{"id":986,"date":"2020-01-09T12:21:56","date_gmt":"2020-01-09T11:21:56","guid":{"rendered":"http:\/\/lazermi.noblogs.org\/?p=986"},"modified":"2020-03-09T09:16:54","modified_gmt":"2020-03-09T08:16:54","slug":"le-mouvement-des-conseils-ouvriers-en-allemagne-1919-1935","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/?p=986","title":{"rendered":"Le mouvement des Conseils ouvriers en Allemagne (1919-1935)"},"content":{"rendered":"<h1 class=\"western\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-987 alignleft\" src=\"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/files\/2020\/01\/conseils-300x213.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"213\" srcset=\"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/files\/2020\/01\/conseils-300x213.jpg 300w, https:\/\/liremarx.noblogs.org\/files\/2020\/01\/conseils.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Le mouvement des Conseils ouvriers en Allemagne (1919-1935), par Henk Canne-Meijer (<a href=\"http:\/\/www.mondialisme.org\/spip.php?article1058\">lien vers sa biographie<\/a>)<\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"western\"><strong>LA REVOLUTION \u00c9CLATE<\/strong><\/p>\n<p class=\"western\">En novembre 1918, le front allemand s\u2019effondra. Les soldats d\u00e9sert\u00e8rent par milliers. Toute la machine de guerre craquait. N\u00e9anmoins, \u00e0 Kiel, les officiers de la flotte d\u00e9cid\u00e8rent de livrer une derni\u00e8re bataille : pour sauver l\u2019honneur. Alors, les marins refus\u00e8rent de servir. Ce n\u2019\u00e9tait pas leur premier soul\u00e8vement, mais les tentatives pr\u00e9c\u00e9dentes avaient \u00e9t\u00e9 r\u00e9prim\u00e9es par les balles et les bonnes paroles. Cette fois-ci, il n\u2019y avait plus d\u2019obstacle imm\u00e9diat ; le drapeau rouge monta sur un navire de guerre, puis sur les autres. Les marins \u00e9lurent des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s qui form\u00e8rent un Conseil.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/cras31.info\/IMG\/pdf\/canne-meijer-conseils-ouvriers.pdf\">pdf<\/a><\/p>\n<p class=\"western\">D\u00e9sormais les marins \u00e9taient oblig\u00e9s de tout faire pour g\u00e9n\u00e9raliser le mouvement. Ils n\u2019avaient pas voulu mourir au combat contre l\u2019ennemi ; mais ils demeuraient dans l\u2019isolement, les troupes dites loyales interviendraient et, de nouveau, ce serait le combat, la r\u00e9pression. Aussi les matelots d\u00e9barqu\u00e8rent et gagn\u00e8rent Hambourg ; de l\u00e0, par le train ou par tout autre moyen, ils se r\u00e9pandirent dans toute l\u2019Allemagne. Le geste lib\u00e9rateur \u00e9tait accompli. Les \u00e9v\u00e9nements s\u2019encha\u00eenaient maintenant rigoureusement. Hambourg accueillit les marins avec enthousiasme ; soldats et ouvriers se solidarisaient avec eux, ils \u00e9lirent eux aussi des Conseils. Bien que cette forme d\u2019organisation ait \u00e9t\u00e9 jusque-l\u00e0 inconnue dans la pratique, un vaste r\u00e9seau de Conseils ouvriers et de Conseils de soldats couvrit promptement, en quatre jours, le pays. Peut-\u00eatre avait-on entendu parler des Soviets russes de 1917, mais alors tr\u00e8s peu : la censure veillait. En tout cas, aucun parti, aucune organisation n\u2019avait jamais propos\u00e9 cette nouvelle forme de lutte.<\/p>\n<p class=\"western\">PR\u00c9CURSEURS DES CONSEILS<\/p>\n<p class=\"western\">Toutefois, pendant la guerre en Allemagne, des organismes assez analogues avaient fait leur apparition dans les usines. Ils \u00e9taient form\u00e9s au cours des gr\u00e8ves par des responsables \u00e9lus, appel\u00e9s hommes de confiance. Charg\u00e9s par le syndicat de petites fonctions sur le tas, ces derniers, dans la tradition syndicale allemande, devaient assurer un lien entre la base et les centrales, transmettre aux centrales les revendications des ouvriers. Pendant la guerre, ces griefs \u00e9taient nombreux (les principaux portaient sur l\u2019intensification du travail et l\u2019augmentation des prix). Mais les syndicats allemands &#8211; comme ceux des autres pays &#8211; avaient constitu\u00e9 un front unique avec le gouvernement, afin de lui garantir la paix sociale en \u00e9change de menus avantages pour les ouvriers et de la participation des dirigeants syndicaux \u00e0 divers organismes officiels. Aussi les hommes de confiance frappaient-ils \u00e0 la mauvaise porte. Les \u00ab fortes t\u00eates \u00bb \u00e9taient, t\u00f4t ou tard, exp\u00e9di\u00e9es aux arm\u00e9es, dans les unit\u00e9s sp\u00e9ciales. Il \u00e9tait donc difficile de prendre position, publiquement, contre les syndicats.<\/p>\n<p class=\"western\">Les hommes de confiance cess\u00e8rent donc de renseigner les centrales syndicales &#8211; cela n\u2019en valait pas la peine &#8211; mais la situation,et par cons\u00e9quent, les revendications ouvri\u00e8res, n\u2019en demeurait pas moins ce qu\u2019elle \u00e9tait, ils se r\u00e9unirent clandestinement. En 1917, un flot de gr\u00e8ves sauvages d\u00e9ferla sur le pays. Spontan\u00e9s, ces mouvements n\u2019\u00e9taient pas dirig\u00e9s par une organisation stable et permanente ; s\u2019ils se d\u00e9roulaient avec un certain ensemble, c\u2019est qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s de discussions et d\u2019accords entre diverses usines, les contacts pr\u00e9liminaires aux actions \u00e9tant pris par les hommes de confiance de ces usines.