{"id":268,"date":"2019-08-07T22:22:34","date_gmt":"2019-08-07T21:22:34","guid":{"rendered":"https:\/\/dusansamuel.wordpress.com\/?p=268"},"modified":"2019-08-07T22:22:34","modified_gmt":"2019-08-07T21:22:34","slug":"notes-de-lecture-bruno-astarian-labolition-de-la-valeur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/?p=268","title":{"rendered":"Notes de lecture: Bruno Astarian, L&rsquo;Abolition de la valeur"},"content":{"rendered":"<h1 align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\"><b><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-898 alignleft\" src=\"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/files\/2019\/10\/arton53-200x300.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/files\/2019\/10\/arton53-200x300.jpg 200w, https:\/\/liremarx.noblogs.org\/files\/2019\/10\/arton53.jpg 667w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/>L&rsquo;Abolition de la valeur\u00a0: La richesse appara\u00eet comme un immense amas de <i>produits<\/i><\/b><\/span><\/h1>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Il s&rsquo;agit pour l&rsquo;auteur d&rsquo;affirmer que l&rsquo;abolition de la valeur est simultan\u00e9ment abolition du travail, ce que Marx ne concevait pas ainsi, car pour ce dernier, le travail n&rsquo;allait pas \u00eatre bien diff\u00e9rent sous le capitalisme et sous le socialisme. <\/span><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">La th\u00e9orie de l&rsquo;abolition de la valeur est \u00ab\u00a0une th\u00e9orie de la forme-valeur en tant que compr\u00e9hension de la logique du capital, de sa trajectoire historique, et de ses contradictions\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a>. Par forme-valeur on entend le fait pour une marchandise de pouvoir porter une valeur. Sous sa forme simple, avec son air peu \u00e9nigmatique la forme valeur s&rsquo;exprime comme suit\u00a0: xA = yB. C&rsquo;est une facult\u00e9 insensible, invisible et pourtant qui n&rsquo;a rien de naturel\u00a0: l&rsquo;\u00e9changeabilit\u00e9. L&rsquo;\u00e9changeabilit\u00e9 n&rsquo;est possible que parce que ces marchandises-produits sont commensurables, qu&rsquo;elles sont en interaction entre elles en terme de quantit\u00e9s, sans \u00e9gard aux besoins, ni \u00e0 leur(s) qualit\u00e9(s). Elles peuvent donc devenir des m\u00e9diatrices des rapports humains. C&rsquo;est possible, mais ce n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire. Elles peuvent avoir d&rsquo;autres formes que la forme-valeur. Ce caract\u00e8re est social parce qu&rsquo;il est <i>aussi <\/i>m\u00e9diation de rapports sociaux. Et puis, maintenant, parce qu&rsquo;il tend \u00e0 en \u00eatre le seul. C&rsquo;est ceci qu&rsquo;on appelle la forme-valeur. <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><!--more--><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Il s&rsquo;agit pour Bruno Astarian de proposer un projet politique diff\u00e9rent du \u00ab\u00a0programme prol\u00e9tarien\u00a0\u00bb. Le programme prol\u00e9tarien se caract\u00e9rise par la mise en place d&rsquo;un ensemble de mesures visant \u00e0 rationaliser la production, partant de l&rsquo;id\u00e9e que son irrationalit\u00e9 est un \u00e9l\u00e9ment central du caract\u00e8re probl\u00e9matique de l&rsquo;\u00e9conomie capitaliste. L&rsquo;auteur part d&rsquo;une analyse du <i>Capital <\/i>de Marx qui souligne un travers ayant rendu possible, voire ayant limit\u00e9, la conception du socialisme \u00e0 celle du programme prol\u00e9tarien\u00a0: Marx se serait concentr\u00e9 sur la sph\u00e8re de l&rsquo;\u00e9change au d\u00e9triment de celle de la production. Par suite, Marx aurait assimil\u00e9 l&rsquo;abolition de la valeur \u00e0 la disparition du march\u00e9 et donc fait du socialisme une planification de l&rsquo;\u00e9conomie. Ceci serait sous-tendu par la conception rationaliste caract\u00e9ristique du contexte id\u00e9el de l&rsquo;\u00e9poque de Marx. Caract\u00e9risant les rapports marchands comme \u00e9tant en d\u00e9connexion avec les besoins r\u00e9els des hommes, leur rationalisation s&rsquo;impose comme un objectif pour Marx de telle sorte qu&rsquo;il \u00e9vincerait la sph\u00e8re de production comme espace <i>politique.