0Le bl\u00e9 en Am\u00e9rique\u00a0\u00bb (en juillet et ao\u00fbt), puis surtout sa r\u00e9futation de l\u2019ouvrage du professeur au Coll\u00e8ge de France, Paul Leroy-Beaulieu, <em>Le Collectivisme<\/em> (septembre et novembre\u00a01884).<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Mais le point d\u2019orgue de ces relations ambivalentes, faites de reconnaissance et de pol\u00e9miques vives, est la parution en 1894, chez Guillaumin, d\u2019un recueil d\u2019extraits du <em>Capital<\/em> r\u00e9alis\u00e9 par Lafargue. Celui-ci a d\u00fb accepter qu\u2019en introduction figure une critique de la doctrine r\u00e9dig\u00e9e par un \u00e9conomiste. Les volontaires n\u2019\u00e9tant semble-t-il pas nombreux, elle est confi\u00e9e \u00e0 Vilfredo Pareto, un proche de Walras\u00a0\u2013\u00a0au grand dam de Lafargue, qui n\u2019a pu lui r\u00e9pondre que dans <em>L\u2019\u00c8re nouvelle<\/em><a id=\"bodyftn26\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn26\">26<\/a>. Toutefois, cette \u00e9dition prend valeur de l\u00e9gitimation, de la part d\u2019\u00e9conomistes qui se pr\u00e9occupent de r\u00e9futer <em>Le Capital<\/em> depuis 1872<a id=\"bodyftn27\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn27\">27<\/a>. Le livre est en effet publi\u00e9 dans la \u00ab\u00a0Petite Biblioth\u00e8que \u00e9conomique, fran\u00e7aise et \u00e9trang\u00e8re\u00a0\u00bb. Une collection d\u2019une quinzaine de titres, visant \u00e0 populariser les classiques de l\u2019\u00e9conomie politique, parmi lesquels Marx fait donc son entr\u00e9e, apr\u00e8s Ricardo, mais un peu avant Quesnay.<\/p>\n<\/div>\n<h1 id=\"heading5\">Des \u00e9diteurs universitaires (1895-1901)<\/h1>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\"><span class=\"paranumber\">26<\/span>La publication presque simultan\u00e9e, en 1894, de <em>L\u2019Origine<\/em> et des extraits du <em>Capital<\/em> chez deux \u00e9diteurs connus a donn\u00e9 une visibilit\u00e9 nouvelle \u00e0 la th\u00e9orie de Marx. Et cela \u00e0 un moment o\u00f9 s\u2019\u00e9tend la propagande men\u00e9e par <em>L\u2019\u00c8re nouvelle <\/em>chez les \u00e9tudiants. En fait, ce sont l\u00e0 les premiers signes d\u2019une perc\u00e9e du marxisme dans les milieux intellectuels, que la rencontre des guesdistes avec un \u00e9diteur universitaire entreprenant, Giard et Bri\u00e8re, va \u00e0 la fois ent\u00e9riner et profond\u00e9ment d\u00e9velopper. Ce qui se joue en effet \u00e0 travers cette collaboration, ce n\u2019est pas seulement une diffusion beaucoup plus large des \u00e9crits de Marx et d\u2019Engels. C\u2019est, avant tout, un regard nouveau port\u00e9 sur leurs \u0153uvres. Car, publi\u00e9es par une maison qui est pionni\u00e8re dans l\u2019\u00e9dition d\u2019ouvrages de sociologie, elles tendent d\u00e9sormais \u00e0 \u00eatre admises comme relevant de ces \u00ab\u00a0sciences sociales\u00a0\u00bb en pleine effervescence.<\/p>\n<h2 id=\"heading6\">V.\u00a0Giard et E.\u00a0Bri\u00e8re<\/h2>\n<p>La maison, situ\u00e9e au c\u0153ur du Quartier latin, a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e en 1877 par Armand Giard, un ancien employ\u00e9 de l\u2019\u00e9diteur Marescq<a id=\"bodyftn28\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn28\">28<\/a>. Le libraire est sp\u00e9cialis\u00e9 dans le commerce de livres et de th\u00e8ses de droit et, en 1882, il se lance dans l\u2019\u00e9dition de ce type d\u2019ouvrages. En 1891, il s\u2019associe \u00e0 \u00c9mile Bri\u00e8re. Mais, courant 1893, la raison sociale de l\u2019\u00e9tablissement change. L\u2019associ\u00e9 de Bri\u00e8re est d\u00e9sormais <em>V<\/em>.\u00a0Giard, sans doute le fils d\u2019Armand apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de celui-ci<a id=\"bodyftn29\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn29\">29<\/a>. La nouvelle \u00e9quipe est anim\u00e9e d\u2019un grand dynamisme et elle va r\u00e9ussir en quelques ann\u00e9es \u00e0 transformer la maison en renfor\u00e7ant son assise universitaire en droit et en \u00e9conomie politique, tout en \u00e9largissant ses comp\u00e9tences d\u2019abord \u00e0 la sociologie, puis au socialisme<a id=\"bodyftn30\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn30\">30<\/a>.<\/p>\n<p>La sociologie est alors une discipline neuve, en qu\u00eate d\u2019une pleine reconnaissance acad\u00e9mique et dont les contours sont encore flous. Les \u00e9diteurs font donc preuve d\u2019une certaine audace en lan\u00e7ant\u00a0\u2013\u00a0en 1893, trois ans avant que paraisse, chez Alcan, <em>L\u2019Ann\u00e9e sociologique<\/em> de Durkheim\u00a0\u2013\u00a0la premi\u00e8re revue qui lui est d\u00e9di\u00e9e, la <em>Revue internationale de sociologie<\/em>. Il est vrai que son directeur, Ren\u00e9 Worms, n\u2019est pas pour eux un inconnu, puisque Armand Giard a \u00e9dit\u00e9 depuis 1891 deux ouvrages importants de son p\u00e8re, le professeur d\u2019\u00e9conomie politique \u00c9mile Worms. Dans le prolongement de la revue, la maison inaugure en 1896 la \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que sociologique internationale\u00a0\u00bb. Une collection qui s\u2019\u00e9toffe rapidement (cinq volumes par an), sous la houlette de R.\u00a0Worms.<\/p>\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat pour les sciences sociales en plein essor dont font preuve ces pr\u00e9curseurs est sans aucun doute ce qui les pousse aussi \u00e0 se soucier du socialisme. Mais, \u00e0 l\u2019endroit de celui-ci, leur engagement intellectuel se double d\u2019une sympathie politique \u00e9vidente. Elle les conduit \u00e0 une forme de militantisme, qu\u2019ils entendent pourtant contenir dans des limites pr\u00e9cises. C\u2019est ce qui appara\u00eet clairement en 1895, lorsqu\u2019ils d\u00e9cident de prendre en charge la publication du <em>Devenir social<\/em>, la revue marxiste qui succ\u00e8de \u00e0 <em>L\u2019\u00c8re nouvelle<\/em>, avec pour l\u2019essentiel la m\u00eame \u00e9quipe de r\u00e9dacteurs. Lafargue, en l\u2019annon\u00e7ant \u00e0 Kautsky, lui \u00e9crit qu\u2019\u00ab\u00a0un \u00e9diteur <em>qui croit au socialisme <\/em>consent \u00e0 l\u2019\u00e9diter<a id=\"bodyftn31\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn31\">31<\/a>\u00bb. Mais sa femme Laura explique, peu apr\u00e8s, que <em>Le Devenir social<\/em> doit s\u2019abstenir de \u00ab\u00a0toucher \u00e0 la politique [\u2026] sinon il ne serait plus imprim\u00e9 et publi\u00e9 par Giard et Bri\u00e8re<a id=\"bodyftn32\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn32\">32<\/a>\u00bb. L\u2019aspect th\u00e9orique de Marx est donc bien ce qui motive l\u2019\u00e9diteur. Et il est probable que le sous-titre du <em>Devenir social<\/em>\u00a0\u2013\u00a0<em>Revue internationale d\u2019\u00e9conomie, d\u2019histoire et de philosophie<\/em>\u00a0\u2013\u00a0fait pendant, dans son esprit, \u00e0 celui de la <em>Revue internationale de sociologie<\/em> qu\u2019il compl\u00e8te en quelque sorte. Le parall\u00e9lisme se poursuit d\u2019ailleurs, en 1896, lorsque Giard et Bri\u00e8re mettent en place, en m\u00eame temps que la collection sociologique de Worms, la \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que socialiste internationale\u00a0\u00bb confi\u00e9e \u00e0 Alfred Bonnet.