{"id":301,"date":"2019-08-07T23:34:57","date_gmt":"2019-08-07T22:34:57","guid":{"rendered":"https:\/\/dusansamuel.wordpress.com\/?p=301"},"modified":"2019-08-07T23:34:57","modified_gmt":"2019-08-07T22:34:57","slug":"traduction-qui-est-cajo-brendel-par-dik-van-der-meulen-et-geert-van-der-meulen","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/?p=301","title":{"rendered":"Qui est Cajo Brendel\u00a0? Par Dik van der Meulen et Geert van der Meulen"},"content":{"rendered":"<h1 align=\"JUSTIFY\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-918 alignleft\" src=\"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/files\/2019\/08\/index.jpeg\" alt=\"\" width=\"281\" height=\"179\" \/><\/strong>Qui est Cajo Brendel ? Par Dik van der Meulen et Geert van der Meulen<\/h1>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Traduction de l&rsquo;allemand au fran\u00e7ais publi\u00e9e dans <a href=\"https:\/\/www.echangesetmouvement.fr\/\">Echanges et mouvement<\/a><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">C\u2019\u00e9tait en 1975, Cajo, dans sa R4, \u00e9tait en route pour Paris. Il \u00e9tait accompagn\u00e9 de trois camarades communistes de conseils. Une pipe br\u00fblante pendue au bec, tenant dans la main gauche un plan de Paris de 1938 (l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait pour la premi\u00e8re fois rendu \u00e0 Paris) et sa main droite faisant de larges gestes, il \u00e9tait pris avec ses passagers dans une intense discussion. Plus tard, nous constaterions que le bouchon du r\u00e9servoir \u00e0 essence \u00e9tait rest\u00e9 sur une aire de repos en Belgique. Nous nous rendions tous \u00e0 un congr\u00e8s international de communistes de conseils. Cajo projetait de tenir pendant le congr\u00e8s un discours qui n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9. Tout se d\u00e9roula comme pr\u00e9vu. Lors de l\u2019expos\u00e9 d\u2019un intervenant, Cajo se leva, et pronon\u00e7a pour le r\u00e9futer, dans un fran\u00e7ais parfait, un discours qui dura trois quarts d\u2019heure.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-1068\" src=\"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/files\/2020\/01\/logo-LZ2-gris-traduction-petit-300x59.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"59\" srcset=\"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/files\/2020\/01\/logo-LZ2-gris-traduction-petit-300x59.png 300w, https:\/\/liremarx.noblogs.org\/files\/2020\/01\/logo-LZ2-gris-traduction-petit.png 654w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><!--more--><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Au sommet de sa vie, Cajo excellait dans cet exercice. Mais qui est donc Cajo Brendel\u00a0? On ne peut r\u00e9pondre en seulement quelques lignes. Cela commence d\u00e9j\u00e0 par son nom. Ses parents avaient d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019unir en ce qu\u2019on appelle un \u00ab\u00a0mariage libre\u00a0\u00bb, sans \u00eatre donc officiellement mari\u00e9s. Ainsi, Cajo s\u2019appelait en fait pour l\u2019administration Carel Johan [Cajo] Hinl\u00f3pen. Il s\u2019est pourtant toujours fait appeler Brendel.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Cajo provenait \u00ab\u00a0de la grande bourgeoisie, une classe que j\u2019ex\u00e8cre\u00a0\u00bb, comme il le disait lui-m\u00eame. Aux alentours de 1935, il \u00e9tudia pendant quelques ann\u00e9es les sciences \u00e9conomiques, et s\u2019int\u00e9ressa particuli\u00e8rement \u00e0 la <i>Gemeinschafstkunde (<\/i><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a>), l\u2019histoire et la sociologie. Mais, contraint de travailler parce qu\u2019il n\u2019avait plus d\u2019argent, il ne put jamais finir ses \u00e9tudes. \u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas suffisamment \u00e9tudi\u00e9, je n\u2019ai pas pu, mais c\u2019\u00e9tait pour ne pas crever de faim\u00a0\u00bb, \u00e9crivait-il le 27 mars 1938 dans une lettre \u00e0 ses parents. Il y avait cependant encore une autre raison \u00e0 ce qu\u2019il n\u2019\u00e9tudi\u00e2t pas\u00a0: Cajo cherchait la v\u00e9rit\u00e9. Dans cette m\u00eame lettre \u00e0 ses parents, il \u00e9crivait\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e9j\u00e0 enfant, j\u2019avais soif de connaissance\u00a0\u00bb, citant alors Multatuli, l\u2019\u00e9crivain hollandais du xixe si\u00e8cle\u00a0: \u00ab\u00a0Des \u00e9tudes libres consistent en un d\u00e9sir illimit\u00e9 de v\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb \u2013 Cette v\u00e9rit\u00e9, il ne la trouva pas \u00e0 l\u2019universit\u00e9.