<\/i> <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Or en se concentrant ainsi sur la sph\u00e8re de l&rsquo;\u00e9change, il y aurait en plus d&rsquo;une d\u00e9valuation de la nature politique de la sph\u00e8re de la production, par contre coup, une m\u00e9compr\u00e9hension de la mani\u00e8re dont la sph\u00e8re de l&rsquo;\u00e9change entre, s&rsquo;ins\u00e8re dans le processus de valorisation du capital. C&rsquo;est ce que propose de faire Bruno Astarian en soulignant par exemple, le danger que la sph\u00e8re de l&rsquo;\u00e9change repr\u00e9sente pour la valorisation du capital, plut\u00f4t un risque pour la survaleur. Parce que la valeur produite court surtout le risque dans sa mise en concurrence avec les autres marchandises sur le march\u00e9, de conna\u00eetre un r\u00e9ajustement par le bas, ou de rater le <i>salto mortale<\/i>. De plus, la sph\u00e8re financi\u00e8re rel\u00e8ve \u00e9galement de la sph\u00e8re de l&rsquo;\u00e9change, ce qui conf\u00e8re donc au proc\u00e8s de circulation de l&rsquo;argent une d\u00e9termination chronophage et repr\u00e9sentant un co\u00fbt (ceci Marx le montre, mais n&rsquo;insiste pas tant, puisqu&rsquo;il se concentre sur la m\u00e9tamorphose des marchandises). Ces caract\u00e9ristiques du proc\u00e8s d&rsquo;\u00e9change auraient \u00e9t\u00e9 sous-estim\u00e9es par Marx, impliquant surtout une r\u00e9duction de la focale quant \u00e0 l&rsquo;action politique possible. <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">C&rsquo;est ainsi que Bruno Astarian peut expliciter la nature r\u00e9volutionnaire du mouvement appel\u00e9 \u00ab\u00a0anti-travail\u00a0\u00bb tout autant que de la pratique du vol \u00e0 l&rsquo;\u00e9talage et du pillage de magasins. Il invite ainsi \u00e0 suivre l&rsquo;imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique suivant\u00a0: tout ce qui ampute le proc\u00e8s de circulation de la survaleur est r\u00e9volutionnaire puisque le capital est valeur se valorisant, dans ces pratiques, la valeur se d\u00e9valorise, le capital est ainsi gr\u00e9v\u00e9. <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Pour \u00eatre plus pr\u00e9cis encore, ce qui est v\u00e9ritablement r\u00e9volutionnaire, c&rsquo;est ce qui remet en cause la valeur comme forme sociale, il appelle ce ph\u00e9nom\u00e8ne la \u00ab\u00a0d\u00e9valoration\u00a0\u00bb, par distinction avec la d\u00e9valorisation qui n&rsquo;est, elle, que la mani\u00e8re dont s&rsquo;exprime dans le proc\u00e8s de valorisation la lutte de classes quotidienne.<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Bruno Astarian nous propose une r\u00e9\u00e9criture du <i>Capital. <\/i>En effet, en choisissant de partir de la marchandise montre que \u00ab\u00a0l&rsquo;analyse marxienne part du march\u00e9\u00a0\u00bb (p.). Pour lui, l&rsquo;approche de Marx dans le premier chapitre est \u00ab\u00a0repr\u00e9sentative de ce qu&rsquo;il pense de la valeur en g\u00e9n\u00e9ral, et surtout de son abolition par la planification de la production des \u00ab\u00a0travailleurs associ\u00e9s\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb (p.59). Si l&rsquo;on suit la conception de Bruno Astarian, il faut partir de la production, et donc nous avan\u00e7ons l&rsquo;hypoth\u00e8se qu&rsquo;il serait ainsi plus juste et plus clair aussi de parler de <i>produits <\/i>plut\u00f4t que de <i>marchandises<\/i>. <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Cette r\u00e9\u00e9criture du premier chapitre du <i>Capital <\/i>appara\u00eet au chapitre 3 de son livre <i>L&rsquo;Abolition de la valeur<\/i>, apr\u00e8s donc avoir pr\u00e9sent\u00e9 les variantes des th\u00e9ories de la valeur (chapitre 1), puis s&rsquo;\u00eatre concentr\u00e9 sur la th\u00e9orie de la valeur dans le premier chapitre du <i>Capital <\/i>(chapitre 2). <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Valeur d&rsquo;usage \u2013 utilit\u00e9<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Il appara\u00eet essentiel \u00e0 Bruno Astarian de distinguer entre valeur d&rsquo;usage et utilit\u00e9. Mais pourquoi\u00a0? Parce qu&rsquo;il lui appara\u00eet que \u00ab\u00a0Marx et Engels ont une vision plut\u00f4t naturaliste de la valeur d&rsquo;usage\u00a0\u00bb (p.60). Ceci est visible lorsque, lorsque Marx doit pr\u00e9ciser, apr\u00e8s avoir affirm\u00e9 que les prairies et un sol vierge peuvent \u00eatre des choses utiles \u00e0 l&rsquo;homme, avoir une valeur d&rsquo;usage sans avoir de valeur, que ces valeurs d&rsquo;usages doivent \u00eatre \u00ab\u00a0pour d&rsquo;autres, des valeurs d&rsquo;usage sociales\u00a0\u00bb (p.568). Ainsi, la valeur d&rsquo;usage dans les soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 r\u00e8gnent le mode de production capitaliste, est \u00ab\u00a0en m\u00eame temps\u00a0\u00bb support mat\u00e9riel de la valeur d&rsquo;\u00e9change (p. 562). A ces pr\u00e9cisions s&rsquo;ajoute la note d&rsquo;Engels \u00e0 la quatri\u00e8me \u00e9dition qui vient, <i>et l&rsquo;auteur le remarque \u00e9galement<\/i>, tout obscurcir, lorsque celui-l\u00e0 pr\u00e9cise qu&rsquo;au Moyen-Age, il y avait des imp\u00f4ts en nature, et donc des valeurs d&rsquo;usage pour d&rsquo;autres qui n&rsquo;\u00e9taient pas des marchandises. Voulant parfois bien faire, Engels vient compliquer le propos de Marx avec des remarques sans fondement historique. Bruno Astarian voit alors le texte abonder en son sens\u00a0: Marx et Engels avaient une vision naturaliste de la valeur d&rsquo;usage. <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Mais l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de son propos est d&rsquo;affirmer que cette valeur d&rsquo;usage dans la marchandise est \u00ab\u00a0une cat\u00e9gorie pleinement sociale, qui ne doit rien \u00e0 la nature, et qu&rsquo;il faut distinguer la valeur d&rsquo;usage de l&rsquo;utilit\u00e9 de la chose\u00a0\u00bb (p.60).