{"id":955,"date":"2020-01-04T21:55:45","date_gmt":"2020-01-04T20:55:45","guid":{"rendered":"http:\/\/lazermi.noblogs.org\/?p=955"},"modified":"2020-01-04T21:55:45","modified_gmt":"2020-01-04T20:55:45","slug":"955","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/?p=955","title":{"rendered":"Marxisme et crise\u00a0\u00e9conomique. Nicolas Dessaux"},"content":{"rendered":"<h1 align=\"center\"><span style=\"font-family: Verdana Bold, sans-serif\"><span style=\"font-size: large\"><b>Marxisme et crise\u00a0\u00e9conomique<\/b><\/span><\/span><\/h1>\n<p align=\"center\"><span style=\"font-size: large\">Nicolas Dessaux<\/span><\/p>\n<p class=\"western\">Transcription de l\u2019intervention de Nicolas Dessaux \u00e0 Lyon le 18 mars dernier, o\u00f9 l\u2019association Table rase l\u2019avait invit\u00e9. <a href=\"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/files\/2020\/01\/dessaux1.odt\">pdf non corrig\u00e9<\/a>]<\/p>\n<p class=\"western\">Marx, le Capital et les crises \u00e9conomiques<\/p>\n<p class=\"western\">On m\u2019a confi\u00e9 la difficile t\u00e2che de parler du Capital de Marx et des \u00e9l\u00e9ments de compr\u00e9hension et r\u00e9flexion qu\u2019il offre face aux crises du capitalisme, question d\u2019actualit\u00e9 s\u2019il en est. \u00c9tant donn\u00e9 l\u2019immensit\u00e9 des d\u00e9bats qui ont travers\u00e9 le marxisme, au sens large, depuis plus d\u2019un si\u00e8cle, sur cette question, de d\u00e9bats qui se poursuivent toujours et que chaque nouvelle crise relance, je me dois de poser quelques bases qui me paraissent essentielles pour aborder la question, th\u00e9oriquement et politiquement.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p class=\"western\">Le Capital inachev\u00e9<\/p>\n<p class=\"western\">Lorsqu\u2019on parle du Capital de Marx, il faut garde \u00e0 l\u2019esprit le caract\u00e8re incomplet de cet ouvrage. Seul le premier volume fut publi\u00e9 du vivant de Karl Marx. Il en a \u00e9galement assur\u00e9 la r\u00e9vision de la traduction fran\u00e7aise, ce qui provoque des divergences entre les \u00e9ditions allemandes et fran\u00e7aises. Les deux suivants furent \u00e9dit\u00e9s par son ami Friedrich Engels d\u2019apr\u00e8s ses manuscrits, en compl\u00e9tant ou en expliquant certains passages laiss\u00e9s blancs. Le plan choisi et les textes retenus par ce dernier ont parfois \u00e9t\u00e9 contest\u00e9s apr\u00e8s un nouvel examen des manuscrits, ce qui explique les divergences entre l\u2019\u00e9dition \u00e9tablie par Maximilien Rubel, suivant les manuscrits publi\u00e9s par David Riazanov, et les publications fond\u00e9es sur la le\u00e7n d\u2019Engels. Ensuite, le livre IV, c\u2019est-\u00e0-dire les \u00ab th\u00e9ories sur la plus-value \u00bb, fut \u00e9dit\u00e9 par Karl Kautsky apr\u00e8s la mort d\u2019Engels. Enfin, en 1930 fut d\u00e9couvert le \u00ab chapitre in\u00e9dit \u00bb, qui ne fut traduit et diffus\u00e9 hors de l\u2019URSS qu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1960.<\/p>\n<p class=\"western\">L\u2019ensemble de ces publications mises bout \u00e0 bout ne forme pas pour autant le Capital tel que Marx le concevait dans son int\u00e9gralit\u00e9. Dans ses manuscrits se trouvent \u00e9galement plusieurs versions du plan de l\u2019ouvrage complet que projetait Marx. Ils permettent de mesurer ce qu\u2019il n\u2019a jamais eu le temps d\u2019\u00e9crire. Or, parmi ces livres absents du Capital, se trouvent ceux qui auraient du \u00eatre consacr\u00e9s au cr\u00e9dit, \u00e0 la bourse, \u00e0 l\u2019\u00c9tat, l\u2019imp\u00f4t et la dette publique, au march\u00e9 mondial et\u2026 aux crises, qui auraient occuper un partie du sixi\u00e8me et dernier livre. Autrement dit, c\u2019est sur un texte inachev\u00e9, incomplet aux yeux m\u00eame de Marx qu\u2019il faut se fonder pour comprendre son analyse des crises \u00e9conomiques. C\u2019est sur cette base incompl\u00e8te que le d\u00e9bat porte depuis plus d\u2019un si\u00e8cle \u2013 bien que de nombreux auteurs ne tiennent pas compte de cet inach\u00e8vement.<\/p>\n<p class=\"western\">La m\u00e9thode de Marx, tout au long du Capital, consiste \u00e0 isoler chaque \u00e9l\u00e9ment du syst\u00e8me capitaliste, en les mettant en mouvement peu \u00e0 peu, au fur et \u00e0 mesure qu\u2019il les analyse. Bien qu\u2019il se fonde sur de nombreuses observations empiriques, fruit de la lecture et de l\u2019analyse des donn\u00e9es \u00e9conomiques r\u00e9elles, il est donc amen\u00e9, dans le cadre de sa d\u00e9monstration th\u00e9orique, \u00e0 mettre de c\u00f4t\u00e9 l\u2019influence de certains \u00e9l\u00e9ments non-encore analys\u00e9s, afin de mieux cerner le r\u00f4le de chaque \u00e9l\u00e9ment. Par exemple, il \u00e9carte fr\u00e9quemment le r\u00f4le du cr\u00e9dit, non parce qu\u2019il le n\u00e9glige, mais parce qu\u2019il ne l\u2019a pas encore incorpor\u00e9 \u00e0 son raisonnement. \u00c9tant donn\u00e9 l\u2019inach\u00e8vement de l\u2019\u0153uvre, cela signifie que le mod\u00e8le pr\u00e9sent\u00e9 dans les volumes publi\u00e9s du Capital est une vision virtuelle, incompl\u00e8te, du capitalisme r\u00e9el tel qu\u2019il existait du vivant de Marx.