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">La mis\u00e8re joua un grand r\u00f4le dans sa vie. Dans les ann\u00e9es 1930, les Pays-Bas connurent ce qu\u2019on appelle les ann\u00e9es de crises. Nombreux \u00e9taient ceux qui ne pouvaient pas trouver de travail, et il n\u2019en fut pas autrement pour Cajo. Il eut plusieurs petits emplois pendant de courtes p\u00e9riodes, comme vendeur de savon et de th\u00e9, emplois qui ne suffisaient pas \u00e0 survivre. On retrouve dans ses archives \u00e9galement de nombreuses candidatures. C\u2019est ainsi qu\u2019on apprend qu\u2019en 1937, il tenta sans succ\u00e8s d\u2019obtenir un poste \u00e0 l\u2019Institut International d\u2019histoire sociale (IISG) \u00e0 Amsterdam. Ironie du sort, cet institut consid\u00e8re aujourd\u2019hui Cajo comme un marxiste important (on ne le savait pas encore) et a depuis accueilli ses archives, y compris cette candidature. Cajo re\u00e7ut pour r\u00e9ponse que \u00ab\u00a0malheureusement aucun poste\u00a0\u00bb n\u2019\u00e9tait disponible pour lui. C\u2019\u00e9tait la r\u00e9ponse habituelle \u00e0 ses candidatures.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Ainsi, Cajo d\u00fb se tourner vers les services d\u2019assistance aux plus d\u00e9munis. Mais les aides \u00e9taient difficiles \u00e0 obtenir. Pour Cajo, cela \u00e9tait <i>particuli\u00e8rement <\/i>difficile parce qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas un ch\u00f4meur normal. Un agent des services sociaux se rendit un jour chez lui pour lui dire qu\u2019il y avait un probl\u00e8me\u00a0: il avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 pour avoir coll\u00e9 des affiches appelant \u00e0 l\u2019agitation. L\u2019agent lui fit comprendre qu\u2019il devait abandonner ses convictions politiques s\u2019il ne voulait pas perdre les aides. Cajo lui r\u00e9torqua qu\u2019il pr\u00e9f\u00e9rerait mourir que d\u2019abandonner son \u00ab\u00a0niveau de vie int\u00e9rieure\u00a0\u00bb. Et l\u2019agent, au fond, un homme bon, fit en sorte que Cajo per\u00e7oive tout de m\u00eame des aides, pour ne pas mourir de faim.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Mais qu\u2019\u00e9tait donc ce \u00ab\u00a0niveau de vie int\u00e9rieure\u00a0\u00bb\u00a0? Il avait commenc\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es trente \u00e0 s\u2019int\u00e9resser au mouvement ouvrier. A propos de cette p\u00e9riode, il dira plus tard qu\u2019il avait sympathis\u00e9 tout d\u2019abord avec les trotskystes. Au printemps 1934, il eut l\u2019audace de d\u00e9battre avec David Wijnkoop [1876-1941], dirigeant du Parti communiste hollandais, c\u2019est-\u00e0-dire avec des bolcheviks. Il ne brilla pas dans ce d\u00e9bat parce que Wijnkoop utilisa de lamentables tours de passe-passe rh\u00e9toriques. Le courage de Cajo impressionna quelques ouvriers qui \u00e9taient pr\u00e9sents et qui lui firent part de leurs d\u00e9saccords autant avec Wijnkoop qu\u2019avec Trotsky. C\u2019est ainsi qu\u2019il entra en contact avec le GIK (<i>Gruppe Internationalte Kommunisten<\/i>). Alors qu\u2019il habitait en sous-location \u00e0 La Haye avec Jan Tinbergen, futur prix Nobel d\u2019\u00e9conomie, il rejoignit un groupe ind\u00e9pendant et proche du GIK, dans lequel il contribua notamment \u00e0 diversifier la revue <i>Proletarische Beschouwingen <\/i>(<i>R\u00e9flexions prol\u00e9tariennes<\/i>). Ce journal, renomm\u00e9 par la suite <i>Prol\u00e9taire<\/i> (<i>Proletarier<\/i>), suivait l\u2019orientation de quelques marxistes hollandais, en particulier celle de l\u2019astronome Anton Pannekoek et du po\u00e8te Herman Gorter.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Le GIK, qui travaillait avec d\u2019autres groupes en Allemagne, en France et encore dans d\u2019autres pays, n\u2019\u00e9tait pas vraiment organis\u00e9 aux Pays-Bas. Pannekoek, le plus important th\u00e9oricien des communistes de conseils, s\u2019il \u00e9crivait certes beaucoup, ne s\u2019occupait pas du tout de l\u2019organisation au quotidien. Cela \u00e9tait caract\u00e9ristique des groupes auxquelles Cajo appartenait\u00a0: il n\u2019y avait pas de personnalit\u00e9 dirigeante\u00a0: cela ne correspondait pas aux principes au fondement de ce mouvement.