<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\"><b>Une conception naturaliste de la substance de la valeur. <\/b><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">En plus de cela, Marx aurait une \u00ab\u00a0vision essentiellement naturaliste de la substance de la valeur\u00a0\u00bb en ce que Marx introduit la notion de travail abstrait, ce travail de la soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re, apr\u00e8s coup, apr\u00e8s avoir identifi\u00e9 la substance de la valeur comme \u00e9tant \u00ab\u00a0d\u00e9pense de force humaine\u00a0\u00bb, au sens strictement physiologique. Cette r\u00e9duction de la substance de la valeur au physiologique est ce qui provoque la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9affirmer son caract\u00e8re social, mais un caract\u00e8re social qui n&rsquo;est acquis qu&rsquo;au moment de l&rsquo;\u00e9change, au moment o\u00f9 la valeur se mesure, quand la marchandise mesure la quantit\u00e9 de valeur qu&rsquo;elle contient par rapport \u00e0 l&rsquo;ensemble des marchandises produites. Le travail alors compar\u00e9 dans ces marchandises doit \u00eatre distingu\u00e9 de l&rsquo;activit\u00e9 r\u00e9elle, et donc, Marx doit introduire la notion de travail abstrait.<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Ainsi, Bruno Astarian nous montre assez ais\u00e9ment dans quelle mesure Marx s&rsquo;est retrouv\u00e9 forc\u00e9 de faire des montages conceptuels bancals\u00a0: en raison de sa conception profond\u00e9ment naturaliste, de la valeur et sa substance. Ne pouvant pas s&rsquo;en d\u00e9tacher compl\u00e8tement, coexistent en m\u00eame temps le naturel et le social\u00a0: autrement dit, la nature bifide de la marchandise n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que la nature bifide de la conception marxienne de la valeur, mi-naturaliste, mi-sociale. Or, pour Bruno Astarian, il faut absolument reconna\u00eetre la nature social du proc\u00e8s de production, <i>le social n&rsquo;est pas r\u00e9serv\u00e9 au moment de l&rsquo;\u00e9change<\/i>. S&rsquo;il est r\u00e9serv\u00e9 au moment de l&rsquo;\u00e9change, comme le sous tend l&rsquo;unifmisation des valeurs sur le march\u00e9, alors on ne peut pas concevoir le socialisme autrement que comme une r\u00e9volution s&rsquo;op\u00e9rant au niveau du march\u00e9, par un programme de rationalisation des \u00e9changes. <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Le d\u00e9veloppement suit deux voies distinctes\u00a0: <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Marx\u00a0: Marchandise \u2013 valeur d&rsquo;usage \u2013 valeur d&rsquo;\u00e9change \u2013 produit du travail abstrait \u2013 travail concret\/abstrait \u2013 forme valeur simple\/relative\/\u00e9quivalent\/totale\/g\u00e9n\u00e9rale\/universelle \u2013 forme-monnaie \u2013 f\u00e9tiche \u2013 <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Astarian\u00a0: Activit\u00e9 continue\/utilit\u00e9 relative \u2013 irrationalit\u00e9 du mode de production capitaliste \u2013 l&rsquo;utilit\u00e9 n&rsquo;est pas la fin \u2013 la jouissance n&rsquo;est pas la fin \u2013 conditions de l&rsquo;\u00e9changeabilit\u00e9 (valeur d&rsquo;usage, travail d\u00e9pens\u00e9 socialement utile, ou l\u00e9gitimation dans division sociale du travail) \u2013 Division sociale du travail \u2013 multiplication et interd\u00e9pendance des m\u00e9tiers \u2013 producteurs priv\u00e9s ind\u00e9pendants \u2013 <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">On voit clairement se dessiner dans le tableau de comparaison de l&rsquo;argumentation de Bruno Astarian avec celle marxienne que le fil conducteur de son analyse est le <i>telos <\/i>de la production, ce qui l&rsquo;explique, ce qui la justifie. Ce par quoi on peut rendre raison de son fonctionnement quand on l&rsquo;observe, et en particulier quand on l&rsquo;observe pleinement d\u00e9velopp\u00e9e, diff\u00e9rence notoire qu&rsquo;il remarque avec la p\u00e9riode \u00e0 laquelle Marx \u00e9crit, et qu&rsquo;il identifie comme nous rendant plus ais\u00e9ment visible le proc\u00e8s d&rsquo;autovalorisation qu&rsquo;est le capital. Critique mainte fois d\u00e9j\u00e0 faite et plut\u00f4t malhonn\u00eate, que Marx n&rsquo;aurait pas bien compris comment cela fonctionnait, puisqu&rsquo;il n&rsquo;en avait que les embryons sous les yeux. Ceci est faux, il