<\/p>\n<div class=\"textandnotes\">\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Alfred Bonnet (1866-1933) est en 1893 secr\u00e9taire du groupe des ESRI dont il est, avec Diamandy, l\u2019un des fondateurs<a id=\"bodyftn33\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn33\">33<\/a>. Ce qui explique qu\u2019il soit, l\u2019ann\u00e9e suivante, secr\u00e9taire de r\u00e9daction de <em>L\u2019\u00c8re nouvelle<\/em>. Il conserve cette t\u00e2che au <em>Devenir social<\/em>. Marxiste convaincu, il r\u00e9ussit \u00e0 en faire, jusqu\u2019\u00e0 sa fin en d\u00e9cembre\u00a01898, une revue de r\u00e9f\u00e9rence, qui est aussi ouverte \u00e0 l\u2019\u00e9tude critique des diff\u00e9rents courants de la pens\u00e9e sociologique et \u00e9conomique. La question du mat\u00e9rialisme historique, jusque-l\u00e0 encore peu abord\u00e9e, y est largement trait\u00e9e, gr\u00e2ce aux interventions notables de Georges Sorel et des philosophes italiens dont il obtient le concours, Antonio Labriola et Benedetto Croce. Bonnet sait \u00e9galement utiliser les contacts nou\u00e9s, il y a peu, avec des \u00e9tudiants socialistes ou proches\u00a0\u2013\u00a0tels Marcel Mauss ou les fr\u00e8res Milhaud<a id=\"bodyftn34\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn34\">34<\/a>\u00a0\u2013\u00a0pour \u00e9largir le cercle des collaborateurs et le nombre des lecteurs de la revue. D\u00e9sormais attach\u00e9 aux \u00e9ditions Giard et Bri\u00e8re, o\u00f9 il est aussi traducteur d\u2019italien, il sera charg\u00e9 en 1899 de diriger la \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que internationale d\u2019\u00e9conomie politique\u00a0\u00bb, une importante collection cr\u00e9\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une nouvelle extension de la maison<a id=\"bodyftn35\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn35\">35<\/a>. Bonnet n\u2019h\u00e9sitera pas \u00e0 y publier des \u00e9conomistes critiques de Marx, comme en 1901 B\u00f6hm-Bawerk dont les ouvrages alimentent depuis plusieurs ann\u00e9es un vif d\u00e9bat sur <em>Le Capital<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">En fait, le r\u00f4le d\u2019Alfred Bonnet s\u2019av\u00e8re d\u00e9cisif pour l\u2019\u00e9dition de Marx et d\u2019Engels. Certains de leurs textes publi\u00e9s dans <em>Le Devenir social<\/em> sont tir\u00e9s en brochures. C\u2019est le cas, pour Marx, de la <em>Critique de la \u00ab\u00a0Philosophie du droit\u00a0\u00bb de Hegel<\/em> (1895), puis de <em>Salaire, prix, profit<\/em> (1899)\u00a0; pour Engels, de <em>La Force et l\u2019\u00e9conomie dans le d\u00e9veloppement social<\/em> (1896), form\u00e9 de chapitres de l\u2019<em>Anti-D\u00fchring<\/em>. En 1896 \u00e9galement, <em>Mis\u00e8re de la philosophie<\/em>, dont la r\u00e9\u00e9dition \u00e9tait attendue depuis des ann\u00e9es, inaugure la Biblioth\u00e8que socialiste internationale\u00a0; tandis qu\u2019en 1897 le <em>Manifeste du Parti communiste<\/em> est enfin disponible chez un v\u00e9ritable \u00e9diteur, ce qui lui assure une plus large diffusion. Plus tard sera men\u00e9e \u00e0 bien une entreprise \u00e9ditoriale d\u2019envergure\u00a0: la parution du <em>Livre\u00a0II<\/em> (1900) et du <em>Livre\u00a0III<\/em> (2 vol. 1901, 1902) du <em>Capital<\/em>.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Il faut ajouter que Bonnet publie, de 1896 \u00e0 1898, une demi-douzaine d\u2019ouvrages touchant au marxisme, r\u00e9dig\u00e9s pour la plupart par des universitaires italiens introduits par Sorel. Parmi eux, le livre de Labriola, <em>Essais sur la conception mat\u00e9rialiste de l\u2019histoire<\/em> (1897), fait date. Il r\u00e9v\u00e8le en effet\u00a0\u2013\u00a0bien au-del\u00e0 du milieu socialiste, \u00e0 un public nouveau d\u2019\u00e9tudiants et d\u2019intellectuels\u00a0\u2013\u00a0un Marx philosophe encore m\u00e9connu, et dont la th\u00e9orie de l\u2019histoire, constitu\u00e9e par Labriola en objet d\u2019\u00e9tude, se pr\u00eate d\u00e9sormais \u00e0 la discussion.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Les \u00e9diteurs Giard et Bri\u00e8re ont donc beaucoup contribu\u00e9 \u00e0 ce que Marx ne soit plus consid\u00e9r\u00e9 seulement comme un \u00e9conomiste, mais qu\u2019il trouve place dans le vigoureux mouvement de construction des sciences sociales de cette fin de si\u00e8cle. La chose semble acquise, et c\u2019est bien sur ce terrain qu\u2019ils vont devoir affronter la concurrence, qui est aussi tr\u00e8s politique, de nouveaux \u00e9diteurs de Marx.<\/p>\n<h2 id=\"heading7\">La petite guerre des \u00e9diteurs. La maison Schleicher fr\u00e8res<\/h2>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Si la publication des \u0153uvres de Marx et d\u2019Engels a effectivement commenc\u00e9 chez Giard et Bri\u00e8re, il n\u2019y a encore en 1898 que quatre ouvrages disponibles en volumes. Cependant, le rythme des parutions s\u2019acc\u00e9l\u00e8re brusquement\u00a0\u2013\u00a0\u00e0 la faveur, pr\u00e9cis\u00e9ment, de cette petite \u00ab\u00a0guerre des \u00e9diteurs\u00a0\u00bb\u00a0\u2013\u00a0puisque l\u2019on recense douze titres (dont un seul d\u2019Engels) publi\u00e9s par diverses maisons de 1899 \u00e0 1901.<\/p>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">Cette forte actualit\u00e9 \u00e9ditoriale de Marx s\u2019explique, avant tout, par une conjoncture politique particuli\u00e8rement charg\u00e9e. En effet, apr\u00e8s une p\u00e9riode d\u2019intense politisation et de militantisme des intellectuels lors de l\u2019affaire Dreyfus, apr\u00e8s les espoirs d\u2019unit\u00e9 socialiste que celle-ci avait fini par faire na\u00eetre, l\u2019\u00e9lan vient se briser, en 1899, avec l\u2019entr\u00e9e de Millerand dans le gouvernement Waldeck-Rousseau. Mais tandis que les groupes socialistes se d\u00e9chirent \u00e0 nouveau \u00e0 propos du minist\u00e9rialisme, les \u00e9chos du d\u00e9bat sur les th\u00e8ses de Bernstein, qui divise la social-d\u00e9mocratie allemande, parviennent de plus en plus nettement en France \u00e0 partir de 1898. La \u00ab\u00a0crise du marxisme\u00a0\u00bb qui secoue l\u2019Internationale incite sans doute les militants \u00e0 relire\u00a0\u2013\u00a0ou \u00e0 lire\u00a0!