<\/p>\n<p class=\"western\">Dans ces mouvements, provoqu\u00e9s par une situation intol\u00e9rable, en l\u2019absence de toute organisation \u00e0 laquelle accorder une confiance si limit\u00e9e f\u00fbt-elle, les conceptions diff\u00e9rentes (sociale-d\u00e9mocrate, religieuse, lib\u00e9rale, anarchiste, etc.) des ouvriers devaient s\u2019effacer ,devant les n\u00e9cessit\u00e9s de l\u2019heure ; les masses laborieuses \u00e9taient oblig\u00e9es de d\u00e9cider par elles-m\u00eames, sur la base de l\u2019usine. A l\u2019automne 1918, ces mouvements, jusqu\u2019alors sporadiques et cloisonn\u00e9s plus ou moins les uns par rapport aux autres, prirent une forme pr\u00e9cise et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Aux c\u00f4t\u00e9s des administrations classiques (police, ravitaillement, organisation du travail, etc.) parfois m\u00eame &#8211; en partie &#8211; \u00e0 leur place, les Conseils ouvriers prirent le pouvoir dans les centres industriels importants : \u00e0 Berlin, \u00e0 Hambourg, Br\u00e8me, dans la Ruhr et dans le centre de l\u2019Allemagne, en Saxe. Mais les r\u00e9sultats furent minces. Pourquoi ?<\/p>\n<p class=\"western\">UNE FACILE VICTOIRE<\/p>\n<p class=\"western\">Cette carence provient de la facilit\u00e9 m\u00eame avec laquelle se form\u00e8rent les Conseils ouvriers. L\u2019appareil d\u2019Etat avait perdu toute autorit\u00e9 ; s\u2019il s\u2019\u00e9croulait, ici et 1\u00e0, ce n\u2019\u00e9tait pas en cons\u00e9quence d\u2019une lutte acharn\u00e9e et volontaire des travailleurs. Leur mouvement rencontrait le vide et s\u2019\u00e9tendait donc sans difficult\u00e9s, sans qu\u2019il f\u00fbt n\u00e9cessaire de combattre et de r\u00e9fl\u00e9chir sur ce combat. Le seul objectif dont on parlait \u00e9tait celui de l\u2019ensemble de la population : la paix.<\/p>\n<p class=\"western\">II y avait l\u00e0 une diff\u00e9rence essentielle avec la r\u00e9volution russe. En Russie, la premi\u00e8re vague r\u00e9volutionnaire, la R\u00e9volution de F\u00e9vrier, avait balay\u00e9 le r\u00e9gime tsariste ; mais la guerre continuait. Le mouvement des travailleurs unis trouvait ainsi une raison d\u2019accentuer sa pression, de se montrer de plus en plus hardi et d\u00e9cid\u00e9. Mais en Allemagne, l\u2019aspiration premi\u00e8re de la population, la paix, fut imm\u00e9diatement combl\u00e9e ; le pouvoir imp\u00e9rial laissait place \u00e0 la r\u00e9publique. Quelle serait cette r\u00e9publique ?<\/p>\n<p class=\"western\">Avant la guerre, il n\u2019y avait sur ce point aucune divergence entre les travailleurs. La politique ouvri\u00e8re, en pratique comme en th\u00e9orie, \u00e9tait faite par le parti social-d\u00e9mocrate et les syndicats, adopt\u00e9e et approuv\u00e9e par la majorit\u00e9 des travailleurs organis\u00e9s. Pour les membres du mouvement socialiste, au cours de la lutte pour la d\u00e9mocratie parlementaire et les r\u00e9formes sociales, ne songeant qu\u2019\u00e0 cette lutte, l\u2019Etat d\u00e9mocratique bourgeois devait \u00eatre un jour le levier du socialisme. Il suffirait d\u2019acqu\u00e9rir une majorit\u00e9 au Parlement, et les ministres socialistes nationaliseraient, pas \u00e0 pas, la vie \u00e9conomique et sociale ; ce serait le socialisme.<\/p>\n<p class=\"western\">II y avait aussi, sans doute, un courant r\u00e9volutionnaire, dont Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg \u00e9taient les repr\u00e9sentants les plus connus. Toutefois ce courant ne d\u00e9veloppa jamais des conceptions nettement oppos\u00e9es au socialisme d\u2019Etat ; il ne constituait qu\u2019une opposition au sein du vieux parti, du point de vue de la base ce courant ne se distinguait pas clairement de l\u2019ensemble.<\/p>\n<p class=\"western\">CONCEPTIONS NOUVELLES<\/p>\n<p class=\"western\">Pourtant des conceptions nouvelles virent le jour pendant les grands mouvements de masse de 1918-1921. Elles n\u2019\u00e9taient pas la cr\u00e9ation d\u2019une pr\u00e9tendue avant-garde, mais bien cr\u00e9\u00e9es par les masses elles-m\u00eames. Dans la pratique, l\u2019activit\u00e9 ind\u00e9pendante des ouvriers et des soldats avait re\u00e7u sa forme organisationnelle : les Conseils, ces nouveaux organes agissant dans un sens de classe. Et, parce qu\u2019il y a une liaison \u00e9troite entre les formes prises par la lutte de classe et les conceptions de l\u2019avenir, il va sans dire que, \u00e7a et l\u00e0, les vieilles conceptions commen\u00e7aient d\u2019\u00eatre \u00e9branl\u00e9es. A pr\u00e9sent, les travailleurs dirigeaient leurs propres luttes en dehors des appareils des partis et des syndicats ; aussi l\u2019id\u00e9e prenait corps que les masses devaient exercer une influence directe sur la vie sociale par le moyen des Conseils. Il y aurait alors \u00ab dictature du prol\u00e9tariat \u00bb comme on disait ; une dictature qui ne serait pas exerc\u00e9e par un parti, mais serait l\u2019expression de l\u2019unit\u00e9 enfin r\u00e9alis\u00e9e de toute la population travailleuse. Certes, une telle organisation de la soci\u00e9t\u00e9 ne serait pas. D\u00e9mocratique au sens bourgeois du terme, puisque la partie de la population qui ne participait pas \u00e0 la nouvelle organisation de la vie sociale n\u2019aurait voix ni dans les discussions ni dans les d\u00e9cisions.