a d\u00e9gag\u00e9 des tendances g\u00e9n\u00e9rales du capitalisme, et ces tendances g\u00e9n\u00e9rales, ce sont av\u00e9r\u00e9es justes mais \u00e0 ajuster bien entendu<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a>. <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Suivant ce chemin t\u00e9l\u00e9ologique, on d\u00e9couvre alors imm\u00e9diatement que ce n&rsquo;est pas pour satisfaire les besoins ou encore la production que s&rsquo;explique la production (niveau 1). Nous retrouvons une correspondance avec le niveau 1 d&rsquo;analyse du chapitre 1 du <i>Capital <\/i>o\u00f9 il est explicit\u00e9 l&rsquo;indiff\u00e9rence \u00e0 la nature des besoins que la marchandise satisfait. Mais seul ce parall\u00e8le existe, puisqu&rsquo;en effet, l&rsquo;exposition propos\u00e9e par Bruno Astarian repose sur de nombreux pr\u00e9suppos\u00e9s, alors que celle de Marx part de la marchandise uniquement (et de la pr\u00e9face du <i>Capital<\/i>), et c&rsquo;est une chose qu&rsquo;on ne conna\u00eet pas encore autrement qu&rsquo;elle ne nous est donn\u00e9e dans \u00ab\u00a0l&rsquo;intuition\u00a0\u00bb. <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">L&rsquo;analyse ensuite diff\u00e8re, puisque Bruno Astarian se trouve r\u00e9solument pris dans une perspective t\u00e9l\u00e9ologique, alors que Marx essaie de comprendre <i>ce qu&rsquo;est la marchandise<\/i>, l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment le plus petit, apparemment le plus simple, de l&rsquo;\u00e9conomie. Selon Bruno Astarian, on serait alors tent\u00e9 d&rsquo;affirmer que ce mode de production se justifie par lui-m\u00eame (qu&rsquo;on produit pour produire), autrement dit, qu&rsquo;il tourne en rond, qu&rsquo;il ne s&rsquo;explique pas. Ceci pourrait sembler coh\u00e9rent avec l&rsquo;id\u00e9e directrice du d\u00e9veloppement de Bruno Astarian\u00a0: \u00ab\u00a0notre point de d\u00e9part sera la production capitaliste reposant sur ses propres bases\u00a0\u00bb (p.106). <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Mais il n&rsquo;en est rien, puisque l&rsquo;auteur poursuit en pr\u00e9cisant \u00ab\u00a0C&rsquo;est vrai en premi\u00e8re analyse.\u00a0\u00bb (p.107). Cela signifie qu&rsquo;\u00e0 un certain niveau d&rsquo;analyse, cette affirmation est conforme \u00e0 ce qui est d\u00e9crit, mais ce niveau est le <i>premier<\/i>, donc il n&rsquo;est pas ultime. On pourrait affirmer qu&rsquo;on se trouve alors au niveau de l&rsquo;apparence au sens o\u00f9 elle est trompeuse<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>. Nous passons donc \u00e0 un deuxi\u00e8me niveau d&rsquo;analyse\u00a0: Ce qui explique qu&rsquo;une marchandise existe, ce n&rsquo;est pas la satisfaction qu&rsquo;en aura le capitaliste lui-m\u00eame\u00a0: seule la rentabilit\u00e9 explique qu&rsquo;une marchandise vienne \u00e0 la vie (niveau 2). <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Bruno Astarian pr\u00e9cise ensuite ce qui soutient l&rsquo;id\u00e9e selon laquelle la production de marchandises n&rsquo;est ni destin\u00e9e \u00e0 la consommation des patrons (devant r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9ratif d&rsquo;autovalorisation du capital comme les prol\u00e9taires et ainsi r\u00e9investir le maximum de leur revenu), ni \u00e0 celle des travailleurs (l&rsquo;utilisant pour rester des travailleurs dans le d\u00e9nuement). Il s&rsquo;agit pour Bruno Astarian, comme pour Marx d&rsquo;ailleurs, de construire un discours tout en critiquant des th\u00e9ories \u00e9conomiques pr\u00e9existantes\u00a0: Bruno Astarian r\u00e9fute par ces premiers d\u00e9veloppements l&rsquo;id\u00e9e que \u00ab\u00a0la consommation est le but de la production&#8230;[id\u00e9e] courante chez les \u00e9conomistes\u00a0\u00bb (p.107). <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">On en arrive donc \u00e0 la d\u00e9termination du <i>telos <\/i>de la production capitaliste\u00a0: la recherche permanente de la productivit\u00e9. Cette recherche se traduit par la mise en \u0153uvre de <i>moyens <\/i>afin de la servir au mieux\u00a0: la normalisation. <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Il \u00e9rige ces deux d\u00e9terminations, recherche de productivit\u00e9 et normalisation, en <i>conditions n\u00e9cessaires et suffisantes <\/i>de l&rsquo;\u00e9changeabilit\u00e9. <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">La r\u00e9sistance au processus de normalisation se traduit par ce que Bruno Astarian identifie comme \u00ab\u00a0les luttes significatives de son \u00e9poque\u00a0\u00bb, celles de r\u00e9sistance du prol\u00e9tariat \u00e0 son identit\u00e9 de <i>classe du travail<\/i> (p.105). <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Les conditions n\u00e9cessaires de l&rsquo;\u00e9changeabilit\u00e9 dans le <i>Capital <\/i>sont 1)que la marchandise soit une valeur d&rsquo;usage pour l&rsquo;acheteur, 2)que le travail en elle l&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 sous forme socialement utile, ou qu&rsquo;il soit l\u00e9gitim\u00e9 comme branche de la division sociale du travail. <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\"><b>Niveau 1\u00a0: L&rsquo;apparence du <i>telos <\/i>de la production<\/b><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">\u00ab\u00a0\u2026 la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste appara\u00eet comme une fourmili\u00e8re travaillant sans r\u00e9pit \u00e0 produire des biens qui sont d&rsquo;une utilit\u00e9 relative pour les consommateurs. (106)\u00a0\u00bb.<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">\u00ab\u00a0&#8230;Il est inutile d&rsquo;insister sur l&rsquo;absurdit\u00e9, sur l&rsquo;apparente irrationalit\u00e9 du mode de production capitaliste. On dit souvent que celui-ci se caract\u00e9rise comme production pour la production. C&rsquo;est vrai en premi\u00e8re analyse.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\"><b>Le <i>telos<\/i> de la production du point de vue des marchandises produites (Niveau 1)<\/b><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">\u00ab\u00a0Il faut bien s\u00fbr que les marchandises produites trouvent un usage, soit dans la production soit dans la consommation finale, mais il est \u00e9vident que si la satisfaction des besoins des gens \u00e9tait l&rsquo;objectif de la production on pourrait parvenir \u00e0 ce r\u00e9sultat de fa\u00e7on beaucoup plus simple, beaucoup moins fatigante et beaucoup moins destructrice.\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a> (107)<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\"><b><i>Telos<\/i> de la production du point de vue d&rsquo;un objet\u00a0: rentabilit\u00e9 (Niveau 2)<\/b><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">\u00ab\u00a0En effet, ce qui appara\u00eet comme production pour la production se comprend en r\u00e9alit\u00e9 comme recherche du profit<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a>. Dans le mode de production capitaliste, rien ne justifie la production d&rsquo;un objet quelconque si ce n&rsquo;est la rentabilit\u00e9 de cette production.[&#8230;] Le confort et les fastes dela vie des capitalistes ne sont qu&rsquo;un \u00e0-c\u00f4t\u00e9 de leur vraie richesse, et pas le but de leurs efforts. Leur vraie richesse c&rsquo;est la valeur de leur capital, qu&rsquo;ils doivent toujours faire accro\u00eetre en faisant travailler leur main d&rsquo;oeuvre. \u00a0\u00bb (107)<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\"><b>D\u00e9finition de la richesse (niveau 1) et de l&rsquo;objet de la recherche<\/b><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">&#8230;Quoi qu&rsquo;il en soit et au final, que l&rsquo;on consid\u00e8re l&rsquo;une ou l&rsquo;autre classe, le travail des producteurs appara\u00eet alors comme une activit\u00e9 qui produit une richesse immense qui sert peu, et mal, \u00e0 pas grand monde. On appelle cette richesse la valeur. Tel est l&rsquo;objet de nos investigations dans le pr\u00e9sent chapitre. (107-108)<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\"><b>Le <i>telos<\/i> de la production d&rsquo;un point de vue de la soci\u00e9t\u00e9<\/b><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">&#8230;On y trouve [dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste d\u00e9velopp\u00e9e] de nombreuses cat\u00e9gories sociales diff\u00e9rentes, des m\u00e9tiers plus ou moins bien pay\u00e9s, des ch\u00f4meurs et des actifs, des cadres et des techniciens, etc. Mais pour notre analyse il suffira de dire que la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste est compos\u00e9e de deux classes\u00a0: les capitalistes, qui poss\u00e8dent les moyens de production et organisent le travail qui valorise leur capital, et le prol\u00e9tariat, qui travaille sous la contrainte du d\u00e9nuement o\u00f9 il se trouve en raison du monopole de la propri\u00e9t\u00e9 capitaliste sur les moyens de travail. Telle est la logique du mode de production capitaliste\u00a0: les prol\u00e9taires travaillent sans cesse pour ne toucher qu&rsquo;un minimum qui le permet juste de continuer \u00e0 travailler, tandis que les capitalistes, anxieux de survivre dans la jungle concurrentielle, accumulent sous forme de capital la richesse qu&rsquo;ils retirent de l&rsquo;exploitation des travailleurs sans en jouir vraiment, car il faut que cette richesse retourne sans cesse \u00e0 la production de nouvelles richesses. (108)<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\"><b>D\u00e9finition de la richesse (Niveau 2)<\/b><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Dans notre mod\u00e8le