\u00a0\u2013\u00a0Marx. Mais, en venant t\u00e9lescoper les probl\u00e8mes sp\u00e9cifiquement fran\u00e7ais, elle conduit d\u2019abord de nouveaux r\u00e9seaux socialistes \u00e0 prendre en main l\u2019\u00e9dition de ses \u00e9crits. Derri\u00e8re la rivalit\u00e9 des \u00e9diteurs se dessine ainsi l\u2019enjeu th\u00e9orique et politique que repr\u00e9sente le contr\u00f4le de la publication et de l\u2019usage de ses textes.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Le premier concurrent que doivent affronter Giard et Bri\u00e8re est la maison Schleicher fr\u00e8res. Adolphe Schleicher, collaborateur de la Librairie Ch. Reinwald, la reprend en 1891 \u00e0 la mort du fondateur<a id=\"bodyftn36\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn36\">36<\/a>. Charles Reinwald \u00e9tait un libraire militant, tr\u00e8s li\u00e9 au courant libre-penseur, mat\u00e9rialiste et \u00e9volutionniste qui prend son essor dans les ann\u00e9es 1860. Sp\u00e9cialis\u00e9 dans les publications scientifiques, il \u00e9dite B\u00fcchner, puis Darwin, et r\u00e9unit \u00e0 partir de 1875 dans sa \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que des sciences contemporaines\u00a0\u00bb des ouvrages destin\u00e9s \u00e0 un public plus large. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de <em>La Biologie<\/em> ou de <em>La Botanique<\/em> y figurent <em>L\u2019Anthropologie<\/em> du D<sup>r <\/sup>Topinard et <em>La Sociologie, d\u2019apr\u00e8s l\u2019Ethnographie <\/em>du D<sup>r<\/sup> Ch. Letourneau (1880).<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Son successeur maintient cet h\u00e9ritage qui tend \u00e0 enraciner les sciences sociales dans une conception naturaliste et scientiste. Son catalogue est celui d\u2019un \u00e9diteur universitaire qui, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de revues savantes de zoologie, \u00e9tend son domaine \u00e0 la psychologie d\u2019Alfred Binet, \u00e0 la pr\u00e9histoire et \u00e0 l\u2019ethnographie. C\u2019est dans ce cadre qu\u2019est fond\u00e9e en 1898 la \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que internationale des sciences sociologiques\u00a0\u00bb dirig\u00e9e par Augustin Hamon<a id=\"bodyftn37\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn37\">37<\/a>. L\u2019intitul\u00e9 indique clairement que l\u2019\u00e9diteur entend se placer sur un terrain que s\u2019\u00e9taient r\u00e9serv\u00e9 depuis 1896 Giard et Bri\u00e8re avec leur \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que sociologique internationale\u00a0\u00bb. Mais alors que chez eux la sociologie cherchait sa place du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie politique et du droit, Schleicher fait davantage ressortir son fondement anthropologique et naturaliste.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Toutefois, ces divergences th\u00e9oriques n\u2019expliquent pas tout. Elles se doublent aussi d\u2019un clivage politique net. En effet, alors que Giard et Bri\u00e8re \u00e9ditent <em>Le Devenir social<\/em>, Schleicher prend en charge, en juillet\u00a01898, la publication de <em>L\u2019Humanit\u00e9 nouvelle<\/em>, cr\u00e9\u00e9e en 1897 et dirig\u00e9e par Augustin Hamon. Celui-ci, professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 nouvelle de Bruxelles, est anarchiste. Ami de Fernand Pelloutier, il a d\u00e9j\u00e0 souvent crois\u00e9 le fer avec les guesdistes<a id=\"bodyftn38\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn38\">38<\/a>. Et il obtient pour sa revue la collaboration de personnalit\u00e9s issues de toutes les autres nuances du socialisme, avec une forte participation de \u00ab\u00a0communistes libertaires\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">En patronnant les entreprises d\u2019Hamon, Schleicher se propose donc de contrer Giard et Bri\u00e8re dans les deux secteurs \u00e9ditoriaux que ces derniers ont d\u00e9frich\u00e9s\u00a0\u2013\u00a0la sociologie et le socialisme. Ce faisant, il n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 assumer un engagement politique qui, par ricochet, vient imm\u00e9diatement renforcer la r\u00e9putation d\u2019orthodoxie marxiste, quelque peu sectaire, de Giard et Bri\u00e8re. Quant \u00e0 Augustin Hamon, il fait coup double. Car, avec sa Biblioth\u00e8que internationale des sciences sociologiques, ce n\u2019est pas seulement \u00e0 Ren\u00e9 Worms qu\u2019il s\u2019attaque, mais bien, avant tout, \u00e0 Alfred Bonnet et \u00e0 sa Biblioth\u00e8que socialiste internationale. En 1899, en effet, le quatri\u00e8me titre de sa collection de sciences sociologiques n\u2019est autre que la <em>Critique de l\u2019\u00e9conomie politique<\/em> de Marx, r\u00e9\u00e9dit\u00e9e en 1897 par Kautsky. L\u2019ouvrage, paru en 1859, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 republi\u00e9 par Engels. De sorte que sa pr\u00e9face\u00a0\u2013\u00a0un texte qui allait devenir canonique pour sa formulation de la conception de l\u2019histoire\u00a0\u2013\u00a0\u00e9tait alors presque inconnue en France<a id=\"bodyftn39\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn39\">39<\/a>. La traduction du livre est assur\u00e9e par L\u00e9on R\u00e9my. L\u2019homme, qui a appartenu au groupe fondateur des ESRI, a contribu\u00e9 en 1895 \u00e0 orienter celui-ci vers l\u2019anarchisme et il est un proche de Hamon<a id=\"bodyftn40\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn40\">40<\/a>. En 1900, il signe la traduction d\u2019un nouveau volume de Marx, contenant <em>La Lutte des classes en France (1848-1850)<\/em> et <em>Le Dix-huit Brumaire<\/em>, publi\u00e9 dans la m\u00eame collection. Il s\u2019agit certes d\u2019affirmer la valeur scientifique, sociologique, des \u0153uvres de Marx. Mais, surtout, celles-ci sont traduites et publi\u00e9es, pour la premi\u00e8re fois, en dehors de tout contr\u00f4le des guesdistes. En pleine \u00ab\u00a0crise du marxisme\u00a0\u00bb, le but de Hamon est bien de leur retirer le monopole de l\u2019utilisation des \u00e9crits du th\u00e9oricien communiste. D\u2019ailleurs, Lafargue ne s\u2019y trompe pas. Se sentant d\u00e9poss\u00e9d\u00e9, il engage une vive pol\u00e9mique en accusant R\u00e9my de \u00ab\u00a0piraterie<a id=\"bodyftn41\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn41\">41<\/a>\u00bb.