{"id":2429,"date":"2022-01-22T12:42:42","date_gmt":"2022-01-22T11:42:42","guid":{"rendered":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/?p=2429"},"modified":"2022-01-23T11:03:39","modified_gmt":"2022-01-23T10:03:39","slug":"recension-marx-dead-and-alive-reading-capital-in-precarious-times-andy-merrifield-monthly-review-press-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/?p=2429","title":{"rendered":"Recension\u00a0: Marx, Dead and Alive. Reading Capital in Precarious Times, Andy Merrifield, Monthly Review Press, 2020"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\"><img decoding=\"async\" class=\"n3VNCb alignleft\" src=\"https:\/\/images-na.ssl-images-amazon.com\/images\/I\/51Cc5LA5qGL._SX311_BO1,204,203,200_.jpg\" alt=\"Marx, Dead and Alive: Reading Capital in Precarious Times - Merrifield, Andy - Livres - Amazon.fr\" data-noaft=\"1\" \/>Ce livre se pr\u00e9sente comme un essai litt\u00e9raire, le t\u00e9moignage de la rencontre entre un homme, Marx et le monde qui nous entoure. L&rsquo;auteur nous raconte sa nouvelle rencontre avec le <i>Capital<\/i>, et nous plonge simultan\u00e9ment dans les conditions de son \u00e9criture. L&rsquo;alternance qui se trouve dans le titre entre mort et vivant est structurante, le regard se pose successivement sur la tombe de Marx et sa vie. A l&rsquo;aide de comparaison avec des auteurs contemporains de Marx comme Gogol ou Dickens, il donne une profondeur litt\u00e9raire et vivante \u00e0 ce qui parfois peut avoir l&rsquo;aspect d&rsquo;une description froide et abstraite du fonctionnement du capitalisme. En mettant par exemple en parall\u00e8le les propos de Marx sur l&rsquo;habit (exemple utilis\u00e9 dans le <i>Capital<\/i> pour d\u00e9velopper la forme-valeur) et les habits qu&rsquo;il portait effectivement, il fait s&rsquo;immiscer une autre dimension : celle de la corpor\u00e9it\u00e9 brute subissant la mis\u00e8re de plein fouet. <\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><!--more--><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">On suit donc les parall\u00e8les que dresse Andy Merrifield tout du long de sa lecture, observant des temps pr\u00e9caires actuels si proches de ceux de Marx. La mise en avant de cette proximit\u00e9 de situation, sans pour autant effacer les particularit\u00e9s du Londres de Marx, permet de souligner un aspect important\u00a0: il n&rsquo;y a pas eu depuis le 19e si\u00e8cle de r\u00e9volution aussi profonde que certains voudraient nous le faire croire, nous sommes dans la modernit\u00e9, et donc, dans des temps pr\u00e9caires. Ou comme l&rsquo;auteur le souligne au sujet du chapitre 25 du <i>Capital<\/i>\u00a0: \u00ab\u00a0On of the reasons I like to affirm chapter 25 isn&rsquo;t only because it explains the working conditions of the world&rsquo;s peoples today\u00a0: it also explains the conditions of our whole existences\u00a0\u00bb\u00a0<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a>.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">L&rsquo;auteur r\u00e9affirme ainsi r\u00e9guli\u00e8rement l&rsquo;actualit\u00e9 de l&rsquo;oeuvre ma\u00eetresse de Marx, en rappelant les conditions d&rsquo;exploitation aujourd&rsquo;hui dans les immenses usines notamment en Asie. Il rend ainsi palpable le caract\u00e8re insupportable de ces conditions de travail, prenant le temps de les d\u00e9crire tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment, et parfois \u00e0 renfort de chiffres bienvenus. Ainsi, l&rsquo;absence de limite au temps de travail et les \u00e9puisements physiques des travailleuses et travailleurs sont ancr\u00e9s pr\u00e9cis\u00e9ment dans une r\u00e9alit\u00e9 proche de nous. <\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">On voit alternativement la tombe de Marx d\u00e9grad\u00e9e et l&rsquo;auteur du <i>Capital<\/i> se rendant quotidiennement dans la biblioth\u00e8que du British Museum o\u00f9 il n&rsquo;y a pas encore l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, pas d&rsquo;autre \u00e9clairage que la seule lumi\u00e8re ext\u00e9rieure. Andy Merrifield permet donc de r\u00e9ellement \u00eatre assis aux c\u00f4t\u00e9s de Marx, de marcher avec lui dans la foule londonnienne, de saisir l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 de cette vie qu&rsquo;il m\u00e8ne, ce qu&rsquo;il fait, ce qu&rsquo;il voit, ceux qu&rsquo;il rencontre. C&rsquo;est bien souvent le r\u00e9cit d&rsquo;un homme \u00e0 la recherche d&rsquo;un contact presque magique avec Marx, s&rsquo;asseyant aux m\u00eames endroits, cherchant \u00e0 sentir la vibration \u2013\u00a0\u00ab\u00a0to feel the vibes\u00a0\u00bb\u00a0\u2013 sans pourtant y parvenir \u2013\u00a0\u00ab\u00a0usually there wasn&rsquo;t any vibe\u00a0\u00bb\u00a0<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a>.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Andy Merrifield se penche sur les derni\u00e8res parutions en anglais de textes de Marx, \u00e0 l&rsquo;instar des <i>Manuscrits \u00e9conomiques de 1864-1865<\/i>, mais aussi sur les d\u00e9bats qui ont eu lieu autour de la notion de lumpenproletariat, si probl\u00e9matique chez Marx, ce qui lui donne l&rsquo;occasion de revenir sur les contributions importantes, comme celle de Frantz Fanon ou de Bobby Seale des Black Panthers\u00a0<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>. Nous trouvons aussi ses r\u00e9flexions sur la repr\u00e9sentation du prol\u00e9tariat chez Balzac, ou Dosto\u00efevski.