<\/p>\n<p class=\"western\">Nous disions que les vieilles conceptions commen\u00e7aient d\u2019\u00eatre \u00e9branl\u00e9es. Mais il devint vite \u00e9vident que les traditions parlementaires et syndicales \u00e9taient trop profond\u00e9ment enracin\u00e9es dans les masses pour \u00eatre extirp\u00e9es \u00e0 bref d\u00e9lai. La bourgeoisie, le parti social d\u00e9mocrate et les syndicats firent appel \u00e0 ces traditions pour battre en br\u00e8che les nouvelles conceptions. Le parti, en particulier, se f\u00e9licitait en paroles de cette nouvelle fa\u00e7on que les masses avaient de s\u2019imposer dans la vie sociale. II allait jusqu\u2019\u00e0 exiger que cette forme de pouvoir direct soit approuv\u00e9e et codifi\u00e9e par une loi. Mais, s\u2019il leur t\u00e9moignait ainsi sa sympathie, l\u2019ancien mouvement ouvrier, en entier, reprochait aux Conseils de ne pas respecter la d\u00e9mocratie, tout en les excusant en partie \u00e0 cause d\u2019un manque d\u2019exp\u00e9rience d\u00fb \u00e0 leur naissance spontan\u00e9e.En r\u00e9alit\u00e9, les anciennes organisations trouvaient que les Conseils ne leur faisaient pas une place assez grande et voyaient en eux des organismes concurrents. En se pronon\u00e7ant pour la d\u00e9mocratie ouvri\u00e8re, les vieux partis et les syndicats revendiquaient en fait pour tous les courants du mouvement ouvrier le droit d\u2019\u00eatre repr\u00e9sent\u00e9s dans les Conseils, proportionnellement \u00e0 leur importance num\u00e9rique respective.<\/p>\n<p class=\"western\">LE PI\u00c8GE<\/p>\n<p class=\"western\">La plus grande partie des travailleurs \u00e9tait incapable de r\u00e9futer cet argument : il correspondait trop \u00e0 leurs anciennes habitudes. Les Conseils ouvriers rassembl\u00e8rent donc des repr\u00e9sentants du parti social-d\u00e9mocrate, des syndicats, des social-d\u00e9mocrate de gauche, des coop\u00e9ratives de consommation etc. ainsi que des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s d\u2019usine. II est \u00e9vident que de tels Conseils n\u2019\u00e9taient pas les organes d\u2019\u00e9quipes des travailleurs, r\u00e9unis par la vie \u00e0 l\u2019usine, mais des formations issues de l\u2019ancien mouvement ouvrier et \u0153uvrant \u00e0 la restauration du capitalisme sur la base du capitalisme d\u2019Etat d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p class=\"western\">Cela signifiait la ruine des efforts ouvriers. En effet, les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s aux Conseils ne recevaient plus leurs directives de la masse, mais de leurs diff\u00e9rentes organisations. Ils adjuraient les travailleurs de respecter et de faire r\u00e9gner \u00ab l\u2019ordre \u00bb, proclamant que \u00ab dans le d\u00e9sordre, pas de socialisme \u00bb. Dans ces conditions, les Conseils perdirent rapidement toute valeur aux yeux des ouvriers. Les institutions bourgeoises se remirent \u00e0 fonctionner, sans se soucier de l\u2019avis des Conseils ; tel \u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment le but de l\u2019ancien mouvement ouvrier.<\/p>\n<p class=\"western\">L\u2019ancien mouvement ouvrier pouvait \u00eatre fier de sa victoire. La loi vot\u00e9e par le Parlement fixait dans le d\u00e9tail les droits et les devoirs des Conseils. Ils auraient pour t\u00e2che de surveiller l\u2019application des lois sociales. Autrement dit les Conseils devenaient \u00e0 leur fa\u00e7on des rouages de l\u2019Etat ; ils participaient \u00e0 sa bonne marche, au lieu de le d\u00e9molir. Cristallis\u00e9es dans les masses, les traditions se r\u00e9v\u00e9laient plus puissantes que les r\u00e9sultats de l\u2019action spontan\u00e9e. Malgr\u00e9 cette \u00ab r\u00e9volution avort\u00e9e \u00bb, on ne peut dire que la victoire des \u00e9l\u00e9ments conservateurs ait \u00e9t\u00e9 simple et facile. La nouvelle orientation des esprits, tout de m\u00eame assez forte pour que des centaines de milliers d\u2019ouvriers luttent avec acharnement afin que les Conseils gardent leur caract\u00e8re de nouvelles unit\u00e9s de classe. II fallut cinq ans de conflits incessants, pour que le mouvement des Conseils soit d\u00e9finitivement vaincu par le front unique de la bourgeoisie, de l\u2019ancien mouvement ouvrier et des gardes-blancs, form\u00e9s par les hobereaux prussiens et les \u00e9tudiants r\u00e9actionnaires.<\/p>\n<p class=\"western\">COURANTS POLITIQUES<\/p>\n<p class=\"western\">On peut distinguer, en gros, quatre courants politiques du c\u00f4t\u00e9 des ouvriers :<\/p>\n<p class=\"western\">a) les sociaux-d\u00e9mocrates :<\/p>\n<p class=\"western\">ils voulaient nationaliser graduellement les grandes industries en utilisant la voie parlementaire. Ils tendaient \u00e9galement \u00e0 r\u00e9server aux syndicats le r\u00f4le d\u2019interm\u00e9diaires exclusifs entre les travailleurs et le capital d\u2019Etat.