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Cela, \u00e9videmment, ne met pas un terme \u00e0 la joute des \u00e9diteurs, ni aux affrontements id\u00e9ologiques qui la sous-tendent. L\u2019ann\u00e9e 1901 signale, au contraire, le point culminant de cette guerre \u00e9ditoriale. Tandis que Giard et Bri\u00e8re marquent des points en poursuivant leur grand \u0153uvre, la publication des livres\u00a0II et\u00a0III du <em>Capital<\/em>, Hamon ravive les hostilit\u00e9s en faisant para\u00eetre dans sa collection un recueil de textes de Marx, toujours traduits par L\u00e9on R\u00e9my, <em>L\u2019Allemagne en 1848. Karl Marx devant les jur\u00e9s de Cologne. R\u00e9v\u00e9lations sur le proc\u00e8s des communistes.<\/em> En fait, <em>L\u2019Allemagne en 1848<\/em> regroupe les articles, publi\u00e9s en 1851 dans le <em>New York Daily Tribune, <\/em>que Laura Lafargue vient de traduire en 1900, chez Giard et Bri\u00e8re, sous le titre <em>R\u00e9volution et contre-r\u00e9volution en Allemagne<\/em>. Mais Hamon ne se limite pas \u00e0 cette audace. Les autres \u00e9crits du volume soulignent, plus fortement qu\u2019elle ne l\u2019avait fait, la stature r\u00e9volutionnaire de Marx. Surtout, figure dans le livre la \u00ab\u00a0Contribution \u00e0 l\u2019histoire de la Ligue des communistes\u00a0\u00bb, r\u00e9dig\u00e9e par Engels comme pr\u00e9face aux <em>R\u00e9v\u00e9lations sur le proc\u00e8s des communistes<\/em>, une brochure qu\u2019il a r\u00e9\u00e9dit\u00e9e en 1885, alors qu\u2019il menait une lutte appuy\u00e9e contre l\u2019opportunisme dans la social-d\u00e9mocratie allemande. Or, ce texte est l\u2019un de ceux dont se sert Bernstein pour d\u00e9noncer ce qu\u2019il nomme le \u00ab\u00a0blanquisme\u00a0\u00bb de Marx. Le donner \u00e0 lire, c\u2019est donc au minimum mettre en d\u00e9faut les guesdistes qui l\u2019ont pass\u00e9 sous silence<a id=\"bodyftn42\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn42\">42<\/a>. De fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 la diff\u00e9rence de ces derniers, Hamon et R\u00e9my permettent aux lecteurs de conna\u00eetre\u00a0\u2013\u00a0autrement que par la critique \u00ab\u00a0r\u00e9visionniste\u00a0\u00bb de Bernstein\u00a0\u2013\u00a0les pages o\u00f9 Marx et Engels, \u00e0 partir de l\u2019exp\u00e9rience de 1848, pr\u00e9cisent leur th\u00e9orie de la r\u00e9volution.<\/p>\n<h2 id=\"heading8\">De nouveaux intervenants<\/h2>\n<p>Cependant, la rivalit\u00e9 \u00e9ditoriale, en cette ann\u00e9e 1901, ne se r\u00e9duit pas au duel de Giard et Bri\u00e8re et de Schleicher. Deux autres maisons, de taille nettement plus modeste, mais tr\u00e8s militantes, entrent en sc\u00e8ne. La premi\u00e8re est la Soci\u00e9t\u00e9 Nouvelle de Librairie et d\u2019\u00c9dition (SNLE). Elle prend la suite, en \u00e9t\u00e9 1899, de la Librairie Bellais, fond\u00e9e par Charles P\u00e9guy l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente<a id=\"bodyftn43\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn43\">43<\/a>. Celle-ci a \u00e9t\u00e9 un solide bastion du dreyfusisme, mais\u00a0\u2013\u00a0mal g\u00e9r\u00e9e \u00e9conomiquement\u00a0\u2013 elle a d\u00fb \u00eatre renflou\u00e9e et r\u00e9organis\u00e9e par Lucien Herr, Charles Andler et leurs amis du <em>Groupe de l\u2019Unit\u00e9 socialiste<\/em> d\u2019inspiration jaur\u00e9sienne. La SNLE publie des ouvrages d\u2019histoire et de sciences sociales, dont la revue <em>Notes critiques<\/em> \u00e0 laquelle collaborent des durkheimiens. Mais elle ne cache pas non plus ses engagements politiques. Elle cr\u00e9e une \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que socialiste\u00a0\u00bb, o\u00f9 voisinent le <em>Proudhon<\/em> d\u2019Hubert Bourgin et <em>Les Congr\u00e8s ouvriers et socialistes fran\u00e7ais<\/em> de L\u00e9on Blum. De plus, elle \u00e9dite <em>Le Mouvement socialiste<\/em>, la revue fond\u00e9e en janvier\u00a01899 par Hubert Lagardelle, qui vise elle aussi \u00e0 favoriser le rapprochement des socialistes. Les r\u00e9seaux qui se retrouvent autour de la SNLE se distinguent donc de celui qu\u2019anime Hamon chez Schleicher. Mais tous s\u2019accordent pour penser que, en cette p\u00e9riode de r\u00e9\u00e9valuation du marxisme, les guesdistes n\u2019ont aucun droit de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle sur les \u00e9crits de Marx et d\u2019Engels.<\/p>\n<p>La d\u00e9monstration va en \u00eatre faite magistralement par la publication, dans la Biblioth\u00e8que socialiste, en 1901, du <em>Manifeste communiste<\/em>, traduit et comment\u00e9 par Charles Andler. Ce dernier est un farouche adversaire des guesdistes, mais il est aussi l\u2019un des plus profonds connaisseurs de Marx. En \u00e9clairant le <em>Manifeste<\/em> par une introduction historique fournie et des commentaires \u00e9rudits qui accompagnent chacun de ses paragraphes, il en propose une lecture tr\u00e8s neuve\u00a0: le texte en est \u00ab\u00a0d\u00e9sacralis\u00e9, devenu objet d\u2019histoire<a id=\"bodyftn44\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn44\">44<\/a>\u00bb. Si l\u2019on ajoute que l\u2019orientation politique d\u2019Andler le conduit \u00e0 valoriser l\u2019apport des socialistes fran\u00e7ais dont Marx s\u2019inspire, tout en limitant l\u2019originalit\u00e9 propre de celui-ci, on comprend que le livre ait fait pol\u00e9mique. Tandis que Franz Mehring proteste violemment, les guesdistes ripostent sur le plan \u00e9ditorial. Ils font para\u00eetre chez Giard et Bri\u00e8re, la m\u00eame ann\u00e9e, un <em>Manifeste du parti communiste<\/em> qui revendique fi\u00e8rement son orthodoxie par ces indications\u00a0: \u00ab\u00a0Nouvelle \u00e9dition fran\u00e7aise <em>autoris\u00e9e<\/em>\u00a0; traduction de Laura Lafargue, <em>revue par Engels<\/em><a id=\"bodyftn45\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn45\">45<\/a>\u00bb.<\/p>\n<p>La SNLE, en s\u2019avan\u00e7ant sur le double cr\u00e9neau des sciences sociales et du socialisme, se place assez directement en rivale de Giard et Bri\u00e8re et de Schleicher. Le cas de la Librairie G.\u00a0Jacques est sensiblement diff\u00e9rent. G.