{"id":2729,"date":"2026-06-20T08:24:53","date_gmt":"2026-06-20T06:24:53","guid":{"rendered":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/?p=2729"},"modified":"2026-06-21T00:32:39","modified_gmt":"2026-06-20T22:32:39","slug":"recension-de-the-story-of-capital-david-harvey-par-matt-mcmanus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/?p=2729","title":{"rendered":"Recension de The Story of Capital, David Harvey, par Matt McManus"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"https:\/\/marxandphilosophy.org.uk\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/81OqmAiwkzL._AC_UF10001000_QL80_-195x300.jpg\" alt=\"\" width=\"326\" height=\"491\" \/>Ce texte incarn\u00e9 de Matt McManus revient sur l&rsquo;oeuvre de David Harvey dans son ensemble et plus particuli\u00e8rement sur sa derni\u00e8re parution, The Story of Capital, <em><a href=\"https:\/\/marxandphilosophy.org.uk\/book\/22703_the-story-of-capital-what-everyone-should-know-about-how-capital-works\/\">What Everyone Should Know About How Capital Works, <\/a><\/em>Verso Books, London, 2026. Cette recension a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e sur le site <a href=\"https:\/\/marxandphilosophy.org.uk\/reviews\/22705_the-story-of-capital-what-everyone-should-know-about-how-capital-works-by-david-harvey-reviewed-by-matt-mcmanus\/\">Marxandphilosophy<\/a>, et traduite par nos soins.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Pour beaucoup d\u2019entre nous, David Harvey a \u00e9t\u00e9 notre porte d\u2019entr\u00e9e vers le marxisme. Que ce soit gr\u00e2ce \u00e0 son cours phare sur <i>Le Capital<\/i>, devenu viral apr\u00e8s la r\u00e9cente r\u00e9cession, \u00e0 ses c\u00e9l\u00e8bres ouvrages sur le postmodernisme ou le n\u00e9olib\u00e9ralisme, ou encore \u00e0 ces imposants volumes pr\u00e9sentant les \u0153uvres majeures de Marx, nous avons tous eu chacun notre point d\u2019entr\u00e9e. Pour ma part, cela s\u2019est pass\u00e9 en 2015, lors de l\u2019universit\u00e9 d\u2019\u00e9t\u00e9 de th\u00e9orie critique \u00e0 Birkbeck. J\u2019ai assist\u00e9 aux conf\u00e9rences de Harvey alors que j\u2019\u00e9tais un \u00e9tudiant de troisi\u00e8me cycle d\u2019une vingtaine d\u2019ann\u00e9es. Non seulement elles m\u2019ont \u00e9poustoufl\u00e9, mais j\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par sa gentillesse, son respect et sa disponibilit\u00e9. Apr\u00e8s les conf\u00e9rences, Harvey montait immanquablement \u00e0 l\u2019\u00e9tage pour boire quelques bi\u00e8res (plus que \u00ab quelques-unes \u00bb pour les plus jeunes). Il discutait, d\u00e9battait ou exposait joyeusement la question comme vous le souhaitiez. Harvey \u00e9tait le v\u00e9ritable mod\u00e8le de l\u2019intellectuel de gauche. Intelligent, d\u2019une immense \u00e9rudition et cr\u00e9atif, mais toujours d\u00e9mocratique, pr\u00e9venant et ouvert au dialogue. Et il est rest\u00e9 ainsi.<\/p>\n<p>Sur le plan acad\u00e9mique, Harvey s\u2019est fait un nom en d\u00e9veloppant le marxisme comme paradigme th\u00e9orique au sein d\u2019une g\u00e9ographie fortement teint\u00e9e de kantisme et de positivisme. Harvey \u00e9tait fascin\u00e9 par les descriptions que faisait Marx de la mani\u00e8re dont des processus historiques en apparence \u00e9trangers remodelaient le monde qui nous entoure ; comme Marx l\u2019a formul\u00e9 dans les <i>Grundrisse<\/i>, en resserrant les liens entre les diff\u00e9rentes parties du globe gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019annihilation de l\u2019espace par le temps. Depuis lors, les contributions de Harvey ont \u00e9t\u00e9 innombrables : d\u2019innombrables