simplifi\u00e9, donc, capitalistes et prol\u00e9taires, chacun \u00e0 leur niveau, vivent sans jouir de la richesse qu&rsquo;ils produisent parce que cette richesse se d\u00e9finit comme valeur \u00e0 valoriser. (108) [\u2026] la production capitaliste est fondamentalement production de moyens de production et de subsistance. (110)<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\"><b>Condition d&rsquo;\u00e9changeabilit\u00e9 de la marchandise\u00a0: VU<\/b><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">&#8230;pour qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9change contre l&rsquo;argent, \u00ab\u00a0il faut avant tout que la marchandise soit valeur d&rsquo;usage pour l&rsquo;acheteur, que le travail d\u00e9pens\u00e9 en elle l&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 sous une forme socialement utile ou qu&rsquo;il soit l\u00e9gitim\u00e9 comme branche de la division sociale du travail. [\u2026] <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\"><b>Le travail \u00e9tant une marchandise, les m\u00e9tiers se diversifient<\/b><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Entrelac\u00e9, hier encore, dans les nombreuses fonctions dont se compose un seul m\u00e9tier, un travail parcellaire peut aujourd&rsquo;hui se d\u00e9tacher de cet ensemble, s&rsquo;isoler et envoyer au march\u00e9 son produit partiel \u00e0 titre de marchandise compl\u00e8te [&#8230;]\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a>&#8230; Un m\u00e9tier unique se scinde en deux m\u00e9tiers s\u00e9par\u00e9s, chacun proposant maintenant comme une marchandise de plein droit ce qui pourrait appara\u00eetre comme un produit partiel par rapport au produit ancien du m\u00e9tier unique. De la m\u00eame fa\u00e7on, le capital de la soci\u00e9t\u00e9 toute enti\u00e8re produit sans cesse des rejetons, des capitaux nouveaux qui proposent au march\u00e9 des marchandises partielles correspondant \u00e0 des sous-ensembles de ce qui \u00e9tait auparavant produit par un seul capital, ou des marchandises nouvelles correspondant \u00e0 des besoins nouveaux. <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">La production capitaliste ne s&rsquo;est pas d\u00e9velopp\u00e9e comme accroissement homoth\u00e9tique de quelques capitaux historiques qui auraient pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 la naissance du mode de production capitaliste, mais comme multiplication de capitaux nouveaux, comme division sans cesse renouvel\u00e9e de la propri\u00e9t\u00e9 capitaliste. C&rsquo;est de cette fa\u00e7on que, pourrait-on dire, sont n\u00e9s et naissent chaque jour les \u00ab\u00a0producteurs priv\u00e9s ind\u00e9pendants\u00a0\u00bb&#8230; (110)<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">La substance de la valeur n&rsquo;est pas qu&rsquo;une d\u00e9pense de force humaine au sens physiologique.<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Incoh\u00e9rences\u00a0: <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Pour fonder la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9\u00e9crire le d\u00e9but du <i>Capital, <\/i>Bruno Astarian suit la lecture de Roubine qui voit dans le d\u00e9but du <i>Capital <\/i>la description d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9capitaliste\u00a0: p. 106, \u00ab\u00a0Marx place son analyse dans une soci\u00e9t\u00e9 ind\u00e9termin\u00e9e&#8230; nous partons d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 bien d\u00e9termin\u00e9e.\u00a0\u00bb (108)<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\"><span style=\"font-size: large\"><b>Critique du programme prol\u00e9tarien<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Pour Bruno Astarian, Marx con\u00e7oit le d\u00e9passement du capitalisme comme abolition du march\u00e9. C&rsquo;est pourquoi il commencerait son analyse par la marchandise. Or il serait plus appropri\u00e9 de commencer par la production. C&rsquo;est en partant de ces constats que Bruno Astarian propose une autre voie que celle du programme prol\u00e9tarien, la planification, telle qu&rsquo;elle est formul\u00e9e dans le <i>Manifeste Communiste<\/i> ou dans la <i>Critique du programme de Gotha <\/i>et dont t\u00e9moigne, d&rsquo;un point de vue th\u00e9orique, la mise en avant de la marchandise au d\u00e9but du <i>Capital.<\/i> Cela lui permet de d\u00e9passer la notion de travail abstrait, et de montrer dans quelle mesure l&rsquo;\u00e9changeabilit\u00e9 provoque bel et bien un changement concret de l&rsquo;activit\u00e9 productive. La th\u00e8se de l&rsquo;auteur, c&rsquo;est qu&rsquo;en ne commen\u00e7ant pas par la sph\u00e8re de la production, Marx s&rsquo;interdirait de concevoir que le d\u00e9passement du capitalisme puisse avoir lieu \u00e0 ce niveau-l\u00e0. Ceci se traduit par de nombreuses difficult\u00e9s qu&rsquo;il serait alors permis de r\u00e9soudre.