<\/p>\n<p class=\"western\">b) les communistes :<\/p>\n<p class=\"western\">s\u2019inspirant plus ou moins de l\u2019exemple russe, ce courant pr\u00e9conisait une expropriation directe des capitalistes par les masses. Selon eux, les ouvriers r\u00e9volutionnaires avaient pour devoir de \u00ab conqu\u00e9rir \u00bb les syndicats et de les \u00ab rendre r\u00e9volutionnaires \u00bb.<\/p>\n<p class=\"western\">c) les anarcho-syndicalistes :<\/p>\n<p class=\"western\">ils s\u2019opposaient \u00e0 la prise du pouvoir politique et \u00e0 tout Etat. D\u2019apr\u00e8s eux, les syndicats repr\u00e9sentaient la formule de l\u2019avenir ; il fallait lutter pour que les syndicats prennent une extension telle qu\u2019ils seraient en mesure, alors, de g\u00e9rer toute la vie \u00e9conomique. L\u2019un des th\u00e9oriciens les plus connus de ce courant, Rudolf Rocker, \u00e9crivait en 1920 que les syndicats ne devaient pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme un produit transitoire du capitalisme, mais bien comme les germes d\u2019une future organisation socialiste de la soci\u00e9t\u00e9. II sembla tout d\u2019abord en 1919, que l\u2019heure de ce mouvement \u00e9tait venue. Les syndicats anarchistes se gonfl\u00e8rent d\u00e8s l\u2019\u00e9croulement de l\u2019Empire allemand. En 1920, ils comptaient autour de deux cent mille membres.<\/p>\n<p class=\"western\">d) Toutefois, cette ann\u00e9e 1920, les effectifs des syndicats r\u00e9volutionnaires se r\u00e9duisirent. Une grande partie de leurs adh\u00e9rents se dirigeaient maintenant vers une toute autre forme d\u2019organisation, mieux adapt\u00e9e aux conditions de la lutte : l\u2019organisation r\u00e9volutionnaire d\u2019usine. Chaque usine avait ou devait avoir sa propre organisation, agissant ind\u00e9pendamment des autres, et qui m\u00eame, dans un premier stade, n\u2019\u00e9tait pas reli\u00e9e aux autres. Chaque usine faisait donc figure de \u00ab r\u00e9publique ind\u00e9pendante \u00bb, repli\u00e9e sur elle-m\u00eame.<\/p>\n<p class=\"western\">Sans doute ces organismes d\u2019usines \u00e9taient-ils une r\u00e9alisation des masses ; cependant, il faut souligner qu\u2019ils apparaissaient dans le cadre d\u2019une r\u00e9volution, sinon vaincue, du moins stagnante. Il devint vite \u00e9vident que les ouvriers ne pouvaient pas, dans l\u2019imm\u00e9diat, conqu\u00e9rir et organiser le pouvoir \u00e9conomique et politique au moyen des Conseils ; il faudrait tout d\u2019abord soutenir une lutte sans merci contre les forces qui s\u2019opposaient aux Conseils. Les ouvriers r\u00e9volutionnaires commen\u00e7aient donc \u00e0 rassembler leurs propres forces dans toutes les usines, afin de rester en prise directe sur la vie sociale. Par leur propagande, ils s\u2019effor\u00e7aient d\u2019\u00e9veiller la conscience des ouvriers, les invitaient \u00e0 sortir des syndicats et adh\u00e9rer \u00e0 l\u2019organisation r\u00e9volutionnaire d\u2019usine ; les ouvriers comme un tout pourraient alors diriger eux-m\u00eames leurs propres luttes, et conqu\u00e9rir le pouvoir \u00e9conomique et politique sur toute la Soci\u00e9t\u00e9. En apparence, la classe ouvri\u00e8re faisait ainsi un grand pas en arri\u00e8re sur le terrain de son organisation. Tandis qu\u2019auparavant, le pouvoir des ouvriers \u00e9tait concentr\u00e9 dans quelques puissantes organisations centralis\u00e9es, il se d\u00e9sagr\u00e9geait \u00e0 pr\u00e9sent dans des centaines de petits groupes, r\u00e9unissant quelques centaines ou quelques milliers d\u2019adh\u00e9rents, selon l\u2019importance de l\u2019usine. En r\u00e9alit\u00e9, cette forme se r\u00e9v\u00e9lait la seule qui permit de poser les jalons d\u2019un pouvoir ouvrier direct ; aussi, bien que relativement petites, ces nouvelles organisations effrayaient la bourgeoisie, la social-d\u00e9mocratie, et les syndicats.<\/p>\n<p class=\"western\">D\u00c9VELOPPEMENT DES ORGANISATIONS D\u2019USINES<\/p>\n<p class=\"western\">Toutefois, ce n\u2019est pas par principe que ces organisations se tenaient isol\u00e9es les unes des autres. Leur apparition s\u2019\u00e9tait effectu\u00e9e \u00e7a et l\u00e0, de fa\u00e7on spontan\u00e9e et s\u00e9par\u00e9e, au cours de gr\u00e8ves sauvages (parmi les mineurs de la Ruhr, en 1919, par exemple). Une tendance se fit jour en vue d\u2019unifier tous ces organismes et d\u2019opposer un front coh\u00e9rent \u00e0 la bourgeoisie et \u00e0 ses acolytes. L\u2019initiative partit des grands ports, Hambourg et Br\u00eame ; en avril 1920, une premi\u00e8re conf\u00e9rence d\u2019unification se tint \u00e0 Hanovre. Des d\u00e9l\u00e9gations venues des principales r\u00e9gions industrielles de l\u2019Allemagne y particip\u00e8rent. La police intervint et dispersa le congr\u00e8s. Mais elle arrivait trop tard. En effet, l\u2019organisation g\u00e9n\u00e9rale, unifi\u00e9e \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 fond\u00e9e ; elle avait pu mettre au net les plus importants de ses principes d\u2019action. Cette organisation s\u2019\u00e9tait donn\u00e9e le nom d\u2019Union g\u00e9n\u00e9rale des travailleurs d\u2019Allemagne : AAUD (Allemeine Arbeiter Union-Deutschlands). L\u2019AAUD avait pour principe essentiel la lutte contre les syndicats et les Conseils d\u2019entreprise l\u00e9gaux, ainsi que le refus du parlementarisme. Chacune des organisations, membre de l\u2019Union, avait droit au maximum d\u2019ind\u00e9pendance et \u00e0 la plus grande libert\u00e9 de choix dans sa tactique.