<\/p>\n<p class=\"western\">Ces pr\u00e9misses ne visent pas \u00e0 diminuer l\u2019int\u00e9r\u00eat des concepts marxiens pour expliquer le capitalisme actuel et ses crises, mais \u00e0 rappeler la prudence et la critique n\u00e9cessaire face aux solutions clef-en-main, fond\u00e9es sur une lecture h\u00e2tive de telle ou telle partie du Capital, mise en exergue pour \u00ab expliquer \u00bb tout et son contraire.<\/p>\n<p class=\"western\">Le r\u00f4le de la crise dans l\u2019histoire de la th\u00e9orie marxiste<\/p>\n<p class=\"western\">L\u2019un des aspects importants de la conception marxienne du capitalisme, c\u2019est son caract\u00e8re dynamique et historique. Son \u00e9tude repose pour l\u2019essentiel sur une lecture critique de l\u2019\u00e9conomie politique classique. Celle-ci privil\u00e9giait alors une vision statique, \u00e9quilibr\u00e9e et stable du capitalisme, et recherchait des lois \u00e9ternelles de l\u2019\u00e9conomie. Au contraire, Marx consid\u00e8re que le capitalisme est le produit de histoire, que certaines lois \u00e9conomiques lui sont propres, et qu\u2019il se caract\u00e9rise pr\u00e9cis\u00e9ment par son instabilit\u00e9, puisque le capitalisme r\u00e9volutionne en ses propres bases.<\/p>\n<p class=\"western\">Crise de surproduction<\/p>\n<p class=\"western\">Le mod\u00e8le type de crise que Marx \u00e9tudie est la crise de surproduction. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une surproduction par rapport aux besoins, mais par rapport aux consommateurs solvables: elles surviennent quand les capitalistes ont investi dans une branche de la production plus de capital qu\u2019ils ne peuvent r\u00e9aliser. Dans la th\u00e9orie \u00e9conomique classique, l\u2019offre et la demande sont cens\u00e9s s\u2019ajuster de mani\u00e8re naturelle, si bien que ces crises apparaissaient comme des accidents plut\u00f4t que comme un \u00e9l\u00e9ment du syst\u00e8me, et il a fallu attendre le XXe si\u00e8cle pour qu\u2019elles fassent l\u2019objet d\u2019une r\u00e9\u00e9valuation majeure \u2013 sans qu\u2019elles puissent r\u00e9ellement \u00eatre \u00e9limin\u00e9es. Marx, pour sa part, consid\u00e9rait que l\u2019offre et la demande ne s\u2019ajustaient que de mani\u00e8re exceptionnelle.<\/p>\n<p class=\"western\">Prenons un exemple pour comprendre de quoi il s\u2019agit. Un capitaliste investi de l\u2019argent dans la fabrication d\u2019une maison, qu\u2019il destine \u00e0 \u00eatre vendue, op\u00e9ration dont il esp\u00e8re tirer un b\u00e9n\u00e9fice. C\u2019est le circuit normal du capital, selon le cycle Argent \u2013 Marchandise \u2013 Argent accompagn\u00e9 de plus-value, ou encore ce que Marx appelle le circuit A-M-A\u2019, qui fait l\u2019objet du livre I du Capital. Mais, si ce capitaliste ne parvient pas \u00e0 vendre la maison, ou pas au prix qu\u2019il en attendait, faute d\u2019acheteur solvable, il r\u00e9alise des pertes plut\u00f4t que des b\u00e9n\u00e9fices, ou pire, reste avec sa maison sur les bras et la faillite le guette.<\/p>\n<p class=\"western\">Maintenant, passons de l\u2019\u00e9chelle individuelle \u00e0 l\u2019\u00e9chelle sociale, qui est la seule qui int\u00e9resse Marx dans le Capital. Nous n\u2019avons plus un capitaliste qui construit une maison, mais de nombreux capitalistes qui construisent des lotissements, des logements par milliers. Ils investissent des masses de capitaux importantes, toujours d\u2019en l\u2019espoir d\u2019en retirer un b\u00e9n\u00e9fice. S\u2019ils ne trouvent pas, en face d\u2019eux autant d\u2019acheteurs solvables, ils ne vendent pas leurs maisons et vont droit \u00e0 la faillite. Le capital qui aurait pu, une fois les ventes r\u00e9alis\u00e9es, \u00eatre r\u00e9investi dans de nouveaux chantiers de construction, ne l\u2019est pas puisqu\u2019il est immobilis\u00e9 sous la forme de maisons invendables, et les ouvriers du b\u00e2timent sont licenci\u00e9s en masse. Ici, on est au c\u0153ur des analyses de Marx sur le cycle de reproduction du capital, dans le livre II.<\/p>\n<p class=\"western\">L\u2019une des implications de ce cycle de circulation du capital, c\u2019est que celui-ci existe alternativement sous deux formes, l\u2019argent et la marchandise. A l\u2019\u00e9chelle sociale, globale, cela signifie qu\u2019il existe toujours une accumulation de marchandise et une accumulation d\u2019argent, qui passent p\u00e9riodiquement d\u2019une forme \u00e0 l\u2019autre. Que se passe-t-il lors de la construction des maisons dont nous avons parl\u00e9 ? Au fur et \u00e0 mesure que le chantier avance, le capitaliste paye ses ouvriers, les mati\u00e8res premi\u00e8res, l\u2019outillage n\u00e9cessaire. Il d\u00e9pense son capital, mais ne le fait pas d\u2019un seul coup. Il reste donc, jusqu\u2019au dernier payement, une partie de ce capital qui n\u2019est pas encore employ\u00e9e. Cet argent, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle globale, constitue donc une masse disponible.