articles, des ouvrages volumineux, des conf\u00e9rences, des manuels critiques, etc. Certaines d\u2019entre elles \u00e9taient hautement sp\u00e9culatives. <i>Justice, Nature and the Geography of Difference<\/i> plonge dans la philosophie de la nature, dialoguant avec Heidegger, Whitehead et d\u2019autres sur l\u2019ontologie de la r\u00e9alit\u00e9 elle-m\u00eame. D\u2019autres semblent tout droit tir\u00e9es de l\u2019actualit\u00e9. <i>Une br\u00e8ve histoire du n\u00e9olib\u00e9ralisme<\/i> est devenu un classique de l\u2019introduction critique \u00e0 ce sujet, poursuivant Marx en montrant clairement que l\u2019\u00e9conomie va bien au-del\u00e0 de la simple \u00e9conomie.<\/p>\n<p>Viennent ensuite les grands ouvrages de marxologie d\u2019Harvey : le <i>Companion to Marx\u2019s Capital<\/i> et le <i>Companion to Marx\u2019s Grundrisse<\/i>. Les marxistes ont tendance \u00e0 \u00eatre un groupe susceptible, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit de l\u2019\u0153uvre du ma\u00eetre et de la mani\u00e8re de l\u2019interpr\u00e9ter. Il est difficile d\u2019imaginer quiconque adh\u00e8re sans r\u00e9serve \u00e0 la lecture qu\u2019en fait Harvey. Mais il est tout aussi difficile d\u2019imaginer quiconque se soit pench\u00e9 sur Marx de mani\u00e8re aussi approfondie que Harvey.<\/p>\n<p>Le dernier ouvrage de Harvey, <i>The Story of Capital<\/i>, se lit comme une sorte de suite \u00e0 sa reconstruction, ce qu\u2019il appelle le \u00ab projet Marx \u00bb dans la pr\u00e9face (ix). Alors que ses pr\u00e9c\u00e9dents ouvrages se plongent en profondeur dans des ouvrages sp\u00e9cifiques, l\u2019objectif de *The Story of Capital* est de nature synth\u00e9tique. Harvey soutient que \u00ab la totalit\u00e9 du capital est un syst\u00e8me organique en perp\u00e9tuelle \u00e9volution \u00bb (3). Le but est de comprendre cette totalit\u00e9 dans toutes ses parties en mouvement et en mutation, et surtout les relations qui les unissent. C\u2019est l\u00e0 un point essentiel sur lequel Harvey insiste depuis au moins *Justice, Nature and the Geography of Difference*. Il souligne que Marx, \u00e0 la suite de Hegel, ne con\u00e7oit pas la causalit\u00e9 sociale comme le ferait un philosophe bourgeois. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une succession o\u00f9 A cause B, qui \u00e0 son tour conduit \u00e0 C. Cette conception s\u2019inscrit dans une ontologie naturelle et sociale qui part d\u2019une perception du monde compos\u00e9 d\u2019individus distincts, puis d\u00e9crit les lois sociales comme une r\u00e9alit\u00e9 qui \u00e9merge. En revanche, la conception marxiste de la causalit\u00e9 est relationnelle et r\u00e9ciproque. A produit B et est \u00e0 son tour produit de mani\u00e8re r\u00e9cursive. Prenons l\u2019exemple d\u2019un syst\u00e8me de racines qui s\u2019\u00e9tend, puisant ses nutriments dans la terre et l\u2019air, tout en remodelant \u00e0 son tour la structure du sol et l\u2019atmosph\u00e8re \u00e0 mesure qu\u2019il se d\u00e9veloppe pour former un arbre. Il s\u2019agit d\u2019une ontologie holistique. De plus, au fil du temps, cette relation elle-m\u00eame peut acqu\u00e9rir un impact ind\u00e9pendant \u00e0 travers l\u2019ali\u00e9nation, ce qui conduit \u00e0 la r\u00e9ification.