<\/p>\n<p class=\"western\">A cette \u00e9poque en Allemagne, les syndicats comptaient plus de membres qu\u2019ils n\u2019en avaient jamais eu et qu\u2019ils ne devaient en avoir depuis. Ainsi, en 1920, les syndicats d\u2019ob\u00e9dience socialiste regroupaient presque huit millions de cotisants dans 52 associations syndicales ; les syndicats chr\u00e9tiens avaient plus d\u2019un million d\u2019adh\u00e9rents ; et les syndicats maison, les jaunes, en r\u00e9unissaient pr\u00e8s de 300 000. En outre, il y avait des organisations anarcho-syndicalistes (FAUD) et aussi quelques autres qui, un peu plus tard, devaient adh\u00e9rer \u00e0 l\u2019ISR (Internationale syndicale rouge, d\u00e9pendant de Moscou). Tout d\u2019abord, l\u2019AAUD ne rassembla que 80 000 travailleurs (avril 1920) ; mais sa croissance fut rapide et, \u00e0 la fin de 1920, ce nombre passa \u00e0 300 000. Certaines des organisations qui la composaient affirmaient, il est vrai, une \u00e9gale sympathie pour la FAUD ou encore pour l\u2019LSR.<\/p>\n<p class=\"western\">Mais d\u00e8s d\u00e9cembre 1920, des divergences politiques provoqu\u00e8rent une grande scission au sein de l\u2019AAUD : de nombreuses associations adh\u00e9rentes la quitt\u00e8rent pour former une nouvelle organisation dite unitaire : l\u2019AAUD-E. Apr\u00e8s cette rupture, l\u2019AAUD d\u00e9clarait compter encore plus de 200 000 membres, lors de son 4e Congr\u00e8s (juin 1921). En r\u00e9alit\u00e9, ces chiffres n\u2019\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 plus exacts : au mois de mars 1921, l\u2019\u00e9chec de l\u2019insurrection d\u2019Allemagne centrale avait litt\u00e9ralement d\u00e9capit\u00e9 et d\u00e9mantel\u00e9 l\u2019AAUD Encore faible, l\u2019organisation ne put r\u00e9sister de mani\u00e8re efficace \u00e0 une \u00e9norme vague de r\u00e9pression polici\u00e8re et politique.<\/p>\n<p class=\"western\">LE PARTI COMMUNISTE ALLEMAND (KPD)<\/p>\n<p class=\"western\">Avant d\u2019examiner les diverses scissions dans le mouvement des organisations d\u2019usines, il est n\u00e9cessaire de parler du parti communiste (KPD). Pendant la guerre, le parti social-d\u00e9mocrate se tint aux c\u00f4t\u00e9s &#8211; ou plut\u00f4t derri\u00e8re &#8211; des classes dirigeantes et fit tout pour leur assurer la \u00ab paix sociale \u00bb ; \u00e0 l\u2019exception toutefois d\u2019une mince frange de militants et de fonctionnaires du parti, dont les plus connus \u00e9taient Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht. Ces derniers faisaient de la propagande contre la guerre et critiquaient violemment le parti social-d\u00e9mocrate. Ils n\u2019\u00e9taient pas tout \u00e0 fait seuls. Outre leur groupe, la Ligue Spartacus, il y avait, entre autres, des groupes comme les \u00ab Internationalistes \u00bb de Dresde et de Francfort, les \u00ab radicaux de gauche \u00bb de Hambourg ou \u00ab Politique ouvri\u00e8re \u00bb de Br\u00eame. D\u00e8s novembre 1918 et la chute de l\u2019empire, ces groupes, form\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cole de la \u00ab gauche \u00bb social-d\u00e9mocrate, se prononc\u00e8rent pour une lutte \u00ab dans la rue \u00bb destin\u00e9e \u00e0 forger une organisation nouvelle, politique et qui s\u2019orienterait dans une certaine mesure sur la r\u00e9volution russe. Finalement, un Congr\u00e8s d\u2019unification se tint \u00e0 Berlin et, d\u00e8s le premier jour (30 d\u00e9cembre 1918), fut fond\u00e9 le parti communiste [1]. Ce parti devint imm\u00e9diatement un lieu de rassemblement pour nombre d\u2019ouvriers r\u00e9volutionnaires qui exigeaient \u00ab tout le pouvoir aux Conseils ouvriers \u00bb.<\/p>\n<p class=\"western\">II faut noter que les fondateurs du KPD form\u00e8rent, en quelque sorte par droit de naissance, les cadres du nouveau parti ; ils y introduisirent donc souvent, avec eux, l\u2019esprit de la vieille social-d\u00e9mocratie. Les ouvriers qui affluaient maintenant au KPD et se pr\u00e9occupaient en pratique des nouvelles formes de lutte n\u2019osaient pas toujours affronter leurs dirigeants, par respect de la discipline, et se pliaient fr\u00e9quemment \u00e0 des conceptions p\u00e9rim\u00e9es. \u00ab Organisations d\u2019usines \u00bb, ce mot recouvre en effet des notions tr\u00e8s dissemblables. Il peut d\u00e9signer, comme le pensaient les fondateur du KPD, une simple forme d\u2019organisation, sans plus, et donc soumise \u00e0 des directives qui sont d\u00e9cid\u00e9es en dehors d\u2019elle : c\u2019\u00e9tait la vieille conception. Il peut aussi renvoyer \u00e0 un ensemble tout diff\u00e9rent d\u2019attitudes et de mentalit\u00e9s. Dans ce sens nouveau, la notion d\u2019organisation d\u2019usines implique un bouleversement des id\u00e9es admises jusqu\u2019alors \u00e0 propos de :<\/p>\n<p class=\"western\">a) l\u2019unit\u00e9 de la classe ouvri\u00e8re ;<\/p>\n<p class=\"western\">b) la tactique de lutte ;<\/p>\n<p class=\"western\">c) les rapports entre les masses et sa direction ;<\/p>\n<p class=\"western\">d) la dictature du prol\u00e9tariat ;<\/p>\n<p class=\"western\">e) les rapports entre l\u2019Etat et la Soci\u00e9t\u00e9 ;<\/p>\n<p class=\"western\">f) le communisme en tant que syst\u00e8me \u00e9conomique et politique.