\u00a0Jacques est un juif venu de Russie, dont la boutique, au Quartier latin, est sp\u00e9cialis\u00e9e dans le commerce de livres de m\u00e9decine. Son activit\u00e9 d\u2019\u00e9dition commence en 1900 et elle est presque totalement consacr\u00e9e aux brochures et livres socialistes<a id=\"bodyftn46\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn46\">46<\/a>. De fait, Jacques est sans conteste un militant. Son marxisme semble s\u2019inscrire plut\u00f4t dans la mouvance du <em>Mouvement socialiste<\/em>, comme en t\u00e9moignent ses liens avec \u00c9douard Berth et Georges Sorel, dont il \u00e9ditera les ouvrages jusqu\u2019en 1906. N\u00e9anmoins, outre des \u0153uvres de Kautsky, des livres de Guesde et de Lafargue figurent \u00e0 son catalogue d\u00e8s 1901. Cet \u0153cum\u00e9nisme s\u2019explique par les reclassements qui suivent l\u2019\u00e9chec de l\u2019unit\u00e9 socialiste, Lagardelle et Sorel se rapprochant un moment des guesdistes dans une commune opposition aux jaur\u00e9siens qui inspire \u00e9galement l\u2019\u00e9diteur Jacques.<\/p>\n<p>Toujours est-il que l\u2019activit\u00e9 \u00e9ditoriale de celui-ci en 1901 est impressionnante. Huit volumes paraissent dans la \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que d\u2019\u00c9tudes socialistes\u00a0\u00bb qu\u2019il vient d\u2019\u00e9tablir et qui parvient ainsi \u00e0 conqu\u00e9rir sa place entre la Biblioth\u00e8que socialiste internationale de Giard et Bri\u00e8re et la toute jeune Biblioth\u00e8que socialiste de la SNLE. Un \u00e9crit de Marx, <em>La Commune de Paris<\/em>, ouvre la collection. Il s\u2019agit de <em>La Guerre civile en France,<\/em> presque inconnue jusqu\u2019ici. Mais son traducteur et pr\u00e9facier, Charles Longuet, qui n\u2019est pas un boutefeu, a jug\u00e9 plus significatif<a id=\"bodyftn47\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn47\">47<\/a> ce nouveau titre tr\u00e8s\u2026 factuel\u00a0! Un autre volume de la collection est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Engels. Sous l\u2019intitul\u00e9 <em>Religion, Philosophie, Socialisme<\/em>\u00a0\u2013\u00a0qui officialise l\u2019aspect proprement philosophique du marxisme\u00a0\u2013\u00a0sont regroup\u00e9s des textes, traduits par Paul et Laura Lafargue et d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9s, dont <em>Socialisme utopique et socialisme scientifique<\/em> ainsi que <em>Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande<\/em>. Ce dernier avait paru en 1894 dans <em>L\u2019\u00c8re nouvelle<\/em>. Mais il est maintenant suivi des \u00ab\u00a0Notes de Marx sur Feuerbach\u00a0\u00bb, un in\u00e9dit qui n\u2019a pas retenu l\u2019attention \u00e0 l\u2019\u00e9poque, alors que ces <em>Th\u00e8ses sur Feuerbach<\/em> seront abondamment interpr\u00e9t\u00e9es \u00e0 partir des ann\u00e9es 1920.<\/p>\n<div id=\"text\" class=\"section ltr\">\n<div class=\"text wResizable  medium\">\n<div class=\"textandnotes\">\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">On notera enfin que Jacques publie, toujours en 1901, la <em>Critique du programme de Gotha.<\/em> Le titre de la brochure\u00a0\u2013\u00a0<em>\u00c0 propos d\u2019unit\u00e9. Lettre sur le programme de Gotha<\/em>\u00a0\u2013\u00a0signale d\u00e9j\u00e0 l\u2019actualit\u00e9 conf\u00e9r\u00e9e \u00e0 ces pages. Mais le commentaire qui en est donn\u00e9 dans le catalogue de l\u2019\u00e9diteur, en soulignant fortement l\u2019hostilit\u00e9 de Marx \u00ab\u00a0aux solutions lassalliennes et \u00e0 l\u2019extension de l\u2019activit\u00e9 des gouvernements<a id=\"bodyftn48\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn48\">48<\/a>\u00bb, t\u00e9moigne encore davantage de l\u2019usage militant, contre les minist\u00e9rialistes, d\u2019un \u00e9crit en passe de devenir \u00ab\u00a0un texte coh\u00e9rent de combat contre le socialisme ralli\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9tat<a id=\"bodyftn49\" class=\"footnotecall\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#ftn49\">49<\/a>\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<p class=\"texte\" dir=\"ltr\">L\u2019\u00e9diteur marxiste G.\u00a0Jacques, de taille modeste et \u00e0 la carri\u00e8re pr\u00e9caire, peut faire penser \u00e0 son devancier H.\u00a0Oriol. Cependant, le chemin parcouru en vingt ans est consid\u00e9rable. Sur le plan politique, le marxisme s\u2019est affirm\u00e9, au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, comme l\u2019une des tendances majeures des socialistes fran\u00e7ais. Il est au centre des d\u00e9bats houleux qui pr\u00e9c\u00e8dent, et pr\u00e9parent, la formation du parti unifi\u00e9. Mais les conceptions de Marx sont aussi l\u2019objet de discussions serr\u00e9es dans les milieux acad\u00e9miques, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019\u00e9conomie, de sociologie ou de philosophie. Or, les \u00e9diteurs de Marx ont fortement contribu\u00e9 \u00e0 ce que cette dualit\u00e9 politique et th\u00e9orique de son \u0153uvre soit reconnue. Apr\u00e8s la fougue militante des pionniers, ces \u00e9diteurs universitaires des ann\u00e9es 1890 ont en effet su concilier leur engagement professionnel avec leurs options politiques personnelles. Ouverts aux sciences sociales qui \u00e9taient en train de bouleverser le paysage intellectuel de cette fin de si\u00e8cle, ils sont parvenus \u00e0 y int\u00e9grer les th\u00e9ories de Marx et d\u2019Engels, sans en occulter toutefois le tranchant politique. D\u2019ailleurs, ils n\u2019ont pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 s\u2019engager, \u00e0 leur mani\u00e8re, aux c\u00f4t\u00e9s des divers r\u00e9seaux socialistes en soutenant leurs revues, ou en choisissant leurs directeurs de collections parmi leurs militants. N\u2019\u00e9tant pas tenus eux-m\u00eames par une discipline de parti qui s\u2019imposera souvent, \u00e0 l\u2019avenir, aux \u00e9diteurs socialistes et communistes, ils ont ainsi r\u00e9ussi \u00e0 faire de ces ann\u00e9es de crise et d\u2019affrontements id\u00e9ologiques intenses jusqu\u2019en 1905, une p\u00e9riode de grande profusion \u00e9ditoriale\u00a0\u2013\u00a0favorisant la diffusion des \u0153uvres de Marx et d\u2019Engels, mais aussi des ouvrages de leurs interpr\u00e8tes, comme de leurs contradicteurs. Toutefois, pass\u00e9 le temps de cette br\u00fblante actualit\u00e9, les \u00e9ditions de Marx et d\u2019Engels se font rares. On ne rel\u00e8ve, de 1902 \u00e0 1914, que deux livres, tous deux publi\u00e9s par Giard et Bri\u00e8re. Au regard des seize volumes parus de 1895 \u00e0 1901, le contraste est fort et il incite \u00e0 s\u2019interroger plus avant sur l\u2019\u00e9dition socialiste apr\u00e8s 1905.