<\/p>\n<p class=\"western\">D\u00e9pos\u00e9e dans une banque, cet argent peut fonctionner comme capital pour d\u2019autres capitalistes, sous la forme du cr\u00e9dit. Peu importe \u00e0 notre fabricant de maison, que l\u2019argent qu\u2019il retire lorsqu\u2019il en a besoin ne soit pas celui qu\u2019il a d\u00e9pos\u00e9, puisque la somme est la m\u00eame. Or, ce cr\u00e9dit offre de nombreuses applications int\u00e9ressantes pour le syst\u00e8me capitaliste. En voici quelques-unes, qui concernent nos fabricants de maisons. Une banque pourrait pr\u00eater de l\u2019argent \u00e0 des acheteurs potentiels, pour leur permettre d\u2019acheter ces maisons qui viennent d\u2019\u00eatre construites. Pour nos capitalistes, la question est r\u00e9solue : si les acheteurs ne peuvent plus rembourser leurs traites, c\u2019est devenu l\u2019affaire de la banque et plus la leur.<\/p>\n<p class=\"western\">Puisque les acheteurs remboursent r\u00e9guli\u00e8rement de l\u2019argent et qu\u2019ils en rembourseront, \u00e0 terme, plus d\u2019argent qu\u2019ils n\u2019en ont emprunt\u00e9, la reconnaissance de dette devient un papier qui rapporte de l\u2019argent \u00e0 celui qui la d\u00e9tient. Mais elle contient aussi le risque de ne pas \u00eatre rembours\u00e9, si l\u2019emprunteur se r\u00e9v\u00e9lait insolvable. Alors, pour la banque, il existe une solution : revendre ce papier, qui contient \u00e0 la fois un argent potentiel et un risque potentiel, en le jetant sur le march\u00e9. Pour l\u2019acheteur, ce papier ne repr\u00e9sente plus une maison, un ensemble de maison, des marchandises, mais seulement de l\u2019argent d\u00e9connect\u00e9 de la marchandise. On peut l\u2019acheter, le vendre, sp\u00e9culer dessus. On est alors dans la fiction de l\u2019argent qui engendrerait de l\u2019argent. Le M du circuit A-M-A\u2019 semble avoir disparu au profit d\u2019un circuit A-A\u2019. C\u2019est l\u2019une des composantes que Marx appelle le capital fictif, dans la mesure o\u00f9 il ne repr\u00e9sente pas de l\u2019argent r\u00e9el, mais seulement la possibilit\u00e9, l\u2019espoir de gagner de l\u2019argent.<\/p>\n<p class=\"western\">Or, que se passe-t-il, si massivement, les b\u00e9n\u00e9ficiaires de ces pr\u00eats, qui ont achet\u00e9s des maisons avec un argent fictif \u2013 puisqu\u2019il n\u2019existe pas encore au moment o\u00f9 ils le d\u00e9pensent \u2013 se r\u00e9v\u00e8lent incapables de rembourser leurs traites ? Les reconnaissances de dette ne valent en r\u00e9alit\u00e9 plus rien, ou sont suspectes de ne rien valoir, et leurs possesseurs cherchent \u00e0 s\u2019en dpfaire. Voici des \u00a0\u00bb propri\u00e9taires \u00bb expuls\u00e9s en masse, des banques qui se retrouvent en possession de maisons toujours aussi invendables, des financiers au portefeuille plein de titres sans valeur. Cette situation engendre une m\u00e9fiance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e sur le cr\u00e9dit, puisque les banques ne veulent pas perdre plus qu\u2019elles n\u2019ont d\u00e9j\u00e0 perdu, et l\u2019\u00e9conomie qui repose sur le cr\u00e9dit tourne au ralenti. La crise, au lieu de se manifester sous la forme d\u2019une crise de surproduction, s\u2019est d\u00e9plac\u00e9e dans le capital fictif. Mais celle-ci n\u2019est pas virtuelle pour autant. Ce que je viens de d\u00e9crire, c\u2019est de mani\u00e8re simplifi\u00e9e, la fameuse crise des subprimes de 2008, du point de vue marxiste.<\/p>\n<p class=\"western\">Remarque sur la crise de surproduction et l\u2019histoire du marxisme<\/p>\n<p class=\"western\">Au si\u00e8cle de Marx, les crises de surproduction sous leur forme classique \u00e9taient fr\u00e9quentes, et se r\u00e9p\u00e9taient de mani\u00e8re, selon une r\u00e9gularit\u00e9 que Marx a cherch\u00e9 \u00e0 saisir sans y parvenir totalement. Cette recherche a occup\u00e9 une partie de sa correspondance avec Engels. Il y a consacr\u00e9 de nombreux articles et surtout des notes manuscrites, qui montrent l\u2019attention qu\u2019il y accordait. C\u2019est donc devenu une question importante du marxisme. Avec la cr\u00e9ation des partis ouvriers et de la seconde internationale, la d\u00e9nonciation de \u00ab l\u2019anarchie du march\u00e9 \u00bb devient un th\u00e8me important. Le socialisme, fond\u00e9 sur la planification, sur l\u2019ad\u00e9quation consciente, scientifique, entre la production et les besoins de la soci\u00e9t\u00e9, mettra un terme aux crises de surproduction.<\/p>\n<p class=\"western\">Or, un ph\u00e9nom\u00e8ne que Marx avait analys\u00e9 d\u00e8s ses d\u00e9buts dans le livre III du Capital, prend une ampleur nouvelle au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle : l\u2019existence des trusts et des cartels, la g\u00e9n\u00e9ralisation des soci\u00e9t\u00e9s par action, et le d\u00e9veloppement du capital financier. La figure du capitaliste individuel, propri\u00e9taire de son usine dans laquelle il risque son propre capital, s\u2019efface derri\u00e8re celle de l\u2019actionnaire. Dans un style tr\u00e8s h\u00e9g\u00e9lien, Marx consid\u00e9rait ce mouvement comme un d\u00e9passement du capitalisme sur la base du capitalisme lui-m\u00eame.<\/p>\n<p class=\"western\">Pour l\u2019aile r\u00e9formiste du parti ouvrier, qui consid\u00e9rait que le chemin vers le socialisme passait par la conqu\u00eate \u00e9lectorale du pouvoir politique et la mise en place d\u2019une s\u00e9rie de r\u00e9formes, cette transformation du capitalisme mettait fin \u00e0 l\u2019anarchie du march\u00e9, puisque les trusts \u00e9liminaient la concurrence qui engendrait les crises. Du m\u00eame coup, il devenait essentiel pour l\u2019aile r\u00e9volutionnaire de d\u00e9velopper la th\u00e9orie marxiste des crises, qui devenait l\u2019une des lignes de d\u00e9marcation essentielle. C\u2019est l\u2019un des facteurs qui explique l\u2019importance prise par cette question dans le marxisme r\u00e9volutionnaire, disproportionn\u00e9e par rapport \u00e0 sa place dans le texte de Marx.