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Les membres du GIK n\u2019avaient aucunement besoin de dirigeants pour leurs activit\u00e9s. Ils organisaient des cours le dimanche matin, une heure qui n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 choisie au hasard \u00e9tant donn\u00e9 que la grande majorit\u00e9 de la population \u00e0 cette \u00e9poque allait encore \u00e0 l\u2019\u00e9glise. Ils se d\u00e9roulaient dans un des locaux de l\u2019assistance ch\u00f4mage (<i>Stempellokal<\/i>), dans lesquels les ch\u00f4meurs devaient se rendre afin d\u2019obtenir leurs aides. Le GIK y distribuait un petit journal, la <i>Voix des prol\u00e9taires <\/i>(<i>Proletenstemmen<\/i>), tr\u00e8s populaire et r\u00e9dig\u00e9 de bout en bout dans la \u00ab\u00a0langue des ouvriers\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">L\u2019absence de dirigeants permettait que des esprits libres et authentiques comme celui de Cajo puissent se d\u00e9ployer pleinement. Mais par contre cette absence menait \u00e0 des scissions incessantes au sein des groupes. Comme par exemple le conflit qui surgit en 1935, face auquel les camarades communistes de conseil, inquiets, r\u00e9agirent rapidement. Cajo r\u00e9pondit dans une lettre aux camarades de Copenhague, en allemand\u00a0: \u00ab\u00a0Et l\u00e0 vous allez demander\u00a0: n\u2019\u00e9tait-il pas possible de discuter d\u2019un point de vue objectif de nos divergences d\u2019opinion et de parvenir \u00e0 un certain accord\u00a0? A cela nous devons malheureusement r\u00e9pondre\u00a0: Non\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Dans d\u2019autres lettres (en hollandais), il se montre ouvert au d\u00e9bat et optimiste\u00a0:<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0Chers amis, il y a tant \u00e0 raconter\u00a0! Tout d\u2019abord, le plus magnifique et passionnant\u00a0! Nous autres, camarades de l\u2019ultra-gauche, avions raison. Le d\u00e9veloppement de la soci\u00e9t\u00e9 se d\u00e9roule comme nous l\u2019avions pr\u00e9dit, et il s\u2019av\u00e8re que notre interpr\u00e9tation de Karl Marx est en accord avec la r\u00e9alit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">On voit l\u00e0 une joie presque na\u00efve et l\u00e9g\u00e8re qui rappelle celle des po\u00e8mes de celui que Cajo admirait et qui \u00e9tait son ami tr\u00e8s proche, le po\u00e8te Herman Gorter\u00a0:<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Le po\u00e8me a-t-il d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 traduit\u00a0?<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Mais \u00e0 la diff\u00e9rence de Gorter, Cajo, lui, connaissait le mouvement ouvrier de l\u2019int\u00e9rieur. Il s\u2019\u00e9tait li\u00e9 d\u2019amiti\u00e9 avec des ouvriers et assistait \u00e0 leurs gr\u00e8ves, et il faut dire qu\u2019elles ne manquaient pas en ces ann\u00e9es trente. En juin 1935, il partit en voyage dans la r\u00e9gion mini\u00e8re de Belgique, le Borinage. \u00ab\u00a0Dans la rue, j\u2019ai discut\u00e9 avec un ouvrier \u00e0 propos de la gr\u00e8ve\u00a0\u00bb, \u00e9crivait-il, et il fit plus encore. Il poursuit\u00a0: \u00ab\u00a0Hier soir, j\u2019ai tenu un petit discours en fran\u00e7ais contre les syndicats.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0Comment est la situation actuelle\u00a0? Ces gens veulent lutter. Pourtant ils comprennent bien trop peu la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise. En analysant ce mouvement de gr\u00e8ve, j\u2019ai eu un net aper\u00e7u sur le processus g\u00e9n\u00e9ral de la r\u00e9volution.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Sur la base de ces exp\u00e9riences, il avait d\u00e9j\u00e0 constat\u00e9 en avril 1935\u00a0:<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0Qui pourrait mieux conna\u00eetre le \u201cpeuple\u201d que nous, r\u00e9volutionnaires\u00a0? Nous en connaissons le mauvais c\u00f4t\u00e9 (qui est tr\u00e8s mauvais d\u2019ailleurs) et le bon c\u00f4t\u00e9 (qui est tr\u00e8s bon). Seul celui qui se sacrifie pour porter secours au prol\u00e9tariat afin qu\u2019il se lib\u00e8re du mar\u00e9cage dans lequel il est pris au pi\u00e8ge, seul celui-l\u00e0 a le droit de critiquer le prol\u00e9tariat.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Son talent pour les langues \u2013 aussi bien pour les langues \u00e9trang\u00e8res que pour le hollandais lui-m\u00eame \u2013 le fit gagner en notori\u00e9t\u00e9 dans le GIK. \u00ab\u00a0Cajo traduisait toujours de telle mani\u00e8re que je devais dire\u00a0: C\u2019est exactement cela\u00a0\u00bb, disait un camarade \u00e0 son sujet. Son influence grandit \u00e9galement parce qu\u2019il \u00e9crivait beaucoup. Des articles, des dissertations, des brochures \u2013 sur tous les th\u00e8mes possibles, mais le th\u00e8me central demeurait la politique. Autant que cela \u00e9tait possible depuis La Haye, il suivait de pr\u00e8s la situation en Espagne, plong\u00e9e dans la guerre civile depuis 1936, et \u00e9crivit une brochure \u00e0 ce sujet la m\u00eame ann\u00e9e. Il \u00e9tait tr\u00e8s actif d\u2019une autre mani\u00e8re encore\u00a0: il tenait des