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div id=\"notes\" class=\"section\">\n<h2 class=\"section\"><span class=\"text\">Notes<\/span><\/h2>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn1\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn1\">1<\/a> \u00a0Voir Christophe Prochasson, \u00ab\u00a0L\u2019invention du marxisme fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, dans Jean-Jacques Becker et Gilles Candar (dir.), <em>Histoire des gauches en France<\/em>, vol. 1, Paris, La D\u00e9couverte, 2004, p.\u00a0427-443.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn2\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn2\">2<\/a> \u00a0La question est abord\u00e9e par Jean-Yves Mollier, dans <em>L\u2019Argent et les Lettres, Histoire du capitalisme d\u2019\u00e9dition 1880-1920,<\/em> Paris, Fayard, 1988, ainsi que dans \u00ab\u00a0\u00c9dition et politique (xix<sup>e<\/sup>-xX<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cles)\u00a0\u00bb dans Serge Bernstein et Pierre Milza (dir.), <em>Axes et m\u00e9thodes de l\u2019histoire politique<\/em>, Paris, PUF, 1998, p.\u00a0433-445. L\u2019ouvrage de Henri-Jean Martin et Roger Chartier, <em>Histoire de l\u2019\u00e9dition fran\u00e7aise<\/em>, t.\u00a0III, Promodis, 1985, ne traite pas de l\u2019\u00e9dition politique durant cette p\u00e9riode.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn3\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn3\">3<\/a> \u00a0Les socialistes fran\u00e7ais ont souvent \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9s par de grandes maisons de litt\u00e9rature g\u00e9n\u00e9rale comme Garnier puis Dentu pour Proudhon, ou Capelle pour Pecqueur et Vidal dans les ann\u00e9es 1840. Mais il existe aussi de petits \u00e9diteurs militants depuis 1830, tels Auguste de Mie qui publie les textes de la Soci\u00e9t\u00e9 des Droits de l\u2019Homme, ou Pr\u00e9vot et Rouannet, les \u00e9diteurs de Cabet et de Flora Tristan. Ils sont relay\u00e9s sous l\u2019Empire par des \u00e9diteurs r\u00e9publicains combatifs comme L.\u00a0Pagnerre, A.\u00a0Lacroix ou A.\u00a0Le Chevalier.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn4\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn4\">4<\/a> \u00a0Fran\u00e7ois Gaudin (dir.), <em>Le Monde perdu de Maurice Lach\u00e2tre (1814-1900)<\/em>, Paris, Honor\u00e9 Champion, 2006, 287 p.\u00a0La th\u00e8se de doctorat d\u2019histoire de Fran\u00e7ois Gaudin, <em>Maurice Lach\u00e2tre (1814-1900)\u00a0: Portrait d\u2019un \u00e9diteur et lexicographe socialiste<\/em>, Universit\u00e9 de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, 2004, 2 vol., para\u00eetra prochainement.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn5\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn5\">5<\/a> \u00a0Le d\u00e9cret du 10\u00a0septembre 1870 abolit notamment le syst\u00e8me des brevets d\u00e9livr\u00e9s aux libraires et imprimeurs. Une simple d\u00e9claration d\u2019ouverture du commerce, adress\u00e9e au minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur, le remplace. Elle sera supprim\u00e9e par la loi de 1881.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn6\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn6\">6<\/a> \u00a0D\u00e9claration de L\u00e9on Derveaux, 23\u00a0ao\u00fbt 1877 et 12\u00a0novembre 1879, Arch. nat., F18 2197. Par ailleurs, une recherche sur le catalogue du SUDOC, par \u00e9diteur, permet de conna\u00eetre quelques titres \u00e9dit\u00e9s par Derveaux depuis 1879.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn7\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn7\">7<\/a> \u00a0Lettre de B.\u00a0Malon \u00e0 P.\u00a0Lafargue, 18\u00a0mai 1880, dans <em>La Naissance du Parti ouvrier fran\u00e7ais. Correspondance in\u00e9dite de P.\u00a0Lafargue, J.\u00a0Guesde, et autres<\/em>. Pr\u00e9sent\u00e9e par Claude Willard, Paris, \u00c9d. sociales, 1981, p.\u00a078.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn8\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn8\">8<\/a> \u00a0Voir \u00ab\u00a0Extrait du catalogue\u00a0\u00bb, en appendice de B.\u00a0Malon, <em>Histoire du socialisme,<\/em> t.\u00a0III, 1884. Les \u00ab\u00a0prix pour la propagande\u00a0\u00bb \u2013 avec des r\u00e9ductions de 50\u00a0% pour cent exemplaires \u2013 sont consentis sur les ouvrages de Malon (<em>Le Nouveau Parti<\/em>, 1882\u00a0; <em>Manuel d\u2019\u00e9conomie sociale<\/em>, 1883), mais aussi sur sa traduction de Lassalle, <em>Capital et travail <\/em>(2<sup>e<\/sup> \u00e9d. 1881), ainsi que sur <em>Le Darwinisme social<\/em> (1880) d\u2019\u00c9mile Gautier, le seul anarchiste \u00e9dit\u00e9 par Derveaux, avant que cette tendance quitte le parti \u00e9bauch\u00e9 au Congr\u00e8s de Marseille.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn9\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn9\">9<\/a> \u00a0Beno\u00eet Malon, <em>Histoire du socialisme<\/em>, t.\u00a0III, Derveaux, 1884, p.\u00a0930-947. Le <em>Manifeste<\/em> est reproduit \u00e0 l\u2019exception du chapitre\u00a0III.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn10\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn10\">10<\/a> \u00a0Beno\u00eet Malon, <em>Le Nouveau parti<\/em>, Derveaux, 2<sup>e<\/sup> \u00e9d., 1882, t.\u00a0II, p.\u00a058.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn11\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn11\">11<\/a> \u00a0D\u00e9claration d\u2019Henri Oriol, 18\u00a0ao\u00fbt 1878, Arch. nat. F18 2223. Sur sa biographie, voir Fran\u00e7ois Gaudin, notice pour le <em>Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier<\/em>.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn12\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn12\">12<\/a> \u00a0Lettre de Jos\u00e9 Mesa \u00e0 Paul Lafargue, 26\u00a0septembre 1880, dans <em>La Naissance du Parti ouvrier\u2026, op. cit.<\/em>, p.\u00a089.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn13\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn13\">13<\/a> \u00a0Le terme caract\u00e9rise le <em>Manuel des confesseurs<\/em>, publi\u00e9 par Lach\u00e2tre, dans le catalogue pour 1883 de la \u00ab\u00a0Librairie du Progr\u00e8s. Henri Oriol directeur\u00a0\u00bb, qui est conserv\u00e9 \u00e0 la BNF.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn14\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn14\">14<\/a> \u00a0Il sera r\u00e9\u00e9dit\u00e9, chez Flammarion, en 1887, 1897, 1919, 1928 et encore en 1948.