<\/p>\n<p class=\"western\">Les crises avaient en effet un r\u00f4le important dans la dynamique de concentration du capital, puisqu\u2019elles \u00e9liminaient p\u00e9riodiquement les entreprises les plus fragiles et amenaient les autres \u00e0 se regrouper pour limiter les effets d\u00e9vastateurs de la concurrence, de l\u2019 \u00ab anarchie du march\u00e9 \u00bb. Cette concentration de capitaux gonflait le capital en circulation, donc les possibilit\u00e9s de cr\u00e9dit, et n\u00e9cessitait le recours \u00e0 l\u2019\u00e9mission d\u2019actions pour financer ces regroupements, leur donner tout leur potentiel, et r\u00e9partir leurs profits.<\/p>\n<p class=\"western\">Baisse tendancielle du taux de profit<\/p>\n<p class=\"western\">Dans les discussions marxistes sur les crises, on entend fr\u00e9quemment parler de la baisse tendancielle du taux de profit. A premi\u00e8re vue, on peut se dire que si le profit baisse, \u00e7a ne doit pas \u00eatre tr\u00e8s bon pour les capitalistes. Rappelons tout de m\u00eame qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un taux, qui peut donc baisser alors que la masse des profits augmente. Difficile d\u2019\u00e9voquer ici les milliers, les centaines de milliers de pages sans doute, remplies sur ce sujet, mais il est int\u00e9ressant d\u2019expliquer la base du probl\u00e8me, tel qu\u2019il est d\u00e9crit dans le livre III du Capital.<\/p>\n<p class=\"western\">Pour Marx, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle sociale et calcul\u00e9e en temps de travail, la valeur d\u2019une marchandise contient ce qui a \u00e9t\u00e9 consomm\u00e9 dans sa production. Il nomme capital constant l\u2019ensemble des mati\u00e8res premi\u00e8res, machines, b\u00e2timents, et capital variable le co\u00fbt de la force de travail. Cette derni\u00e8re a une propri\u00e9t\u00e9 essentielle : elle produit plus de valeur qu\u2019elle n\u2019en consomme pour sa propre reproduction. Autrement dit, la valeur cr\u00e9\u00e9e par le salari\u00e9 exc\u00e8de ce qui est n\u00e9cessaire \u00e0 son existence en tant que salari\u00e9. La diff\u00e9rence constitue la plus-value, qui revient au capitaliste. C\u2019est le fondement de la th\u00e9orie de la valeur, telle qu\u2019expos\u00e9e au livre I.<\/p>\n<p class=\"western\">Le taux de profit est donc, tout simplement, le rapport entre le capital investi (dans son ensemble, constant et variable, c\u2019est-\u00e0-dire machines, mati\u00e8res premi\u00e8res, salaires, etc.) et la plus-value obtenue. Il faut faire intervenir une autre notion, qui d\u00e9rive directement de la loi de la valeur, c\u2019est le taux d\u2019exploitation. Puisque la force de travail produit plus qu\u2019elle ne consomme, on peut \u00e9tablir un rapport math\u00e9matique entre ces deux donn\u00e9es. Par exemple, si un ouvrier travaille huit heures et re\u00e7oit l\u2019\u00e9quivalent de quatre heures de travail, ce taux d\u2019exploitation est de 100%.<\/p>\n<p class=\"western\">Les \u00e9conomistes classiques avaient constat\u00e9, avant Marx, que ce taux avait tendance, sur une longue p\u00e9riode, \u00e0 diminuer. Les capitalistes avaient besoin d\u2019investir toujours plus de capital pour obtenir la m\u00eame plus-value par marchandise. En cherchant la raison de cette tendance, Marx abouti \u00e0 la conclusion que, \u00e0 taux d\u2019exploitation constant (rapport salaire \/ plus-value), le progr\u00e8s des moyens de production faisait augmenter le capital constant (plus de machines, plus d\u2019usines\u2026) et donc diminuer le taux de profit. C\u2019est pour cela que Marx consid\u00e8re cette baisse tendancielle comme un indicateur de la productivit\u00e9 sociale du travail.<\/p>\n<p class=\"western\">En effet, conforme \u00e0 sa m\u00e9thode de travail, Marx isole chaque \u00e9l\u00e9ment de son raisonnement, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un math\u00e9maticien, pour \u00e9tudier ses propri\u00e9t\u00e9s particuli\u00e8res. Dans le chapitre sur la baisse tendancielle du taux de profit, il consid\u00e8re le taux d\u2019exploitation comme \u00e9tant constant. D\u00e8s le chapitre suivant, il analyse une longue s\u00e9rie de variables qui viennent contrecarrer cette tendance. Parmi celles-ci, il propose notamment l\u2019augmentation du degr\u00e9 d\u2019exploitation du travail, ou encore la baisse de prix des \u00e9l\u00e9ments du capital constant, qui d\u00e9rive elle-m\u00eame de cette productivit\u00e9 accrue, ou au contraire l\u2019exportation de capitaux dans des pays o\u00f9 la main d\u2019\u0153uvre est peu co\u00fbteuse, et le taux d\u2019exploitation plus \u00e9lev\u00e9. Le r\u00e9sultat, c\u2019est que la baisse tendancielle du taux de profit joue plut\u00f4t le r\u00f4le d\u2019un moteur pour le d\u00e9veloppement du capitalisme, plut\u00f4t qu\u2019une limite r\u00e9elle \u00e0 celui-ci.