<\/p>\n<p class=\"western\">Or, ces probl\u00e8mes se posaient dans la pratique des luttes nouvelles ; il fallait tenter de les r\u00e9soudre ou dispara\u00eetre en tant que forces neuves. La n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un renouvellement des id\u00e9es, par cons\u00e9quent, se faisait pressante ; .mais les cadres du parti &#8211; s\u2019ils avaient eu le courage de quitter leurs anciens postes &#8211; ne pensaient plus maintenant qu\u2019\u00e0 reconstituer le nouveau parti sur le mod\u00e8le de l\u2019ancien, en \u00e9vitant ses mauvais c\u00f4t\u00e9s, en peignant ses buts en rouge et non plus en rose et blanc. D\u2019autre part, il va sans dire que les id\u00e9es nouvelles souffraient d\u2019un manque d\u2019\u00e9laboration et de nettet\u00e9, qu\u2019elles ne se pr\u00e9sentaient pas comme un tout harmonieux, tomb\u00e9 du ciel ou d\u2019un cerveau unique. Plus prosa\u00efquement, elles provenaient en partie du vieux fond id\u00e9ologique, le neuf y c\u00f4toyait l\u2019ancien et s\u2019y m\u00ealait. En bref, les jeunes militants du KPD ne s\u2019opposaient pas de fa\u00e7on massive et r\u00e9solue \u00e0 leur direction, mais ils \u00e9taient faibles et divis\u00e9s sur bien des questions.<\/p>\n<p class=\"western\">LE PARLEMENTARISME<\/p>\n<p class=\"western\">Le KPD, d\u00e8s sa formation, se divisa sur l\u2019ensemble des probl\u00e8mes soulev\u00e9s par la notion nouvelle des \u00ab organisations d\u2019usines \u00bb. Le gouvernement provisoire, dirig\u00e9 par le social-d\u00e9mocrate Ebert, avait annonc\u00e9 des \u00e9lections pour une Assembl\u00e9e constituante. Le jeune parti devait-il participer \u00e0 ces \u00e9lections, m\u00eame pour les d\u00e9noncer ? Cette question provoqua des discussions tr\u00e8s vives au Congr\u00e8s.<\/p>\n<p class=\"western\">La grande majorit\u00e9 des ouvriers exigeait le refus de toute participation aux \u00e9lections. Au contraire, la direction du parti, y compris Liebknecht et Luxembourg, se pronon\u00e7ait pour une campagne \u00e9lectorale. La direction fut battue aux voix, la majorit\u00e9 du parti se d\u00e9clara anti-parlementaire. Selon cette majorit\u00e9, la Constituante n\u2019avait pas d\u2019autre objet que de consolider le pouvoir de la bourgeoisie en lui donnant une base \u00ab l\u00e9gale \u00bb. A l\u2019inverse, les \u00e9l\u00e9ments prol\u00e9tariens du KPD tenaient surtout \u00e0 rendre plus actifs, \u00ab activer \u00bb les Conseils ouvriers existants et \u00e0 na\u00eetre ; ils voulaient donc mettre en valeur la diff\u00e9rence entre d\u00e9mocratie parlementaire et d\u00e9mocratie ouvri\u00e8re en r\u00e9pandant le mot d\u2019ordre : \u00ab Tout le pouvoir aux Conseils ouvriers \u00bb.<\/p>\n<p class=\"western\">La direction du KPD voyait dans cet antiparlementarisme, non pas un renouvellement, mais une r\u00e9gression vers des conceptions syndicalistes et anarchistes, comme celles qui se manifest\u00e8rent au d\u00e9but du capitalisme industriel. En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019anti-parlementarisme du nouveau courant n\u2019avait pas grande chose de commun avec le \u00ab syndicalisme r\u00e9volutionnaire \u00bb et l\u2019\u00ab anarchisme \u00bb. Il en repr\u00e9sentait m\u00eame, \u00e0 bien des \u00e9gards, la n\u00e9gation. Tandis que l\u2019anti-parlementarisme des libertaires s\u2019appuyait sur le refus du pouvoir politique, et en particulier de la dictature du prol\u00e9tariat, le nouveau courant consid\u00e9rait l\u2019anti-parlementarisme comme une condition n\u00e9cessaire \u00e0 la prise du pouvoir politique. Il s\u2019agissait donc d\u2019un anti-parlementarisme \u00ab marxiste \u00bb.<\/p>\n<p class=\"western\">LES SYNDICATS<\/p>\n<p class=\"western\">Sur la question des activit\u00e9s syndicales, la direction du KPD avait, naturellement, une fa\u00e7on de voir diff\u00e9rente de celle du courant \u00ab organisations d\u2019usines \u00bb. Cela donna lieu \u00e9galement \u00e0 des discussions peu de temps apr\u00e8s le Congr\u00e8s (et aussi l\u2019assassinat de Karl et de Rosa) [2].<\/p>\n<p class=\"western\">Les propagandistes des Conseils mettaient en avant le mot d\u2019ordre \u00ab Sortez des syndicats ! Adh\u00e9rez aux organisations d\u2019usines ! Formez des Conseils ouvriers \u00bb. Mais la direction du KPD d\u00e9clarait : \u00ab Restez dans les syndicats. \u00bb Elle ne pensait pas, il est vrai, \u00ab conqu\u00e9rir \u00bb les centrales syndicales, mais elle croyait possible de \u00ab conqu\u00e9rir \u00bb la direction de quelques branches locales. Si ce projet prenait corps, alors on pourrait r\u00e9unir ces organisations locales dans une nouvelle centrale qui, elle, serait r\u00e9volutionnaire. L\u00e0 encore, la direction du KPD essuya une d\u00e9faite. La plupart de ses sections refus\u00e8rent d\u2019appliquer ses instructions. Mais la direction d\u00e9cida de maintenir ses