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn15\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn15\">15<\/a> \u00a0Voir sa recension par Courcelle-Seneuil, dans le <em>Journal des \u00c9conomistes<\/em>, t.\u00a0XXV, mars\u00a01884, p.\u00a0471-474, et sa critique par Paul Leroy-Beaulieu, <em>Le Collectivisme<\/em>, Paris, Guillaumin, 1884, p.\u00a0335.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn16\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn16\">16<\/a> \u00a0Friedrich Engels\u00a0&#8211;\u00a0Paul et Laura Lafargue, <em>Correspondance<\/em> (not\u00e9 <em>COR<\/em>), t.\u00a0I, Paris, \u00c9d. sociales, 1956, p.\u00a0224.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn17\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn17\">17<\/a> \u00a0Fran\u00e7ois Gaudin, \u00ab\u00a0Henri Oriol\u00a0\u00bb, <em>Dictionnaire biographique\u2026, op. cit.<\/em><\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn18\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn18\">18<\/a> \u00a0Lettre de L.\u00a0Lafargue \u00e0 F.\u00a0Engels, 23\u00a0octobre 1885, <em>COR<\/em>, t.\u00a0I, p.\u00a0315.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn19\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn19\">19<\/a> \u00a0Georges\u00a0Sorel, qui a collabor\u00e9 avec eux au <em>Devenir social<\/em>, \u00e9claire un aspect du probl\u00e8me quand il \u00e9crit, dans \u00ab\u00a0Mes raisons du syndicalisme\u00a0\u00bb (1910)\u00a0: \u00ab\u00a0Ils croyaient avoir tir\u00e9 des documents originaux tout ce qui pouvait entrer dans l\u2019enseignement classique du socialisme\u00a0\u00bb et ils ne se souciaient donc pas \u00ab\u00a0qu\u2019on \u00e9tudi\u00e2t de trop pr\u00e8s les textes de leurs proph\u00e8tes.\u00a0\u00bb, <em>Mat\u00e9riaux d\u2019une th\u00e9orie du prol\u00e9tariat<\/em> (1921), Slatkine, 1981, p.\u00a0251.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn20\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn20\">20<\/a> \u00a0Jean Maitron, \u00ab\u00a0Le groupe des \u00c9tudiants Socialistes R\u00e9volutionnaires Internationalistes de Paris (1892-1902)\u00a0\u00bb, <em>Le Mouvement social<\/em>, 46, janvier-mars\u00a01964, p.\u00a03-26. Madeleine Reb\u00e9rioux, \u00ab\u00a0Jaur\u00e8s et les \u00e9tudiants parisiens au printemps de 1893\u00a0\u00bb, <em>Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9tudes jaur\u00e9siennes<\/em>, 30, juillet-septembre\u00a01968, p.\u00a01-9.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn21\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn21\">21<\/a> \u00a0Sur <em>L\u2019\u00c8re nouvelle<\/em>, et <em>Le Devenir social<\/em> qui lui succ\u00e8de, ainsi que sur <em>Le Mouvement socialiste<\/em> \u00e0 partir de 1899, voir Christophe Prochasson,<em> Les Intellectuels, le socialisme et la guerre (1900-1938)<\/em>, Paris, Le Seuil, 1993, p.\u00a045-51.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn22\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn22\">22<\/a> \u00a0Ces indications proviennent d\u2019une recherche sur les catalogues du SUDOC et de la BNF.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn23\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn23\">23<\/a> \u00a0Lettre de P.\u00a0Lafargue \u00e0 F.\u00a0Engels, 2\u00a0novembre 1893, <em>COR,<\/em> t.\u00a0III, p.\u00a0339.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn24\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn24\">24<\/a> \u00a0Lucette Le Van-Lemesle, \u00ab\u00a0Guillaumin, \u00e9diteur d\u2019\u00e9conomie politique (1801-1864)\u00a0\u00bb, <em>Revue d\u2019\u00e9conomie politique<\/em>, 1985, 2, p.\u00a0134-149.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn25\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn25\">25<\/a> \u00a0Lettre de P.\u00a0Lafargue \u00e0 F.\u00a0Engels, 25\u00a0juillet 1884, <em>COR<\/em>, t.\u00a0I, p.\u00a0222, et 226-227.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn26\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn26\">26<\/a> \u00a0Lettre de P.\u00a0Lafargue \u00e0 F.\u00a0Engels, 18\u00a0mai 1891, <em>COR<\/em>, t.\u00a0III, p.\u00a053, et lettre du 2\u00a0novembre 1893, <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a0338-339.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn27\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn27\">27<\/a> \u00a0Jacqueline Cahen, \u00ab\u00a0La r\u00e9ception de l\u2019\u0153uvre de K.\u00a0Marx par les \u00e9conomistes fran\u00e7ais (1871-1883)\u00a0\u00bb, <em>Mil neuf cent, Revue d\u2019histoire intellectuelle<\/em>, 12, 1994, p.\u00a019-53.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn28\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn28\">28<\/a> \u00a0D\u00e9claration d\u2019Armand Giard, 22\u00a0ao\u00fbt 1877, Arch. nat. F18 2205.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn29\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn29\">29<\/a> \u00a0Voir le catalogue, conserv\u00e9 \u00e0 la BNF\u00a0: \u00ab\u00a0Armand Giard, libraire. Librairie de jurisprudence ancienne et moderne. <em>Catalogue de th\u00e8ses de doctorats en droit\u00a0<\/em>\u00bb (1880), ainsi que la liste de publications de l\u2019\u00e9diteur dans le catalogue du SUDOC.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn30\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn30\">30<\/a> \u00a0V.\u00a0Giard et E.\u00a0Bri\u00e8re, \u00ab\u00a0Libraires-\u00e9diteurs\u00a0\u00bb, publient chaque mois, depuis janvier\u00a01894, une <em>Revue bibliographique des ouvrages de droit, de jurisprudence, d\u2019\u00e9conomie politique, de science financi\u00e8re et de sociologie<\/em>. Les livraisons de janvier et de septembre-octobre\u00a01901 sont conserv\u00e9es \u00e0 la BNF. La <em>Revue<\/em> annonce alors un tirage mensuel de dix mille exemplaires. Les listes des diff\u00e9rentes collections de la maison figurent dans le num\u00e9ro de septembre-octobre.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn31\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn31\">31<\/a> \u00a0Lettre de P.\u00a0Lafargue \u00e0 K.\u00a0Kautsky, 29\u00a0janvier 1895, cit\u00e9e par Christophe Prochasson dans sa th\u00e8se <em>Place et r\u00f4le des intellectuels dans le mouvement socialiste fran\u00e7ais 1900-1920<\/em>, Universit\u00e9 de Paris I, 1989, p.\u00a065-66.