<\/p>\n<p class=\"western\">Cette recherche constante de la productivit\u00e9 est \u00e0 la fois une cause de la baisse du taux de profit (puisque la part du capital constant augmente plus que celle du capital variable), mais aussi d\u2019une hausse de la masse du profit qui vient occulter la premi\u00e8re.<\/p>\n<p class=\"western\">Par contre, lorsqu\u2019on regarde quelles sont les cons\u00e9quences pratiques de ces contre-tendances, on comprend mieux pourquoi elles peuvent \u00eatre assimil\u00e9es \u00e0 des facteurs de crises. L\u2019installation de nouvelles machines se produisent souvent, non seulement par le remplacement des anciennes, mais aussi par celui des anciens ouvriers, dont les comp\u00e9tences ne sont plus requises ou adapt\u00e9es. Les nouvelles machines n\u00e9cessitent moins de personnes pour fonctionner, provoquant des licenciements massifs. Le capitaliste doit s\u2019assurer que le co\u00fbt d\u2019entretien et de modernisation de son usine et de son parc machines est plus int\u00e9ressant que d\u2019en construire une nouvelle ailleurs\u00a0 \u2013 c\u2019est le ph\u00e9nom\u00e8ne des d\u00e9localisations. Enfin, les diff\u00e9rences de co\u00fbt de main d\u2019\u0153uvre, m\u00eame si elles ne constituent que l\u2019un des facteurs du choix d\u2019investissement dans un pays, favorisent \u00e9galement les fermetures d\u2019entreprises.<\/p>\n<p class=\"western\">Peu importe, du point de vue du capital, que les ouvriers licenci\u00e9s soient toujours en \u00e9tat de travailler, que les machines marchent encore, que l\u2019usine soit toujours debout, que la production soit b\u00e9n\u00e9ficiaire. Ce qui compte, c\u2019est quelle est la meilleure fa\u00e7on d\u2019investir pour obtenir le meilleur profit. C\u2019est ce qui explique la divergence fondamentale entre le point de vue des salari\u00e9s et celui des capitalistes sur les licenciements ; qui explique que les plans de restructuration, c\u2019est-\u00e0-dire les licenciements massifs, provoquent une hausse du cours des actions d\u2019une entreprise, puisqu\u2019ils sont signes d\u2019une hausse probable des profits. C\u2019est une crise du point de vue des salari\u00e9s au ch\u00f4mage, mais pas du point de vue des capitalistes.<\/p>\n<p class=\"western\">Et lorsqu\u2019on essaie d\u2019expliquer le ch\u00f4mage par la crise, on d\u00e9couvre \u00e0 quel point il s\u2019agit d\u2019une illusion id\u00e9ologique, par laquelle on essaie d\u2019expliquer aux salari\u00e9s qu\u2019ils subissent les m\u00eames malheurs que leurs malheureux patrons. La r\u00e9alit\u00e9 est tout autre : le ch\u00f4mage est, jusqu\u2019\u00e0 un certain point, un rem\u00e8de \u00e0 la crise pour les capitalistes. En outre, en exer\u00e7ant une pression \u00e0 la baisse sur les salaires, il contribue \u00e0 faire remonter la productivit\u00e9 du capital.<\/p>\n<p class=\"western\">La baisse tendancielle du taux de profit, dont la r\u00e9alit\u00e9 est difficile \u00e0 calculer du fait m\u00eame de la multiplicit\u00e9 des contre-tendances, fait partie du patrimoine marxiste. Elle joue, comme on l\u2019a vu, un r\u00f4le certain dans la dynamique du capitalisme. Par contre, il n\u2019appara\u00eet pas de mani\u00e8re \u00e9vidente qu\u2019il soit en soit un facteur de crise du capitalisme, pas plus qu\u2019il n\u2019appara\u00eet en tant que tel comme une limite \u00e0 son existence. Certains marxistes identifient volontiers dans cette baisse la possibilit\u00e9 d\u2019une crise catastrophique, parfois sugg\u00e9r\u00e9e dans certaines remarques, certains espoirs de Marx, sans qu\u2019il en fasse un point central de sa th\u00e9orie.<\/p>\n<p class=\"western\">Le probl\u00e8me de l\u2019accumulation<\/p>\n<p class=\"western\">Je passe bri\u00e8vement sur une th\u00e9orie qui a pourtant fait couler beaucoup d\u2019encre, qui est celle de l\u2019accumulation du capital. Rosa Luxembourg, examinant de pr\u00e8s le texte de Marx, identifiait un probl\u00e8me dans les sch\u00e9mas math\u00e9matiques de ce dernier sur les \u00e9changes constants entre les deux sections du capital, c\u2019est-\u00e0-dire la production de moyens de production, et la production de moyens de subsistance. Pour les besoins de la d\u00e9monstration, conform\u00e9ment \u00e0 sa m\u00e9thode, Marx envisageait une relation \u00e9quilibr\u00e9e, qui ouvrait la voie \u00e0 un d\u00e9veloppement continu et harmonieux du capital \u00e0 condition de maintenir cet \u00e9quilibre. C\u2019est pourquoi certains th\u00e9oriciens de la planification, en Union sovi\u00e9tique, se sont appuy\u00e9s sur cette relation \u00e9quilibr\u00e9e entre les deux sections comme un moyen de d\u00e9veloppement \u00e9conomique prot\u00e9g\u00e9 des crises.