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">On regrettera cependant des usages tr\u00e8s superficiels des textes de Marx, suivant par exemple la lecture classique du f\u00e9tichisme comme un voile pos\u00e9 qui emp\u00eache de voir (il le compare au <i>fog<\/i> qui s&rsquo;abat sur Londres, d\u00e9crit par Dickens) et qui serait \u00ab\u00a0mystique\u00a0\u00bb\u00a0<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a> (alors que c&rsquo;est le concept de marchandise qui semble l&rsquo;\u00eatre apr\u00e8s l&rsquo;avoir analys\u00e9). On trouve l&rsquo;id\u00e9e que Marx voudrait s&rsquo;en prendre \u00e0 l&rsquo;ensemble de la \u00ab\u00a0mafia capitaliste\u00a0\u00bb\u00a0<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a>, ce qui est contradictoire avec la notion de \u00ab\u00a0personnification de cat\u00e9gories \u00e9conomiques\u00a0\u00bb, que l&rsquo;auteur cite par ailleurs lui-m\u00eame. On trouve r\u00e9p\u00e9t\u00e9e l&rsquo;id\u00e9e que la sp\u00e9cificit\u00e9 du capitalisme serait une g\u00e9n\u00e9ralisation d&rsquo;une \u00ab\u00a0manie\u00a0\u00bb d&rsquo;accumulation de l&rsquo;argent, que les capitalistes en seraient m\u00eame \u00ab\u00a0malades\u00a0\u00bb\u00a0<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a>, montrant une lecture tr\u00e8s superficielle du concept de \u00ab\u00a0monnaie\u00a0\u00bb chez Marx, et une psychiatrisation des personnification de cat\u00e9gories. Dans cette m\u00eame veine, l&rsquo;utilisation du terme \u00ab\u00a0dialectique\u00a0\u00bb de mani\u00e8re magique montre un certain rapport classique au marxisme et au texte marxien\u00a0<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a>. <\/span><\/p>\n<div style=\"width: 459px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"n3VNCb\" src=\"https:\/\/www.history.com\/.image\/t_share\/MTU3ODc4Njg5NjgxMDU3NTAz\/hith-london-fog-84276722-2.jpg\" alt=\"The Great Smog of 1952 - HISTORY\" width=\"449\" height=\"294\" data-noaft=\"1\" \/><p class=\"wp-caption-text\">Fog on London &#8211; The Great Smog of 1952<\/p><\/div>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Enfin, \u00e0 partir d&rsquo;une discussion sur L\u00e9nine et son pamphlet <i>Que faire\u00a0?<\/i>, l&rsquo;auteur r\u00e9affirme la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une organisation verticale avec une \u00ab\u00a0t\u00eate froide\u00a0\u00bb qui planifie, discipline et organise le mouvement r\u00e9volutionnaire comme une arm\u00e9e\u00a0<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\"><sup>8<\/sup><\/a>. L&rsquo;auteur r\u00e9it\u00e8re que l\u2019avant-garde est n\u00e9cessaire et que sa fonction est de d\u00e9mystifier l&rsquo;id\u00e9ologie qui embrume constamment les gens, \u00ab\u00a0d&rsquo;aller vers les gens\u00a0\u00bb\u00a0<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\"><sup>9<\/sup><\/a>. Le livre se finit donc sur un \u00e9cueil suivi d&rsquo;une litanie, celle d&rsquo;un homme d\u00e9\u00e7u par ses contemporains qui se laissent berner, qui ont l&rsquo;air de ne pas vouloir penser et d&rsquo;avaler sans cesse des couleuvres. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;on voit parfois le monde en lisant le <i>Capital<\/i> sans saisir qu&rsquo;en fait, Marx ne nous dit pas que les gens ne pensent plus, mais qu&rsquo;ils ont bel et bien l&rsquo;impression de penser et d&rsquo;agir par eux-m\u00eames. L&rsquo;astuce, c&rsquo;est qu&rsquo;ils agissent et pensent dans le cadre de cat\u00e9gories et de comportements <i>f\u00e9tichis\u00e9s<\/i>, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui sont objectivement valides et efficients, qui donnent l&rsquo;impression d&rsquo;agir, de comprendre et de penser. Si l&rsquo;\u00e9criture litt\u00e9raire rend donc vivants les acteurs du <i>Capital<\/i> et son auteur, c&rsquo;est au d\u00e9triment d&rsquo;une certaine rigueur dans l&rsquo;approche des textes. Mais les travers de lecture de l&rsquo;auteur sont en fait ceux qui sont typiques de l&rsquo;histoire de la r\u00e9ception de ce texte dense.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: right\" align=\"justify\">I.J.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a>p.\u00a097<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a>p.55.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a>Voir p.\u00a0124-129.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a>p.\u00a032<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a> p.\u00a031.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a>p.\u00a037.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a>p.\u00a020, 23, 32,<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a>p.\u00a0155.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a>p.\u00a0157.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce livre se pr\u00e9sente comme un essai litt\u00e9raire, le t\u00e9moignage de la rencontre entre un homme, Marx et le monde qui nous entoure. 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