positions, f\u00fbt ce au prix de l\u2019exclusion de la majorit\u00e9 de ses membres ; elle fut soutenue par le parti russe et son chef, L\u00e9nine ; qui r\u00e9digea \u00e0 cette occasion sa n\u00e9faste brochure sur La Maladie infantile [3]. Cette op\u00e9ration se fit au Congr\u00e8s de Heidelberg (octobre 1919) o\u00f9, par diverses, machinations, la direction parvint \u00e0 exclure de fa\u00e7on \u00ab d\u00e9mocratique \u00bb plus de la moiti\u00e9 du parti&#8230; D\u00e9sormais le Parti communiste allemand \u00e9tait en mesure de mener sa politique parlementaire et syndicale (avec des r\u00e9sultats- plut\u00f4t piteux) ; l\u2019exclusion des r\u00e9volutionnaires lui permit de s\u2019unir, un peu plus tard (octobre 1920) avec une partie des socialistes de gauche (et de quadrupler en nombre : mais pour trois ans seulement). En m\u00eame temps, le KPD perdait ses \u00e9l\u00e9ments les plus combatifs et devait se soumettre inconditionnellement aux volont\u00e9s de Moscou.<\/p>\n<p class=\"western\">LE PARTI OUVRIER COMMUNISTE (KAPD)<\/p>\n<p class=\"western\">Quelque temps apr\u00e8s, les exclus form\u00e8rent un nouveau parti : le KAPD. Ce parti entretenait des rapports \u00e9troits avec l\u2019AAUD Dans les mouvements de masse, qui eurent lieu au cours des ann\u00e9es suivantes, le KAPD fut une force qui compta. On redoutait autant sa volont\u00e9 et sa pratique d\u2019actions directes et violentes que sa critique des partis et des syndicats, sa d\u00e9nonciation de l\u2019exploitation capitaliste sous toute ses formes, et d\u2019abord \u00e0 l\u2019usine, bien entendu ; sa presse et ses publications diverses participent souvent de ce que la litt\u00e9rature marxiste offrait de meilleur, \u00e0 cette \u00e9poque de d\u00e9cadence du mouvement ouvrier marxiste, et cela, bien que le KAPD s\u2019embarrass\u00e2t encore de vieilles traditions.<\/p>\n<p class=\"western\">LE KAPD ET LES DIVERGENCES AU SEIN DE L\u2019AAUD<\/p>\n<p class=\"western\">Quittons maintenant les partis, et revenons au mouvement des \u00ab organisations d\u2019usines \u00bb. Ce jeune mouvement d\u00e9montrait que d\u2019importants changements s\u2019\u00e9taient produits dans la conscience du monde ouvrier. Mais ces transformations avaient eu des cons\u00e9quences vari\u00e9es ; diff\u00e9rents courants de pens\u00e9e se r\u00e9v\u00e9laient tr\u00e8s distinctement dans l\u2019AAUD L\u2019accord \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ral sur les points suivants :<\/p>\n<p class=\"western\">a) la nouvelle organisation devait s\u2019efforcer de grandir ;<\/p>\n<p class=\"western\">b) sa structure devait \u00eatre con\u00e7ue de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9viter la constitution d\u2019une nouvelle clique de dirigeants ;<\/p>\n<p class=\"western\">c) cette organisation devrait organiser la dictature du prol\u00e9tariat lorsqu\u2019elle rassemblerait des millions de membres.<\/p>\n<p class=\"western\">Deux points provoquaient des antagonismes insurmontables :<\/p>\n<p class=\"western\">a) n\u00e9cessit\u00e9 ou non d\u2019un parti politique en dehors de l\u2019AAUD ;<\/p>\n<p class=\"western\">b) gestion de la vie \u00e9conomique et sociale.<\/p>\n<p class=\"western\">Au d\u00e9but, l\u2019AAUD n\u2019avait que des rapports assez vagues avec le KPD ; aussi ces divergences n\u2019avaient-elles pas de port\u00e9e pratique. Les choses chang\u00e8rent avec la fondation du KAPD. L\u2019AAUD coop\u00e9ra \u00e9troitement avec le KAPD et ceci contre la volont\u00e9 d\u2019un grand nombre de ses adh\u00e9rents, surtout en Saxe, \u00e0 Francfort, Hambourg, etc. (il ne faut pas oublier que l\u2019Allemagne \u00e9tait encore extr\u00eamement d\u00e9centralis\u00e9e, et ce d\u00e9coupage se r\u00e9percutait aussi sur la vie des organisations ouvri\u00e8res). Les adversaires du KAPD d\u00e9nonc\u00e8rent la formation en son sein d\u2019une \u00ab clique de dirigeants \u00bb et, en d\u00e9cembre 1920, form\u00e8rent l\u2019AAUD-E (\u00ab E \u00bb pour \u00ab Einheitsorganisation \u00bb, organisation unitaire), qui repoussait tout isolement d\u2019une partie du prol\u00e9tariat dans une organisation \u00ab sp\u00e9cialis\u00e9e \u00bb, un parti politique.<\/p>\n<p class=\"western\">LA PLATE-FORME COMMUNE<\/p>\n<p class=\"western\">Quels \u00e9taient les arguments des trois courants en pr\u00e9sence ? II y avait unit\u00e9 de vue dans l\u2019analyse du monde moderne. En gros, tout le monde reconnaissait que la soci\u00e9t\u00e9 avait chang\u00e9 : au XIXe si\u00e8cle, le prol\u00e9tariat ne formait qu\u2019une minorit\u00e9 restreinte dans la soci\u00e9t\u00e9 ; il ne pouvait lutter seul et devait chercher \u00e0 se concilier d\u2019autres classes, d\u2019o\u00f9 la strat\u00e9gie d\u00e9mocratique de Marx. Mais ces temps \u00e9taient r\u00e9volus \u00e0 tout jamais, du moins dans les pays d\u00e9velopp\u00e9s d\u2019Occident. L\u00e0 le prol\u00e9tariat constituait maintenant la majorit\u00e9 de la population, tandis que toutes les couches de la bourgeoisie s\u2019unifiaient derri\u00e8re le grand Capital, lui-m\u00eame unifi\u00e9. D\u00e9sormais, la r\u00e9volution \u00e9tait l\u2019affaire du prol\u00e9tariat seul. Elle \u00e9tait in\u00e9vitable, car le capitalisme \u00e9tait entr\u00e9 dans sa crise mortelle (on n\u2019oubliera pas que cette analyse date des ann\u00e9es 1920 \u00e0 1930).