discours et collait des affiches, comme d\u00e9j\u00e0 dit, \u00ab\u00a0des affiches d\u2019agitation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">A la fin, l\u2019administration hollandaise d\u00e9cida de mettre le hola. En avril 1937, Cajo fut arr\u00eat\u00e9 et condamn\u00e9 \u00e0 quatre jours de prison. \u00ab\u00a0Chaque nerf est tendu\u00a0\u00bb, se rappellera-t-il plus tard \u00e0 propos de sa d\u00e9tention. \u00ab\u00a0On veut ouvrir ses ailes et on ne le peut pas. On veut tout ce qui vit en l\u2019homme, toute sa vie pass\u00e9e et mobiliser toutes ses forces, et on ne peut pas, cela n\u2019est pas autoris\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">En septembre 1939, Cajo fut appel\u00e9 au service militaire. Un jour, il est convoqu\u00e9 chez le commandant. L\u2019officier lui montre un \u00e9pais dossier.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0Brendel\u00a0! Qu\u2019est-ce donc que j\u2019ai l\u00e0 dans la main\u00a0? Voici ton dossier, que je viens de recevoir des services secrets. Es-tu communiste\u00a0?<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0Oui mon commandant, je le suis.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0Et qu\u2019est-ce que je dois faire avec \u00e7a, moi, maintenant\u00a0? Te faire enfermer\u00a0?<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Il hocha la t\u00eate.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0Je ne vois qu\u2019une seule solution.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Il prit le dossier et le jeta \u00e0 la corbeille. De cette mani\u00e8re, il \u00e9pargnait \u00e0 Cajo de grandes difficult\u00e9s pour les cinq ann\u00e9es \u00e0 venir.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Lorsque le 10 mai 1940 les troupes allemandes entr\u00e8rent en Hollande, le soldat Cajo se trouvait dans une r\u00e9gion o\u00f9, proportionnellement \u00e0 d\u2019autres, peu de combats avaient lieu. Apr\u00e8s la capitulation des Pays-Bas le 15 mai, il fut fait prisonnier de guerre. Plus tard, il expliquera qu\u2019il \u00e9tait parvenu \u00e0 s\u2019\u00e9chapper du camp de Mecklenburg. Dans un train, il \u00e9changea avec deux officiers qui ne devin\u00e8rent pas que Cajo \u00e9tait hollandais, puisqu\u2019il parlait un allemand sans accent. A Hambourg, il lut dans un journal que tous les prisonniers hollandais \u00e9taient lib\u00e9r\u00e9s. Cajo se rendit sur-le-champ \u00e0 Mecklenburg. Quelques semaines plus tard, il \u00e9tait \u00e0 nouveau aux Pays-Bas, ch\u00f4meur, comme avant. En d\u00e9cembre 1940, il parvint enfin \u00e0 obtenir un emploi qui lui convenait\u00a0: il \u00e9tait correspondant pour la <i>Volksblad voor Gelderland<\/i>, journal r\u00e9gional de l\u2019est des Pays-Bas. Cajo habitait alors \u00e0 Doetinchem, un village situ\u00e9 proche de la fronti\u00e8re allemande. Il y rencontra Riek van der Meulen, la fille d\u2019un instituteur, avec laquelle il se maria le 5 mai 1943.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Pendant la guerre, de nombreux camarades de Cajo entr\u00e8rent dans la r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019occupation allemande. Cajo, lui, non. Les personnes qui l\u2019ont bien connu disent qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas un h\u00e9ros, et lui-m\u00eame l\u2019avouait le premier. Il n\u2019\u00e9tait pas pour autant un l\u00e2che. Pendant ces ann\u00e9es de guerre, il se d\u00e9clarait ouvertement marxiste, m\u00eame dans une lettre envoy\u00e9e \u00e0 J. Londhorst Homan, le chef de Nederlandse Unie (L\u2019Union hollandaise), une des organisations les plus importantes qui cherchait \u00e0 travailler avec les Allemands. Cajo lui \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0Je suis, et je ne vois aucune raison de vous le dissimuler, un socialiste. Dans les circonstances actuelles et \u00e0 cet instant pr\u00e9cis\u00e9ment o\u00f9 tout un chacun, pour des raisons tr\u00e8s condamnables par ailleurs, se pare de cette \u00e9tiquette, il n\u2019est peut-\u00eatre pas superflu de pr\u00e9ciser que je ne suis ni un bolchevik, ni un social-d\u00e9mocrate (j\u2019ai toujours de tr\u00e8s nombreuses critiques \u00e0 faire \u00e0 la d\u00e9mocratie), ni un anarchiste ni encore un national-socialiste (et ce, quel qu\u2019en soit le sens). Je suis simplement socialiste dans la signification que ce mot avait pour les pr\u00e9curseurs des th\u00e9ories socialistes.