<\/p>\n<p>Harvey souligne que Marx a appliqu\u00e9 ces consid\u00e9rations dialectiques au capitalisme. Pour Marx,<\/p>\n<blockquote><p>[la] totalit\u00e9 de la structure interne du capital existe au sein de [la] totalit\u00e9 bien plus vaste du capitalisme en tant que formation sociale. Si Marx a conceptualis\u00e9 cette distinction entre mode de production et formation sociale, c\u2019est parce qu\u2019il consid\u00e8re le mode de production du capital comme le moteur \u00e9conomique, la force motrice fondamentale, la source de forces abstraites, \u00e0 laquelle nous sommes tous, bon gr\u00e9 mal gr\u00e9, soumis en tant que sujets du r\u00e9gime du capital. (13)<\/p><\/blockquote>\n<p>Mais l\u00e0 o\u00f9 l\u2019ontologie id\u00e9aliste de Hegel \u00e9tait con\u00e7ue comme infinie et absolue, Marx insiste sans cesse sur la finitude et la contingence, bien trop humaines, de notre totalit\u00e9 sociale. Cela ne signifie pas pour autant qu\u2019elle soit coup\u00e9e de l\u2019infinit\u00e9 de la nature. Harvey souligne qu\u2019il existe des questions m\u00e9thodologiques qu\u2019il faut se poser pour d\u00e9terminer quand il est pertinent de consid\u00e9rer la totalit\u00e9 sociale ind\u00e9pendamment de la nature, tout comme un m\u00e9decin pourrait consid\u00e9rer le corps humain \u00ab comme une totalit\u00e9 fonctionnelle aux fins d\u2019une investigation m\u00e9dicale \u00bb \u00bb (17). Harvey ne r\u00e9sout pas ce probl\u00e8me, et celui-ci est probablement insoluble pour toute recherche en sciences sociales.<\/p>\n<p>L\u2019essentiel de l\u2019ouvrage consiste \u00e0 suivre Marx dans l\u2019\u00e9laboration d\u2019une \u00ab carte mentale \u00bb du capital. Cela implique d\u2019isoler des moments de la totalit\u00e9 sociale de leur contexte plus large au sein du syst\u00e8me afin de les \u00e9tudier ind\u00e9pendamment, avant de les r\u00e9int\u00e9grer dans une vision d\u2019ensemble. Pour revenir \u00e0 l\u2019analogie m\u00e9dicale, on ne peut pas comprendre le c\u0153ur sans s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la circulation sanguine, et au-del\u00e0, \u00e0 la neurologie, etc. Mais cela ne signifie pas qu\u2019il ne soit pas utile d\u2019examiner de mani\u00e8re abstraite les ventricules du c\u0153ur ind\u00e9pendamment pendant un certain temps afin d\u2019en acqu\u00e9rir une compr\u00e9hension plus d\u00e9taill\u00e9e.<\/p>\n<p><i>The Story of Capital <\/i>passe en revue un grand nombre de ces moments abstraits. L\u2019histoire de la d\u00e9possession capitaliste fait l\u2019objet d\u2019un chapitre approfondi qui \u00e9toffe la relation entre le capitalisme, l\u2019\u00c9tat et la violence. L\u2019une des id\u00e9es avanc\u00e9es par Harvey est que la relation dialectique entre le capital, l\u2019\u00c9tat et la coercition est fluide et peut modifier la configuration du capital \u00e0 tout moment. Par exemple, les banquiers et les commer\u00e7ants peuvent \u00ab exploiter leur position dans la circulation du capital pour accumuler du capital \u00e0 leur propre compte \u00bb et d\u00e9tourner le syst\u00e8me juridique afin de faciliter leur ascension. Dans ces circonstances, la sph\u00e8re productive du capitalisme peut perdre de son importance. Si \u00ab le syst\u00e8me de cr\u00e9dit est utilis\u00e9 de mani\u00e8re flagrante pour renforcer la richesse et le pouvoir des banquiers d\u2019affaires (tels que Goldman Sachs ou JP Morgan) ou des soci\u00e9t\u00e9s immobili\u00e8res sp\u00e9culatives (comme Blackstone), au lieu de soutenir la production de valeur et de plus-value, la th\u00e9orie de la circulation et de l\u2019accumulation du capital n\u00e9cessite une r\u00e9vision en profondeur \u00bb (266). Cela semble \u00eatre un point qui m\u00e9rite r\u00e9flexion dans un contexte o\u00f9 la plupart des Am\u00e9ricains affirment avoir du mal \u00e0 joindre les deux bouts et o\u00f9 la croissance du PIB stagne, alors que le march\u00e9 boursier continue de se porter bien.