<\/p>\n<p class=\"western\">Mais Rosa Luxembourg posait avec insistance une question importante : d\u2019o\u00f9 vient l\u2019argent qui permet d\u2019acheter, en d\u00e9finitive, les marchandises produites, pour que le capital mis en \u0153uvre puisse \u00eatre accru \u00e0 chaque cycle. Elle identifiait cette source en dehors du capitalisme, dans les classes non-capitalistes, les pays colonis\u00e9s dans lesquels les rapports capitalistes n\u2019\u00e9taient pas totalement d\u00e9velopp\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"western\">Sur cette base, elle pouvait d\u00e9velopper une th\u00e9orie de la colonisation, et sortir des sch\u00e9mas du Capital qui r\u00e9duisent la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 deux classes (trois, d\u00e8s lors que Marx r\u00e9introduit les propri\u00e9taires fonciers dans son analyse, dans la seconde partie du livre III). On retrouve, sous une autre forme, une probl\u00e9matique semblable d\u00e9velopp\u00e9e par la revue The Commoner, sur (\u2026) progressive des \u00ab communs \u00bb, de la gratuit\u00e9, dans le domaine du capital \u2013 que je ne d\u00e9velopperais pas ici.<\/p>\n<p class=\"western\">Comme pour la baisse tendancielle du taux de profit, cette th\u00e9orie pouvait d\u00e9boucher sur l\u2019id\u00e9e d\u2019une crise finale, d\u2019un capitalisme ayant atteint les limites potentielles de son accumulation en ayant d\u00e9finitivement int\u00e9gr\u00e9 l\u2019ensemble du monde non-capitaliste. Dans tous les cas, cette question joue un r\u00f4le dans la dynamique du capitalisme, que Marx sugg\u00e8re \u00e0 de nombreuses reprises dans le texte du Capital et qui aurait du constituer les livres V et VI du plan initial. Par contre, il faut remarquer que dans son raisonnement, Rosa Luxembourg laisse totalement en dehors la question du cr\u00e9dit, du capital fictif, qui permet de rechercher l\u2019accumulation au sein du capital lui-m\u00eame, ou plut\u00f4t, dans son futur, en anticipant sur une production qui n\u2019existe pas encore.<\/p>\n<p class=\"western\">Le capital fictif et l\u2019Etat<\/p>\n<p class=\"western\">Le capital fictif ne se r\u00e9sume pas au cr\u00e9dit. Au contraire, il est constitu\u00e9 pour l\u2019essentiel par le volume des titres, actions, obligations, cr\u00e9ances, emprunts et autres, qui ont en commun de repr\u00e9senter des droits sur un profit potentiel, sous la forme de dividendes ou d\u2019int\u00e9r\u00eats. Comme nous l\u2019avons vu, son existence constitue une cons\u00e9quence n\u00e9cessaire du capitalisme, puisqu\u2019il r\u00e9sulte de la n\u00e9cessit\u00e9 pour le capital de passer sans cesse de la forme argent \u00e0 la forme marchandise et inversement, de l\u2019existence d\u2019une masse d\u2019argent n\u00e9cessaire au fonctionnement du cycle de circulation, condition historique du d\u00e9veloppement du cr\u00e9dit et du capital bancaire. Mais, arriv\u00e9 \u00e0 un certain niveau de d\u00e9veloppement, il n\u2019est plus la cons\u00e9quence du capital, mais sa cause, son point de d\u00e9part. Le capital fictif se trouve alors partout. La concentration des entreprises, \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les m\u00e9gafusions \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire, repose sur l\u2019existence du march\u00e9 boursier et des actions. La consommation des salari\u00e9s est de plus en plus fond\u00e9e sur son existence (cr\u00e9dit \u00e0 la consommation, cr\u00e9dit pour le logement, \u00e9pargne financi\u00e8re, \u00e9pargne-retraite, \u2026), une part croissante du salaire servant directement \u00e0 couvrir cette avance de capital fictif. Les \u00c9tats \u00e9mettent des emprunts, qui fonctionnent sur le march\u00e9 boursier comme des valeurs parmi d\u2019autres. C\u2019est ce dernier point que je voudrais d\u00e9velopper.<\/p>\n<p class=\"western\">Comme je l\u2019ai expos\u00e9 en introduction, la question de l\u2019\u00c9tat faisait partie du plan du Capital, constituant l\u2019un des livres que Marx projetait d\u2019\u00e9crire, et pour lequel aucun manuscrit complet ne nous est jamais parvenu. \u00c7a et l\u00e0, tout au long des textes publi\u00e9s, des remarques permettent entr\u2019apercevoir la mani\u00e8re dont Marx envisageait la question ; mais on est bien oblig\u00e9 de constater que la quasi-totalit\u00e9 des auteurs qui ont abord\u00e9 la question de l\u2019\u00c9tat chez Marx l\u2019ont fait \u00e0 partir des textes historiques (notamment sur la Commune de Paris) ou philosophiques (L\u2019id\u00e9ologie allemande, les manuscrits de 1844,..), laissant de c\u00f4t\u00e9 le Capital et l\u2019analyse des fondements \u00e9conomiques de l\u2019\u00c9tat. M\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e9bauche, le plan r\u00e9v\u00e8le l\u2019importance que Marx accordait \u00e0 la dette publique dans l\u2019\u00e9tude de cette question.<\/p>\n<p class=\"western\">La dette publique n\u2019est pas une question nouvelle, m\u00eame si elle est sous le feu de l\u2019actualit\u00e9. Mais elle ne constitue plus, depuis longtemps, un moyen de financer les guerres, mais un \u00e9l\u00e9ment structurel de la politique \u00e9conomique des \u00c9tats. Aujourd\u2019hui, presque tous \u00e9mettent des bons du tr\u00e9sor, tout en remboursant des dettes ant\u00e9rieures. Tant que les rentr\u00e9es, fiscales pour l\u2019essentiel, permettent d\u2019entretenir ce cycle, cela ne pose pas de probl\u00e8me aux pr\u00eateurs, qui voient dans les bons d\u2019\u00c9tat des valeurs fiables. C\u2019est l\u2019un des effets de la croissance du capital fictif, pour lequel l\u2019argent semble se valoriser directement en argent : tout titre, qu\u2019il soit action ou bon d\u2019\u00c9tat, est \u00e9valu\u00e9 en fonction du risque qu\u2019il contient rapport au