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Linthorst Homan Cajo n\u2019a pas trahi cette conception. Il r\u00e9pondait seulement que son objectif \u00e9tait une organisation corporative (<i>kooperatives Staatswesen<\/i>) et qu\u2019il souhaitait faire interdire les gr\u00e8ves. Rien que pour ces raisons, Cajo n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s enclin \u00e0 rejoindre la Niederlandse Unie, m\u00eame s\u2019il avait encore de nombreux autres arguments pour ne pas le faire.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Apr\u00e8s la guerre, Cajo put poursuivre sa carri\u00e8re de journaliste. Il devint r\u00e9dacteur au <i>Biltse en Bilthovense Courant<\/i>, journal local de la r\u00e9gion de De Bilt et Bilthoven, localit\u00e9s proche d\u2019Utrecht. Cajo et Riek d\u00e9m\u00e9nag\u00e8rent alors \u00e0 Bilthoven avec leur fils Henk, n\u00e9 en 1946. Ils ne tard\u00e8rent pas \u00e0 faire face \u00e0 certaines difficult\u00e9s. Les positions de Cajo et celles des lecteurs \u00e9taient tr\u00e8s souvent diff\u00e9rentes. Les abonn\u00e9s du journal r\u00e9gional n\u2019attendaient pas d\u2019informations sur des gr\u00e8ves sauvages, sur la nationalisation de l\u2019industrie mini\u00e8re en Angleterre ou encore concernant la politique coloniale hollandaise. Les autorit\u00e9s politiques de Bilthoven et de De Bilt se plaignirent le 4 juin 1946 de la mani\u00e8re dont Cajo traitait les communiqu\u00e9s officiels\u00a0:<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><i>Mon cher Monsieur,<\/i><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><i>Nous vous prions instamment de veiller \u00e0 ce que les communiqu\u00e9s officiels de la commune soient rendus particuli\u00e8rement visibles dans votre journal. <\/i><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\"><i>Nous vous renvoyons par exemple \u00e0 l\u2019\u00e9dition du <\/i>Bilthovensche Courant <i>de vendredi dernier, le 31 mai, dans laquelle en haut de la troisi\u00e8me page, sous le titre \u00ab\u00a0Nouvelles locales\u00a0\u00bb ont \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9s les communiqu\u00e9s officiels, et p\u00eale-m\u00eale dans la foul\u00e9e, sans interruption ni diff\u00e9renciation typographique, il est relat\u00e9 la fuite d\u2019un cheval, le vol d\u2019une poule, etc.<\/i><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"RIGHT\"><i>Le maire et le conseil municipal de De Bilt<\/i><\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Le lecteur ne sera pas surpris d\u2019apprendre que Cajo se d\u00e9cidera rapidement \u00e0 chercher un autre emploi. Il devint en 1948 journaliste pour le <i>Nieuw Utrechts Daglblad<\/i> (quotidien d\u2019Utrecht). On fit en sorte qu\u2019\u00e0 partir de ce moment-l\u00e0 il ne publie plus aucun article politique. Son revenu \u00e9tait plut\u00f4t confortable, mais cela ne suffisait pourtant pas\u00a0: Riek et Cajo avaient entre temps, apr\u00e8s la naissance de leur deuxi\u00e8me fils, Cajo (en 1949), eu une fille, Hetty, qui suite \u00e0 une maladie c\u00e9r\u00e9brale \u00e9tait devenue handicap\u00e9e mentale. Le traitement m\u00e9dical s\u2019av\u00e9rait tr\u00e8s co\u00fbteux.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">M\u00eame si \u00e0 ce nouveau poste Cajo n\u2019avait aucun moyen de concilier travail et activit\u00e9 politique, cette derni\u00e8re restera tout de m\u00eame centrale et dominant toute sa vie. Dans l\u2019imm\u00e9diat apr\u00e8s-guerre, la politique coloniale hollandaise \u00e9tait un th\u00e8me important dans le d\u00e9bat public puisque l\u2019Indon\u00e9sie menait alors une guerre d\u2019ind\u00e9pendance contre les Pays-Bas. L\u2019opinion de Cajo \u00e0 ce sujet \u00e9tait tr\u00e8s claire\u00a0: le colonialisme \u00e9tait condamnable et l\u2019Indon\u00e9sie devait acc\u00e9der \u00e0 son ind\u00e9pendance. Peu de personnes partageaient cet avis. Il \u00e9crivait \u00e0 ce sujet, et notamment dans sa correspondance avec ses proches qui avaient \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s au front en Indon\u00e9sie et qui \u00e9taient d\u2019avis que pour l\u2019instant la pr\u00e9sence hollandaise \u00e0 Jakarta \u00e9tait encore n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Plus encore que par cette situation, Cajo \u00e9tait particuli\u00e8rement int\u00e9ress\u00e9 par ce qui se passait en Chine et en Espagne. Cajo \u00e9crivit des livres entiers au sujet de ces pays ou encore au sujet du <i>Manifeste communiste<\/i>, mais aucune maison d\u2019\u00e9dition ne les publia. Comme r\u00e9ponse, Cajo recevait toujours, qu\u2019en ces temps d\u2019apr\u00e8s-guerre il manquait de papier, et il ne fait aucun doute que cela a jou\u00e9 un v\u00e9ritable r\u00f4le. A vrai dire, la raison de ces refus se trouve dans une lettre que la c\u00e9l\u00e8bre maison d\u2019\u00e9dition hollandaise Geert