<\/p>\n<p>Le chapitre \u00ab La production de l\u2019espace, du temps et du lieu \u00bb est naturellement un point fort, revenant sur des th\u00e8mes sur lesquels Harvey s\u2019est pench\u00e9 depuis les ann\u00e9es 1970. Harvey continue de souligner comment le capital est engag\u00e9 dans une course constante pour comprimer l\u2019espace dans le temps, stimulant le dynamisme technologique, notamment dans des domaines tels que les transports et la communication. Les \u00ab espaces-temps \u00bb relatifs sont en perp\u00e9tuelle mutation en raison des \u00e9volutions technologiques qui permettent de parcourir l\u2019espace en un temps de plus en plus court. Alors qu\u2019il fallait plusieurs semaines pour que la nouvelle de la mort de George Washington \u00e0 Mount Vernon, en Virginie, parvienne jusqu\u2019en Ohio, un tel \u00e9v\u00e9nement serait aujourd\u2019hui connu en quelques minutes gr\u00e2ce aux cha\u00eenes d\u2019information en continu \u00bb (145). Harvey s\u2019int\u00e9resse \u00e9galement de mani\u00e8re singuli\u00e8re au lieu et \u00e0 la g\u00e9ographie en tant que moyens de mener \u00e0 bien un projet socialiste \u00e9mancipateur. Cela a toujours constitu\u00e9 l\u2019une des dimensions les plus int\u00e9ressantes et les plus concr\u00e8tes de sa pens\u00e9e. La plupart d\u2019entre nous ont tendance \u00e0 envisager des moyens syst\u00e9miques et intellectualis\u00e9s de d\u00e9passer le mode de production capitaliste. Harvey a toujours estim\u00e9 que nous reconna\u00eetrions le socialisme aux nouveaux types de quartiers et de villes qu\u2019il cr\u00e9erait.<\/p>\n<p>Les luttes sur la nature des lieux que nous habitons et sur le genre de personnes que nous voulons \u00eatre constituent une forme de lutte politique et sociale g\u00e9n\u00e9rale qui est au c\u0153ur de ce que la conscience socialiste doit embrasser. Elles s\u2019opposent au nationalisme ali\u00e9nant et exclusif qui s\u2019associe souvent \u00e0 la forme toxique du \u00ab\u00a0d\u00e9veloppementalisme\u00a0\u00bb qui corrompt trop souvent la politique anticapitaliste. (156)<\/p>\n<p>Loin de r\u00e9diger de nouveaux livres de recettes pour les \u00ab cook shops \u00bb du futur, et encore moins de critiquer les critiques critiques, l\u2019imp\u00e9ratif de Harvey ici est de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce genre de questions tr\u00e8s pratiques (oserais-je dire \u00ab de geeks \u00bb ?) que les th\u00e9oriciens socialistes \u00e9vitent g\u00e9n\u00e9ralement. Nous devons percevoir la radicalit\u00e9 intrins\u00e8que de l\u2019am\u00e9nagement urbain et de l\u2019architecture d\u2019int\u00e9rieur. Cela semble particuli\u00e8rement poignant en ce moment, alors que, pour la premi\u00e8re fois depuis des ann\u00e9es, un maire se d\u00e9clarant socialiste est \u00e0 la t\u00eate de l\u2019une des plus grandes m\u00e9tropoles du monde et s\u2019est engag\u00e9 \u00e0 construire une ville pour tous les New-Yorkais.<\/p>\n<p>S\u2019il y a quelque chose de d\u00e9cevant dans le livre de Harvey, c\u2019est le sentiment d\u2019incompl\u00e9tude qu\u2019il d\u00e9gage. \u00c0 plusieurs reprises, il appelle \u00e0 approfondir la r\u00e9flexion, recommande d\u2019examiner tel ou tel probl\u00e8me de mani\u00e8re plus approfondie, ou sugg\u00e8re de th\u00e9oriser une question rest\u00e9e en suspens. Parfois, cela donne \u00e0 l\u2019ouvrage l\u2019impression d\u2019\u00eatre une proposition de recherche \u00e9toff\u00e9e. En m\u00eame temps, le fait qu\u2019il refuse d\u2019hypostasier une conclusion l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y en a pas t\u00e9moigne de l\u2019honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle de Harvey. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il me semble que le marxisme lui-m\u00eame, en tant que philosophie mat\u00e9rialiste, exclut une telle r\u00e9solution. Il n\u2019y a pas de point d\u2019arriv\u00e9e dans la compr\u00e9hension de la totalit\u00e9 sociale, car celle-ci est en constante \u00e9volution. Cela m\u2019a toujours frapp\u00e9 comme \u00e9tant la particularit\u00e9 des marxistes tr\u00e8s dogmatiques. Marx lui-m\u00eame \u00e9tait tout sauf dogmatique, changeant constamment d\u2019avis au fil du temps. Et cela \u00e9tait tout \u00e0 fait appropri\u00e9 lorsqu\u2019il s\u2019agissait d\u2019\u00e9tudier un syst\u00e8me qui, selon ses propres termes, \u00e9tait le plus transformateur, le plus dynamique et le plus potentiellement destructeur que le monde ait jamais connu. Harvey a clairement int\u00e9rioris\u00e9 cette sensibilit\u00e9, et c\u2019est une position honorable \u00e0 adopter.<\/p>\n<p><i>The Story of Capital <\/i>se termine sur une note \u00e9tonnamment sereine, voire modeste, avec un court texte sur Pierro Sraffa. En conclusion, Harvey revient sur sa vie :<\/p>\n<blockquote><p>Me voici donc, \u00e0 l\u2019aube de ma nonanti\u00e8me ann\u00e9e, jetant un regard r\u00e9trospectif sur ma carri\u00e8re de g\u00e9ographe d\u00e9sireux d\u2019expliquer, avec un peu d\u2019aide de Marx, comment fonctionnent l\u2019urbanisation et le d\u00e9veloppement in\u00e9gal, me sentant redevable \u00e0 des chercheurs extraordinaires, tels que Sraffa et Robinson ; ainsi qu\u2019\u00e0 des personnes, des \u00e9v\u00e9nements et des courants politiques qui ouvrent la voie \u00e0 de nouvelles fa\u00e7ons de penser, esp\u00e9rons-le plus aptes \u00e0 affronter les contradictions centrales de notre \u00e9poque. C\u2019est toutefois une chose d\u2019ouvrir des portes, mais il en faut bien plus pour les franchir en masse, afin d\u2019explorer ce qui pourrait exister de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. L\u2019empire am\u00e9ricain qui a si longtemps abrit\u00e9 le capital commence \u00e0 se fissurer. C\u2019est un moment d\u2019opportunit\u00e9 autant que de p\u00e9ril. Un peu d\u2019optimisme intellectuel s\u2019impose, ne serait-ce que pour relancer l\u2019optimisme de la volont\u00e9. (361)<\/p><\/blockquote>\n<p>Je dois admettre que cela m\u2019a profond\u00e9ment touch\u00e9, tant Harvey a marqu\u00e9 la vie de beaucoup d\u2019entre nous. Chacun a ses arguments et ses d\u00e9saccords avec lui. Je me souviens de ses d\u00e9bats houleux avec d\u2019innombrables f\u00e9ministes, postmodernistes et h\u00e9g\u00e9liens au cours de cet \u00e9t\u00e9 idyllique \u00e0 Birbeck. Ma future \u00e9pouse et moi avons pr\u00e9figur\u00e9 bon nombre de nos d\u00e9bats ult\u00e9rieurs en nous affrontant pour savoir lesquelles de ses positions \u00e9taient justes et lesquelles \u00e9taient erron\u00e9es. Mais avec le recul, je peux dire que ce qu\u2019Harvey a donn\u00e9 \u00e0 chaque militant de gauche pr\u00e9sent dans la salle, c\u2019est un peu de cet optimisme de l\u2019intellect pour stimuler notre optimisme de la volont\u00e9. Il nous a fait croire qu\u2019un monde meilleur \u00e9tait possible. Il n\u2019y a pas de plus grand honneur pour un intellectuel marxiste.<\/p>\n<p><i>2 juin 2026<\/i><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte incarn\u00e9 de Matt McManus revient sur l&rsquo;oeuvre de David Harvey dans son ensemble et plus particuli\u00e8rement sur sa derni\u00e8re parution, The Story of Capital, What Everyone Should Know About How Capital Works, Verso Books, London, 2026. 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