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn32\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn32\">32<\/a> \u00a0Lettre de L.\u00a0Lafargue \u00e0 sa s\u0153ur Eleanor, 1<sup>er<\/sup>\u00a0septembre 1896, dans <em>Les Filles de K.\u00a0Marx. Lettres in\u00e9dites<\/em>. Pr\u00e9sentation de Olga Meier, Paris, Albin Michel, 1979, p.\u00a0344.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn33\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn33\">33<\/a> \u00a0Jean Maitron, \u00ab\u00a0Le groupe des ESRI\u2026\u00a0\u00bb, <em>op. cit<\/em>., p.\u00a016, 22.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn34\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn34\">34<\/a> \u00a0Marcel Fournier, <em>Marcel Mauss<\/em>, Paris, Fayard, 1994, p.\u00a067 et\u00a074.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn35\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn35\">35<\/a> \u00a0La maison a obtenu une m\u00e9daille d\u2019argent \u00e0 l\u2019Exposition universelle \u00ab\u00a0pour ses publications juridiques, \u00e9conomiques et sociologiques\u00a0\u00bb, <em>Revue internationale de sociologie<\/em>, juillet-ao\u00fbt\u00a01900, p.\u00a0687.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn36\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn36\">36<\/a> \u00a0Voir <em>Charles-Ferdinand Reinwald (1812-1891). Discours prononc\u00e9s aux obs\u00e8ques de C.\u00a0Reinwald le 26\u00a0f\u00e9vrier 1891<\/em>, Imprimerie Paul Schmit, p.\u00a012 et\u00a016.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn37\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn37\">37<\/a> \u00a0Voir Librairie C.\u00a0Reinwald. Schleicher fr\u00e8res \u00e9diteur, <em>Catalogue g\u00e9n\u00e9ral illustr\u00e9<\/em>, janvier\u00a01900 (BNF).<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn38\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn38\">38<\/a> \u00a0Jacques Julliard, <em>Fernand Pelloutier et les origines du syndicalisme d\u2019action directe<\/em>, Paris, Points-Seuil, 1971, p.\u00a058, 92, 139.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn39\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn39\">39<\/a> \u00a0L\u2019essentiel de la pr\u00e9face de 1859 a \u00e9t\u00e9 reproduit par A.\u00a0Labriola dans ses <em>Essais sur la conception mat\u00e9rialiste de l\u2019histoire<\/em> en 1897. Mais ces pages n\u2019avaient pas retenu alors l\u2019attention des commentateurs. La situation est diff\u00e9rente en 1899, car Bernstein critique fortement le texte de Marx, que Kautsky d\u00e9fend. Le d\u00e9bat, comment\u00e9 notamment par Sorel en 1900, contribue \u00e0 faire conna\u00eetre la pr\u00e9face en France.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn40\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn40\">40<\/a> \u00a0Jean Maitron, \u00ab\u00a0Le groupe des ESRI\u2026\u00a0\u00bb, <em>op. cit.<\/em>, p.\u00a019. Voir aussi la notice consacr\u00e9e \u00e0 L.\u00a0R\u00e9my dans le <em>Dictionnaire<\/em> Maitron, t.\u00a0XV, p.\u00a023-24.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn41\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn41\">41<\/a> \u00a0<em>Le Socialiste<\/em>, 10\u00a0juin 1900. La pol\u00e9mique se poursuit dans <em>La Petite R\u00e9publique<\/em> qui publie la r\u00e9ponse de R\u00e9my (17\u00a0juin) ainsi que des interventions de Lagardelle et P\u00e9guy (15 et 18\u00a0juin). Voir la th\u00e8se de Marie-Louise Goergen, <em>Les Relations entre socialistes allemands et fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la Deuxi\u00e8me Internationale (1889-1914)<\/em>, Universit\u00e9 de Paris VIII, 1998, p.\u00a0173.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn42\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn42\">42<\/a> \u00a0On notera, pourtant, que le volume ne reproduit pas l\u2019<em>Adresse du Conseil central \u00e0 la Ligue<\/em> de mars\u00a01850, qu\u2019Engels avait plac\u00e9e en annexe de sa pr\u00e9face. Or ce texte, qui pr\u00f4ne une tactique de \u00ab\u00a0r\u00e9volution permanente\u00a0\u00bb, est le plus constamment d\u00e9nonc\u00e9 par Bernstein.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn43\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn43\">43<\/a> \u00a0G\u00e9raldi Leroy, \u00ab\u00a0Bellais (Librairie)\u00a0\u00bb, dans Jacques Julliard et Michel Winock (dir.), <em>Dictionnaire des intellectuels fran\u00e7ais<\/em>, Paris, Le Seuil, 1996, p.\u00a0132-133.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn44\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn44\">44<\/a> \u00a0Christophe Prochasson, \u00ab\u00a0Sur la r\u00e9ception du marxisme en France\u00a0: le cas Andler (1890-1920)\u00a0\u00bb, dans <em>Revue de synth\u00e8se<\/em>, janvier-mars\u00a01989, p.\u00a098.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn45\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn45\">45<\/a> \u00a0Nous soulignons.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn46\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn46\">46<\/a> \u00a0Deux catalogues sont conserv\u00e9s \u00e0 la BNF\u00a0: un <em>catalogue (provisoire)<\/em> dat\u00e9 de mai\u00a01901, et la <em>Bibliographie g\u00e9n\u00e9rale des \u00e9ditions de la Librairie G.\u00a0Jacques et C<\/em><em><sup>ie<\/sup><\/em><sup>, <\/sup>sans doute de 1902, et comportant une importante lettre de Sorel \u00e0 l\u2019\u00e9diteur.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn47\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn47\">47<\/a> \u00a0K.\u00a0Marx, <em>La Commune de Paris<\/em>, Lib. G.\u00a0Jacques, 1901, pr\u00e9face de Ch. Longuet, p.\u00a0VI.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn48\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn48\">48<\/a> \u00a0<em>Bibliographie g\u00e9n\u00e9rale\u2026, op. cit.<\/em>, p.\u00a018.<\/p>\n<p class=\"notebaspage\" dir=\"ltr\"><a id=\"ftn49\" class=\"FootnoteSymbol\" href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/chrhc\/2227#bodyftn49\">49<\/a> \u00a0K.\u00a0Marx, <em>Critique du programme de Gotha<\/em>, introduction et appareil critique par Sonia Dayan-Herzbrun et Jean-Numa Ducange, Les \u00c9ditions sociales GEME, 2008, introduction, p.\u00a031.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article paru dans les Cahiers d\u2019histoire. Revue d\u2019histoire critique, 114\u00a0|\u00a02011, 20-37. Qui sont les premiers \u00e9diteurs des traductions fran\u00e7aises de Marx et Engels\u00a0? 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