profit potentiel qu\u2019il engendre. Une partie croissante du budget de l\u2019\u00c9tat est donc constitu\u00e9 de ce capital fictif, ce qui le rend vuln\u00e9rable aux crises financi\u00e8res qui s\u2019y d\u00e9roulent. Or, de la m\u00eame mani\u00e8re que l\u2019on peut assurer une maison ou une voiture, il est aujourd\u2019hui possible d\u2019assurer un risque financier sur le march\u00e9 : c\u2019est le r\u00f4le des CDS (credit default swap). Ces titres font eux-m\u00eames l\u2019objet d\u2019un march\u00e9, qui est la logique m\u00eame du capital fictif puisqu\u2019ils contiennent un profit potentiel, de l\u2019argent se valorisant en argent. D\u00e9s lors, il devient possible de sp\u00e9culer sur les risques de banqueroute d\u2019un \u00c9tat : c\u2019est ce qui s\u2019est pass\u00e9 avec la crise grecque. Cela dit, si les critiques se concentrent sur le r\u00f4le des CDS et l\u2019absence de r\u00e9gulation de ce march\u00e9, la crise [a] surtout r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la situation de l\u2019\u00c9tat grec et l\u2019a contraint \u00e0 des mesures de restructuration. De ce point de vue, l\u2019\u00c9tat est exactement dans la situation d\u2019une entreprise qui restructure pour restaurer ses profits : r\u00e9duction massive des salaires des fonctionnaires, blocage des recrutements et non-remplacement des d\u00e9parts en retraites, et am\u00e9lioration de la \u00ab productivit\u00e9 \u00bb par des mesures fiscales. Autrement dit, l\u2019\u00c9tat est, dans le capitalisme actuel, l\u2019\u00c9tat est un moyen de valorisation du capital comme un autre, la mani\u00e8re dont il s\u2019y prend pour fournir cette valeur ajout\u00e9e n\u2019ayant d\u2019importance que lorsqu\u2019il risque de ne plus y parvenir.<\/p>\n<p class=\"western\">Cette relation entre le capital et l\u2019\u00c9tat se retrouve \u00e0 d\u2019autres niveaux. Marx avait face \u00e0 lui un monde domin\u00e9 par la manufacture, propri\u00e9t\u00e9 d\u2019un capitaliste individuel ; dans lequel le capital sous forme mon\u00e9taire avait encore une forme concr\u00e8te, la quantit\u00e9 d\u2019or contenue dans les d\u00e9p\u00f4ts des banques dont la masse \u00e9tait fonction de l\u2019extraction mini\u00e8re ; o\u00f9 les salaires \u00e9taient vers\u00e9s en liquide ; o\u00f9 le solde de la balance des payements internationaux se concr\u00e9tisaient par des la circulation de lingots ; un monde o\u00f9 les soci\u00e9t\u00e9s par action ne concernaient encore qu\u2019un nombre limit\u00e9 d\u2019entreprises et de secteurs ; o\u00f9 le cr\u00e9dit \u00e9tait prudemment limit\u00e9 ; mais les tendances qui annon\u00e7aient le capitalisme actuel, domin\u00e9 par le capital fictif, \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 visibles et il a eu le m\u00e9rite de les \u00e9tudier dans les brouillons de ce qui est devenu, apr\u00e8s sa mort, le livre III du Capital.<\/p>\n<p class=\"western\">Le monde actuel se caract\u00e9rise au contraire par r\u00f4le croissant d\u2019\u00e9normes masses de capitaux susceptibles d\u2019\u00eatres mobilis\u00e9es, investies n\u2019importe o\u00f9 sur la plan\u00e8te, et d\u2019entreprises transnationales dont la production et la circulation sont segment\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale. Si le petit investisseur, dot\u00e9 d\u2019un capital limit\u00e9, ne peut employer son capital qu\u2019\u00e0 port\u00e9e de chez lui, ce n\u2019est pas le cas des transnationales. Pour elles, chaque \u00c9tat, chaque pays se pr\u00e9sente sous la forme d\u2019un certain nombre de caract\u00e9ristiques plus ou moins adapt\u00e9es \u00e0 la valorisation de leur capital : co\u00fbt du travail, paix sociale, stabilit\u00e9 politique, fiscalit\u00e9, infrastructures, qualification de la force de travail et ainsi de suite. Si bien qu\u2019aux sp\u00e9cialisations li\u00e9es au potentiel agricole ou minier, se sont ajout\u00e9es des sp\u00e9cialisations li\u00e9es aux profils susceptibles d\u2019attirer des investissements, desquels d\u00e9pendent plus ou moins directement la capacit\u00e9 des \u00c9tats \u00e0 participer au march\u00e9 de la dette \u2013 et \u00e0 alimenter, au passage, le revenu des classes dirigeantes. Le capital fictif, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle globale, restructure donc compl\u00e8tement la relation entre capital et \u00c9tat, int\u00e9grant ce dernier dans la dynamique du capital. L\u00e0 encore, la crise telle qu\u2019elle est v\u00e9cue par les salari\u00e9s, par les citoyens de chaque \u00c9tat, n\u2019est pas n\u00e9cessairement une crise pour le capital, m\u00eame si elle peut lui \u00eatre li\u00e9e comme dans le cas grec. C\u2019est avant tout l\u2019effet d\u2019une restructuration des rapports entre Etat et capital qui s\u2019impose \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale.<\/p>\n<p class=\"western\">Conclusion<\/p>\n<p class=\"western\">Arriv\u00e9 \u00e0 ce point, je pourrais encore aborder de nombreux aspects du mode de production capitaliste qui rec\u00e8lent des crises potentielles, et qui expliquent telle ou telle crise, tel ou tel aspect d\u2019une crise. Peut-\u00eatre que le d\u00e9bat nous en donnera l\u2019occasion, car le sujet est loin d\u2019\u00eatre \u00e9puis\u00e9. Je voudrais donc simplement r\u00e9capituler quelques points qui me semblent essentiels. Le capitalisme est un syst\u00e8me dynamique, en d\u00e9veloppement constant, dans lequel les crises sont un aspect n\u00e9cessaire et dont la forme subit les m\u00eames transformations que le capital dans son ensemble. Ces crises ne sont pas des signes de son d\u00e9clin, mais de sa permanente r\u00e9volution. Les crises telles qu\u2019elles sont v\u00e9cues par les salari\u00e9s ne sont pas des crises du capitalisme, mais les effets de sa restructuration, et dans la p\u00e9riode actuelle de la reconfiguration des relations entre l\u2019\u00c9tat et le capital \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale.<\/p>\n<p class=\"western\">L\u2019existence de l\u2019argent, sous forme de plus en plus virtuelle, est une n\u00e9cessit\u00e9 de la perp\u00e9tuelle transformation du capital en ses deux formes, argent et marchandise, m\u00eame si le d\u00e9veloppement du capital fictif maintient l\u2019illusion que l\u2019argent se valorise lui-m\u00eame. C\u2019est parce qu\u2019il est inscrit dans l\u2019existence m\u00eame du capital, dans la loi de la valeur \u00e0 un certain stade de son d\u00e9veloppement, qu\u2019il est illusoire d\u2019imaginer le capitalisme sans la bourse.<\/p>\n<p class=\"western\">Marx, comme tout militant, a pu miser des espoirs sur telle ou telle crise pour pr\u00e9cipiter le d\u00e9veloppement du mouvement ouvrier et le mouvement vers le communisme, il ne semble pas que cela constitue une question essentielle pour lui. La limite au capital, le chemin de son d\u00e9passement, il le trouve non dans la crise, mais dans l\u2019abolition des rapports sociaux pr\u00e9-capitalistes, ce qui explique son apologie du r\u00f4le r\u00e9volutionnaire de la bourgeoisie ; dans l\u2019expansion mondiale du salariat et des rapports de production capitaliste, qui posent les bases de leur propre d\u00e9passement ; l\u2019antagonisme entre les forces productives et les rapports de production capitalistes, incapable d\u2019employer \u00e0 leur plein potentiel ces forces productives.<\/p>\n<p class=\"western\">Bibliographie<\/p>\n<p class=\"western\">Simon Clarke, Marxist theory of crisis. Palgrave McMillan, 1994.<\/p>\n<p class=\"western\">Henryk Grossman, Marx, l\u2019\u00e9conomie politique classique et le probl\u00e8me de la dynamique. Champ Libre, 1975<\/p>\n<p class=\"western\">Jacques Guigou et Jacques Wajnstejn, Crise financi\u00e8re et capital fictif, L\u2019Harmattan 2008.<\/p>\n<p class=\"western\">Rosa Luxembourg, L\u2019accumulation du Capital, Masp\u00e9ro, 1967, 2 vol.<\/p>\n<p class=\"western\">Karl Marx, Friedrich Engels, Lettre sur le Capital. \u00c9ditions sociales, 1964.<\/p>\n<p class=\"western\">Karl Marx, \u0152uvres. I : \u00c9conomie. Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade. Gallimard, 1963.<\/p>\n<p class=\"western\">Karl Marx, \u0152uvres. II : \u00c9conomie. Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade. Gallimard, 1968.<\/p>\n<p class=\"western\">Karl Marx, Un chapitre in\u00e9dit du Capital. U.G.E., 1971.<\/p>\n<p class=\"western\">Karl Marx, Th\u00e9ories sur la plus-value (Livre IV du \u00ab Capital \u00bb). \u00c9ditions sociales, 1974-76, 3 vol.<\/p>\n<p class=\"western\">Karl Marx, Le capital. Critique de l\u2019\u00e9conomie politique. Livre I : le d\u00e9veloppement de la production capitaliste. \u00c9ditions sociales, 1976.<\/p>\n<p class=\"western\">Karl Marx, Le capital. Critique de l\u2019\u00e9conomie politique. Livre II : le proc\u00e8s de circulation du capital. \u00c9ditions sociales, 1976.<\/p>\n<p class=\"western\">Karl Marx, Le capital. Critique de l\u2019\u00e9conomie politique. Livre III: le proc\u00e8s d\u2019ensemble de la production capitaliste. \u00c9ditions sociales, 1976.<\/p>\n<p class=\"western\">Maximilien Rubel, Marx, critique du marxisme. Payot, 1974.<\/p>\n<p class=\"western\">Les 13 num\u00e9ros de la revue The Commoner sont disponibles sur http:\/\/www.commoner.org.uk\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marxisme et crise\u00a0\u00e9conomique Nicolas Dessaux Transcription de l\u2019intervention de Nicolas Dessaux \u00e0 Lyon le 18 mars dernier, o\u00f9 l\u2019association Table rase l\u2019avait invit\u00e9. pdf non corrig\u00e9] Marx, le Capital et les crises \u00e9conomiques On m\u2019a confi\u00e9 la difficile t\u00e2che de &hellip; <a href=\"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/?p=955\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":14481,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[37,12,19,23],"tags":[],"class_list":["post-955","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-crise","category-economie","category-marx","category-nicolas-dessaux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/955","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/14481"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=955"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/955\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=955"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=955"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=955"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}