<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Or, il semble que l&rsquo;articulation entre sph\u00e8re de la production et sph\u00e8re de l&rsquo;\u00e9change soit de l&rsquo;ordre de la <i>r\u00e9alisation <\/i>de la valeur. Pour Astarian, l&rsquo;\u00e9change ne vient que confirmer et valider la valeur, alors que que les rapports qu&rsquo;entretiennent ces deux sph\u00e8res sont de l&rsquo;ordre de la co-causalit\u00e9, ou en tout cas de la co-d\u00e9termination. <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Le d\u00e9voiement de l&rsquo;auto-organisation ouvri\u00e8re aujourd&rsquo;hui est tel que l&rsquo;ouvrier n&rsquo;est plus per\u00e7u comme sujet r\u00e9volutionnaire. Effectivement, le prol\u00e9tariat n&rsquo;est pas l&rsquo;ouvrier, et la d\u00e9finition claire de la classe prol\u00e9taire est un pr\u00e9requis pour estimer dans quelle mesure les formes d&rsquo;auto-organisation qu&rsquo;elle met en \u0153uvre sont de m\u00eame nature ou non que celle des ouvriers. <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\"><i>La mani\u00e8re dont l&rsquo;auto-organisation ouvri\u00e8re pose la question du rapport entre sph\u00e8re de la production et sph\u00e8re de l&rsquo;\u00e9change est ad\u00e9quate \u00e0 la mani\u00e8re dont ces deux sph\u00e8res s&rsquo;engendrent dialectiquement. <\/i><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">L&rsquo;auto-organisation des ouvriers avait pour enjeu de r\u00e9pondre dans la pratique au d\u00e9passement du programmatisme prol\u00e9tarien, au moins dans la forme qu&rsquo;il a pris en Russie sovi\u00e9tique. C&rsquo;est pourquoi cette proposition d&rsquo;organisation, d\u00e9pendante des formes historiquement d\u00e9termin\u00e9es de la classe des prol\u00e9taires, constitue une alternative autant au programmatisme qu&rsquo;au luddisme. La voie luddite est en effet celle choisie par Bruno Astarian, en tant que cette voie traduit le fait que le prol\u00e9tariat <i>se nie en tant que tel<\/i>. Elle est donc, \u00e0 son sens, la voie qui permet de d\u00e9passer le capitalisme. Cependantdans ce livre r\u00e8gne une certaine confusion entre <i>travail <\/i>et <i>organisation du travail<\/i>, laquelle am\u00e8ne \u00e0 ne pas identifier le caract\u00e8re r\u00e9volutionnaire de l&rsquo;auto-organisation ouvri\u00e8re. <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Il y a trois possibilit\u00e9s d&rsquo;envisager le rapport au mouvement ouvrier aujourd&rsquo;hui\u00a0: pessimiste, au sens o\u00f9 il n&rsquo;aurait que fait contribuer \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution du capitalisme\u00a0; d\u00e9mocratique-radicale, en isolant les formes d&rsquo;auto-organisation des revendications remettant en cause l&rsquo;exploitation\u00a0; et la troisi\u00e8me qui consiste \u00e0 \u00ab\u00a0simplement\u00a0\u00bb identifier. <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\"><b>Le probl\u00e8me Roubine<\/b><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Calibri, sans-serif\">Afin de mettre \u00e0 jour l&rsquo;articulation entre ces deux sph\u00e8res, il est n\u00e9cessaire de reconsid\u00e9rer la nature du discours de Marx\u00a0: l&rsquo;interpr\u00e9tation propos\u00e9e par Michael Heinrich, excluant toute forme de dimension historique dans l&rsquo;exposition du d\u00e9but du <i>Capital <\/i>est l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment-cl\u00e9 pour identifier ce qui constitue l&rsquo;origine de l&rsquo;erreur de Bruno Astarian, qui lui part de Roubine. En effet, ce dernier partant de l&rsquo;hypoth\u00e8se que Marx d\u00e9crit au d\u00e9but du chapitre 1 une soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9capitaliste ou du moins, une \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 marchande simple\u00a0\u00bb constitu\u00e9e d&rsquo;artisans \u00e9changistes, il en d\u00e9coule une m\u00e9compr\u00e9hension de ce que Marx fait dans ce chapitre, et donc rend inaccessible la mani\u00e8re dont l&rsquo;articulation entre sph\u00e8re de la production et sph\u00e8re de l&rsquo;\u00e9change s&rsquo;articulent. Si cette articulation n&rsquo;est pas \u00e0 prendre en un sens historique, mais bien au sens d&rsquo;un d\u00e9veloppement conceptuel, il n&rsquo;en reste pas moins probl\u00e9matique que Marx commence par la sph\u00e8re de l&rsquo;\u00e9change (le march\u00e9, la marchandise), ce qui n&rsquo;am\u00e8ne pas n\u00e9cessairement \u00e0 invalider compl\u00e8tement les th\u00e8ses d\u00e9velopp\u00e9es par Bruno Astarian. L&rsquo;\u00e9clairage apport\u00e9 par l&rsquo;interpr\u00e9tation de Michael Heinrich nous permet de pr\u00e9ciser certaines articulations qui souffrent de cette lecture historique du commencement du <i>Capital.