van Oorschot<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a> envoya \u00e0 Cajo\u00a0:<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0Ces derniers jours, j\u2019ai lu avec une grande attention vos deux manuscrits [au sujet de l\u2019Espagne et du <i>Manifeste Communiste<\/i>]. Comprenez bien que tout cela est trop orthodoxe pour moi, trop fig\u00e9, trop ajust\u00e9 \u00e0 l\u2019infaillible doctrine marxiste. Je ne publie pas les livres de croyants et un livre dans lequel \u00e0 chaque page est r\u00e9p\u00e9t\u00e9e la confiance ind\u00e9fectible en l\u2019\u00c9glise marxiste me laisse pour le moins dubitatif si ce n\u2019est m\u00eame, totalement indiff\u00e9rent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Les textes \u2013 livres, brochures et dissertations \u2013 de Cajo \u00e9taient simplement trop dogmatiques pour les maisons d\u2019\u00e9ditions et journaux classiques qui ne souhaitaient d\u2019aucune mani\u00e8re avoir un lien avec le marxisme. Et Cajo persistait \u00e0 refuser de s\u2019adresser \u00e0 des \u00e9diteurs et des journaux communistes \u00ab\u00a0officiels\u00a0\u00bb, ceux-ci \u00e9tant ouvertement bolcheviks.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Au d\u00e9but des ann\u00e9es cinquante, Cajo trouva un moyen de faire publier ses \u00e9crits. Il entra en contact avec le <i>Communistenbond Spartacus<\/i>, un groupe de communistes de conseil. S\u2019y trouvait la personnalit\u00e9 de premier rang qu\u2019\u00e9tait Theo Maassen, ancien membre du GIK et qui avait connu Cajo d\u00e9j\u00e0 avant la guerre. Cajo entra dans la r\u00e9daction de <i>Spartacus<\/i>, le journal publi\u00e9 par ce groupe. Il fut appr\u00e9ci\u00e9 pour son travail consciencieux et il donnait souvent le <i>la<\/i> des discussions.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Comme auparavant, Cajo ne se consacrait pas qu\u2019\u00e0 la th\u00e9orie seule, mais aussi aux gr\u00e8ves dans son pays et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Il \u00e9tait souvent en voyage et partout il \u00e9changeait avec les ouvriers. En 1947, il partit par l\u2019interm\u00e9diaire de la <i>World Friendship Association <\/i>en Galles du Sud, o\u00f9 il discuta avec des mineurs de la politique men\u00e9e par le gouvernement Attlee (<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>). Quelques ann\u00e9es plus tard, en 1953, il se rendit \u00e0 Paris et prit contact avec le groupe fran\u00e7ais <i>Socialisme ou Barbarie. <\/i>Il se lia d\u2019amiti\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie avec l\u2019un de ses membres, Henri Simon. Le th\u00e8me le plus important des discussions dans le groupe \u00e9tait alors naturellement le soul\u00e8vement ouvrier en Allemagne orientale dans lequel il voyait une nouvelle preuve de l\u2019abjection du stalinisme (<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a>). Le soul\u00e8vement hongrois de 1956 vint \u00e0 nouveau en apporter la preuve. Ces soul\u00e8vements \u00e9taient pour Cajo les exemples d\u2019une \u00ab\u00a0v\u00e9ritable r\u00e9volution prol\u00e9tarienne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Les ann\u00e9es qui suivirent furent encore plac\u00e9es sous le signe de gr\u00e8ves sauvages et de r\u00e9voltes contre les syndicats. Dans ce contexte, Cajo tra\u00eena ses gu\u00eatres dans le port de Rotterdam, se rendit \u00e0 nouveau dans la r\u00e9gion belge du Borinage, et en Angleterre pour rencontrer Joe Jacob du <i>Solidarity Group.<\/i> Il s\u00e9journait souvent en Allemagne et en France. Pendant la r\u00e9volte \u00e9tudiante de 1968, il se trouvait \u00e0 Paris et suivait les \u00e9v\u00e9nements de pr\u00e8s. Il \u00e9tait irrit\u00e9 du fait que les \u00e9tudiants concentrent plus l\u2019attention que les ouvriers. S\u2019il ne pouvait toujours pas \u00e9crire \u00e0 ce sujet en tant que journaliste, il \u00e9crivait d\u2019autant plus en tant que militant politique\u00a0: tout d\u2019abord dans <i>Spartacus <\/i>puis plus tard, \u00e0 partir de 1956, dans le <i>Daad in Gedachte<\/i> (Acte et pens\u00e9e).<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Fin 1964 survint une crise importante au sein du petit mouvement de communistes de conseil aux Pays-Bas. Depuis longtemps d\u00e9j\u00e0, les camarades du <i>Communistenbond Spartacus<\/i> \u00e9taient divis\u00e9s. La scission apparut entre ceux qui avant la guerre avaient appartenu \u00e0 des partis trotskystes et ceux qui avaient fait partie du GIK. En d\u00e9cembre, les anciens trotskystes (parmi eux Stan Poppe et Bertus Sansink) publi\u00e8rent une lettre ouverte dans laquelle ils prenaient leur distance avec Cajo et les autres communistes de conseil. Les d\u00e9bats furent virulents au sujet du mat\u00e9riel d\u2019impression et des stocks de brochures.