<\/i><\/span><\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a>Voir les travaux de Gouverneur, Marcel Roelandts, Meksins Wood, etc.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a>Notons ici que comme l&rsquo;a justement fait remarquer Michael Heinrich, il ne s&rsquo;agit pas chez Marx d&rsquo;un usage du terme d&rsquo;apparence au sens de <i>ce qui est faux <\/i>par distinction avec l&rsquo;<i>essence<\/i>, comme l&rsquo;ont affirm\u00e9 les lectures dites du \u00ab\u00a0marxisme occidental\u00a0\u00bb de Marx (voir \u00e0 ce propos Anderson, Perry, <i>Considerations on Western Marxism<\/i>), partant d&rsquo;une matrice h\u00e9g\u00e9lienne, ou plus largement, philosophique. Il s&rsquo;agira alors de s&rsquo;interroger dans notre lecture d&rsquo;Astarian si cette opposition subsiste, ce qui impliquerait une diff\u00e9rence fondamentale avec l&rsquo;analyse marxienne. Il faudra alors observer les implications que cela a pour l&rsquo;\u00e9conomie politique.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a>\u00ab\u00a0&#8230;consid\u00e9rant que l&rsquo;anatomie de l&rsquo;homme est la cl\u00e9 de l&rsquo;anatomie du singe, nous placerons notre r\u00e9flexion dans la cadre de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste pleinement d\u00e9velopp\u00e9e&#8230; notre point de d\u00e9part sera la production capitaliste reposant sur ses propres bases.\u00a0\u00bb (p.106). C&rsquo;est la base du raisonnement de l&rsquo;auteur, qui juge que partir d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 ind\u00e9termin\u00e9e, voire m\u00eame o\u00f9 seul r\u00e8gne l&rsquo;\u00e9change marchand dans ses formes simples ne permet pas d&rsquo;avoir une compr\u00e9hension claire du fonctionnement de l&rsquo;\u00e9change marchand dans sa forme g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Ceci implique donc de ne pas commencer l&rsquo;analyse par la marchandise, la forme \u00e9l\u00e9mentaire de la richesse. Or, il suit ici la lecture catastrophique de Roubine, voir plus loin \u00ab\u00a0Le probl\u00e8me Roubine\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a>On voit clairement ici que la marchandise est analys\u00e9e non pas en partant d&rsquo;elle, mais <i>en tant que<\/i> (<i>Als<\/i>) celle-ci s&rsquo;articule avec les besoins, sph\u00e8res de la production et\/ou de la consommation finale.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a>Si la notion de profit est ins\u00e9r\u00e9e tr\u00e8s rapidement dans la version de Bruno Astarian, ce n&rsquo;est pas dans un sens autre que <i>commun <\/i>comme les concepts utilis\u00e9s par Marx dans le <i>Capital. <\/i>Pourtant, le profit n&rsquo;appara\u00eet que bien plus tardivement dans le d\u00e9veloppement marxien. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il intervient explicitement dans le chapitre VI <i>Achat et vente de la force de travail<\/i>, Section II, \u00ab\u00a0La seule force qui les [les vendeurs et acheteurs] mette en pr\u00e9sence rapport est celle de leur \u00e9go\u00efsme, de leur profit particulier, de leurs int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s.\u00a0\u00bb Ceci est une observation faite \u00e0 un niveau isol\u00e9, \u00e0 celui des acheteurs et vendeurs pris isol\u00e9ment, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans sortir de la sph\u00e8re de la circulation simple et sans consid\u00e9ration pour les dynamiques propres \u00e0 l&rsquo;accumulation capitaliste, autrement dit, possiblement la description d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 marchande non-capitaliste (et bien s\u00fbr, pas forc\u00e9ment \u00ab\u00a0primitive\u00a0\u00bb).<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p class=\"sdfootnote\"><i><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a>Capital <\/i>chapitre III, Pl\u00e9iade, Tome I, p.645.<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;Abolition de la valeur\u00a0: La richesse appara\u00eet comme un immense amas de produits Il s&rsquo;agit pour l&rsquo;auteur d&rsquo;affirmer que l&rsquo;abolition de la valeur est simultan\u00e9ment abolition du travail, ce que Marx ne concevait pas ainsi, car pour ce dernier, le &hellip; <a href=\"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/?p=268\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":14481,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[24],"tags":[],"class_list":["post-268","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/268","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/14481"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=268"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/268\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=268"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=268"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=268"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}