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Cajo en fut profond\u00e9ment affect\u00e9. Il r\u00e9digea imm\u00e9diatement une d\u00e9fense pleine d\u2019\u00e9motions. \u00ab\u00a0Pendant trente ans, <i>Spartacus <\/i>a tout \u00e9t\u00e9 pour moi\u00a0\u00bb, \u00e9crivait-il le 6 f\u00e9vrier 1965. Apr\u00e8s la lettre de Nansink et Poppe, il passa de nombreuses nuits blanches. Mais il ne songea pas \u00e0 s\u2019arr\u00eater. \u00ab\u00a0Toute ma vie, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 un combattant, et je reste un combattant.\u00a0\u00bb Il ne voulait pourtant pas se disputer avec ceux qui \u00e9taient responsables de la \u00ab\u00a0calomnieuse lettre ouverte\u00a0\u00bb et qui exigeaient de leurs camarades d\u2019\u00eatre tout le temps cent pour cent en accord avec eux.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Cajo, Theo Maassen et les autres exclus, avec parmi eux Jaap Meulenkamp, le fils d\u2019un anarchiste, fond\u00e8rent d\u00e9but 1965 <i>Daad en Gedachte, <\/i>un groupe de discussion publiant un mensuel du m\u00eame nom. Les membres du groupe se retrouvaient souvent \u00e0 Amersfoort, ville o\u00f9 Cajo et Riek avaient d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 avec leurs enfants en 1961.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Cajo connut ses ann\u00e9es les plus productives \u00e0 Amersfoort. En plus de son activit\u00e9 journalistique, il r\u00e9digea des centaines de contributions pour <i>Daad en Gedachte<\/i>, ainsi que de nombreuses brochures et quelques livres. Enfin il parvint \u00e0 trouver des \u00e9diteurs pour certains d\u2019entre eux. En juin 1970 parut <i>Anton Pannekoek, Theoretikus van het socialisme <\/i>et en 1975 enfin son \u0153uvre ma\u00eetresse, <i>Revolutie en contrarevolutie in Spanje<\/i>, qui avait en grande partie \u00e9t\u00e9 \u00e9crite dans les ann\u00e9es quarante. Au m\u00eame moment, des dissertations et des brochures de lui furent publi\u00e9s r\u00e9guli\u00e8rement en Allemagne, en France, en Angleterre et dans d\u2019autres pays encore, comme au Mexique. Nombre de ces textes sont \u00e0 pr\u00e9sent disponibles sur internet.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Apr\u00e8s la mort d\u2019Anton Pannekoek en 1960, et celle de Theo Maassen en 1975, Cajo devint le th\u00e9oricien communiste de conseil le plus important au Pays-Bas. Il \u00e9crivit presque tous ses articles pour <i>Daad en Gedachte. <\/i>Des camarades venaient de tous les coins du monde \u00e0 Amersfoort pour s\u2019entretenir avec lui. Et il intervenait partout, aux Pays-Bas, en Belgique, en France, en Angleterre et en Allemagne.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">La mort de Riek en 1985 fut un coup dur pour Cajo. Sans aucun doute, son activit\u00e9 politique l\u2019a aid\u00e9 \u00e0 traverser cette p\u00e9riode difficile. Il \u00e9crivait inlassablement ses contributions dans <i>Daad en Gedachte. <\/i>Pendant les derni\u00e8res ann\u00e9es, une amie, Marja van der Klok, l\u2019aida \u00e0 les r\u00e9diger. Au d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt, il partit visiter l\u2019URSS avec un ami allemand, G\u00fcnter Meyer. Tout ce qu\u2019avait \u00e9crit Cajo \u00e0 propos de l\u2019id\u00e9ologie bolchevique se trouva confirm\u00e9 lors de ce voyage.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">En juillet 1997, il fut d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;arr\u00eater la parution du mensuel <i>Daad en Gedachte.<\/i> Cajo avait besoin de tout son temps pour \u00e9crire un livre consacr\u00e9 aux syndicats qu\u2019il avait critiqu\u00e9s toute sa vie durant. Malgr\u00e9 son grand \u00e2ge, il put finir de r\u00e9diger certains chapitres qui t\u00e9moignent de sa constante vivacit\u00e9 d\u2019esprit.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Qui est donc Cajo\u00a0? Nous avons plut\u00f4t bien connu Cajo ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, naturellement, seulement autant qu\u2019il est possible de bien conna\u00eetre une personnalit\u00e9 aussi riche que la sienne. Tout d\u2019abord, nous le conn\u00fbmes avec Riek, puis apr\u00e8s 1985, sans elle. Tous deux formaient un duo remarquable, ils se compl\u00e9taient parfaitement, et ce dans toutes les circonstances de la vie. Cajo a toujours \u00e9t\u00e9 un homme sociable, non seulement dans la th\u00e9orie, mais aussi dans la pratique. Riek n\u2019\u00e9tait pas moins serviable que lui. Dans leur quartier habitaient de nombreux travailleurs immigr\u00e9s, et il y avait constamment devant leur porte des gens en demande de conseil, avec eux, leur d\u00e9claration d\u2019imp\u00f4ts ou des courriers de l\u2019agence pour l\u2019emploi.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Nous gardons de tr\u00e8s bon souvenirs de nos nombreuses visites chez eux. Cajo recevait des journaux et des coupures de journaux du monde entier, et avait besoin d\u2019aide pour les archiver. Dans ces occasions, nous pouvions toujours rencontrer des camarades \u00e9trangers, comme des Anglais ou des Allemands. Des gens venaient aussi d\u2019autres continents. Comme quelques Chinois de Hong Kong qui se faisaient appeler <i>Minus 12, <\/i>en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 <i>1984 <\/i>d\u2019Orwell. L\u2019ann\u00e9e suivante, ils \u00e9taient \u00e0 nouveau \u00e0 Amersfoort, il s\u2019appelaient alors <i>Minus 11. <\/i>En 1982, alors qu\u2019ils avaient chang\u00e9 leur nom pour <i>Minus 2, <\/i>nous les perd\u00eemes de vue. (Nous ne savons pas s\u2019il existe maintenant quelque part un groupe <i>Plus 23.<\/i>)<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Lors de ces rencontres, Cajo menait souvent les discussions, et pas seulement sur les questions politiques. Ses int\u00e9r\u00eats \u00e9taient tr\u00e8s diversifi\u00e9s\u00a0: les livres, la musique, les programmes t\u00e9l\u00e9, la cuisine, la conduite, l\u2019histoire, l\u2019amour, les voyages, le vin\u2026 Mais la litt\u00e9rature occupait chez lui une place particuli\u00e8rement importante. Il avait \u00e9crit quelques petites nouvelles (qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es). Et il lisait beaucoup. Une fois, il avait d\u00fb passer plusieurs jours \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Nous lui avions donn\u00e9 un exemplaire de la <i>Montagne magique <\/i>de Thomas Mann. Trois jours plus tard, il l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9vor\u00e9 d\u2019une seule traite. Ce s\u00e9jour contraint lui avait en fait bien plu\u00a0: ses cinq camarades de chambre buvaient ses paroles.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">Et cela vaut pour tout un chacun qui le conna\u00eet ou l\u2019a connu parce que Cajo, le th\u00e9oricien du communisme de conseil, est un personnage int\u00e9ressant, sympathique et d\u00e9bordant d\u2019enthousiasme.<\/p>\n<p lang=\"fr-FR\" align=\"JUSTIFY\">F\u00e9vrier 2007.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"JUSTIFY\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a><i>Gemeinschaftskunde<\/i>, litt\u00e9ralement, \u00ab\u00a0science de la communaut\u00e9\u00a0\u00bb, correspond \u00e0 ce qu\u2019on appelle en France l\u2019\u00e9ducation civique, juridique et sociale. Cet enseignement ne recouvre pas exactement les m\u00eames domaines \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il s\u2019agit ici d\u2019une discipline universitaire et non de l\u2019\u00e9ducation civique dispens\u00e9e dans le secondaire.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"JUSTIFY\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a> Clement Attlee (1883-1967) fut Premier ministre (travailliste) de 1945 \u00e0 1951 au Royaume-Uni. Il est caract\u00e9ris\u00e9 par un ensemble de mesures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"JUSTIFY\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a>Voir L\u2019Insurrection ouvri\u00e8re en Allemagne de l&rsquo;Est, juin 1953:lutte de classe contre la bolchevisme, de Cajo Brendel, \u00e9d. Echanges et Mouvement\u00a0; \u00ab\u00a0Le stalinisme en Allemagne orientale\u00a0\u00bb, d\u2019Hugo Bell <i>[Benno Sarel], Socialisme ou Barbarie<\/i> nos\u00a07 (ao\u00fbt-septembre 1950)<i> et <\/i>8 (janvier-f\u00e9vrier 1951)<i>\u00a0<\/i>; \u00ab\u00a0Signification de la r\u00e9volte de juin 1953 en Allemagne orientale\u00a0\u00bb, d\u2019Alberto V\u00e9ga, et \u00ab\u00a0Le prol\u00e9tariat d\u2019Allemagne orientale apr\u00e8s la r\u00e9volte de juin 1953\u00a0\u00bb, d\u2019Hugo Bell, <i>Socialisme ou Barbarie <\/i>n\u00b013 (janvier-mars 1954),\u00a0; et \u00ab\u00a0Deux gr\u00e8ves sauvages en Allemagne\u00a0\u00bb, par Hugo Bell, <i>Socialisme ou Barbarie <\/i>n\u00b021 (mars-mai 1957). Disponibles sur le site http:\/\/archivesautonomies.org\/spip.php?article758.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qui est Cajo Brendel ? Par Dik van der Meulen et Geert van der Meulen Traduction de l&rsquo;allemand au fran\u00e7ais publi\u00e9e dans Echanges et mouvement C\u2019\u00e9tait en 1975, Cajo, dans sa R4, \u00e9tait en route pour Paris. 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