<\/p>\n<p class=\"western\">Si la soci\u00e9t\u00e9 avait chang\u00e9, en Occident du moins, alors la conception m\u00eame du communisme devait changer, elle aussi. II se r\u00e9v\u00e9lait, d\u2019ailleurs, que les vieilles id\u00e9es, appliqu\u00e9es par l\u00e8s vieilles organisations, repr\u00e9sentaient tout le contraire d\u2019une \u00e9mancipation sociale. C\u2019est par exemple, ce que soulignait en 1924 Otto R\u00fchle, l\u2019un des principaux th\u00e9oriciens de l\u2019AAUD-E.<\/p>\n<p class=\"western\">\u00ab La nationalisation des moyens de production, qui continue d\u2019\u00eatre le programme de la social-d\u00e9mocratie en m\u00eame temps que celui des communistes, n\u2019est pas la socialisation. A travers la nationalisation des moyens de production, on peut arriver \u00e0 un capitalisme d\u2019Etat fortement centralis\u00e9, qui aura peut-\u00eatre quelque sup\u00e9riorit\u00e9 sur le capitalisme priv\u00e9, mais qui n\u2019en sera pas moins un capitalisme. \u00bb<\/p>\n<p class=\"western\">Le communisme r\u00e9sulterait de l\u2019action des ouvriers, de leur lutte active et surtout \u00ab par eux-m\u00eames \u00bb. Pour cela, il fallait d\u2019abord que se cr\u00e9ent de nouvelles organisations. Mais que seraient ces organisations ? L\u00e0 les opinions divergeaient et ces antagonismes aboutissaient \u00e0 des scissions. Elles furent nombreuses. Tandis que la classe ouvri\u00e8re cessait progressivement d\u2019avoir une activit\u00e9 r\u00e9volutionnaire, que ses formations officielles n\u2019avaient d\u2019action que spectaculaire autant que d\u00e9risoire, ceux qui voulaient agir ne faisaient qu\u2019exprimer, \u00e0 leur corps d\u00e9fendant, la d\u00e9composition g\u00e9n\u00e9rale du mouvement ouvrier. N\u00e9anmoins, il n\u2019est pas inutile de rappeler, ici, leurs divergences.<\/p>\n<p class=\"western\">LA DOUBLE ORGANISATION<\/p>\n<p class=\"western\">Le KAPD repoussait l\u2019id\u00e9e de parti de masse, dans le style l\u00e9niniste qui pr\u00e9valut apr\u00e8s la r\u00e9volution russe, et soutenait qu\u2019un parti r\u00e9volutionnaire est n\u00e9cessairement le parti d\u2019une \u00e9lite, petit donc, mais bas\u00e9 sur la qualit\u00e9 et non sur le nombre. Le parti, rassemblant les \u00e9l\u00e9ments les mieux \u00e9duqu\u00e9s du prol\u00e9tariat, devrait agir comme un levain dans les masses, c\u2019est-\u00e0-dire diffuser la propagande, entretenir la discussion politique, etc. La strat\u00e9gie qu\u2019il recommandait, c\u2019\u00e9tait la strat\u00e9gie classe contre classe, bas\u00e9e \u00e0 la fois sur la lutte dans les usines et le soul\u00e8vement arm\u00e9 &#8211; parfois m\u00eame, en pr\u00e9liminaire, l\u2019action terroriste (actions \u00e0 la bombe, pillage des banques, des wagons-postaux, coffres d\u2019usines, etc. fr\u00e9quents au d\u00e9but des ann\u00e9es 1920). La lutte dans les usines, dirig\u00e9e par des comit\u00e9s d\u2019action, aurait pour effet de cr\u00e9er l\u2019atmosph\u00e8re et la conscience de classe n\u00e9cessaires aux actions de masse et d\u2019amener des masses toujours plus larges de travailleurs \u00e0 se mobiliser pour les luttes d\u00e9cisives.<\/p>\n<p class=\"western\">Herman Gorter, l\u2019un des principaux th\u00e9oriciens de ce courant, justifiait ainsi la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un petit parti politique communiste :<\/p>\n<p class=\"western\">\u00ab La plupart des prol\u00e9taires sont dans l\u2019ignorance. Ils ont de faibles notions d\u2019\u00e9conomie et de politique, ne savent pas grand-chose des \u00e9v\u00e9nements nationaux et internationaux, des rapports qui existent entre ces derniers et de l\u2019influence qu\u2019ils exercent sur la r\u00e9volution. Ils ne peuvent acc\u00e9der au savoir en raison de leur situation de classe. C\u2019est pourquoi ils ne peuvent agir au moment qui convient. Ils se trompent tr\u00e8s souvent. \u00bb<\/p>\n<p class=\"western\">Ainsi, le parti s\u00e9lectionn\u00e9 aurait une mission \u00e9ducatrice, il ferait office de catalyseur au niveau des id\u00e9es. Mais la t\u00e2che de regrouper progressivement les masses, de les organiser, reviendrait \u00e0 l\u2019AAUD, appuy\u00e9e sur un r\u00e9seau d\u2019organisations d\u2019usines, et dont l\u2019objectif essentiel serait de contrebattre et de ruiner l\u2019influence des syndicats ; par la propagande, certes, mais aussi et surtout par des actions acharn\u00e9es, celles \u00ab d\u2019un groupe qui montre dans sa lutte ce que doit devenir la masse \u00bb disait encore Gorter [4]. Finalement, au cours de la lutte r\u00e9volutionnaire, les organisations d\u2019usines se transformeraient en Conseils ouvriers, englobant tous les travailleurs et directement soumis \u00e0 leur volont\u00e9, \u00e0 leur contr\u00f4le. En bref, la \u00ab dictature du prol\u00e9tariat \u00bb ne serait rien d\u2019autre qu\u2019une AAUD \u00e9tendue \u00e0 l\u2019ensemble des usines allemandes.<\/p>\n<p class=\"western\">LES ARGUMENTS DE L\u2019AAUD-E<\/p>\n<p class=\"western\">Oppos\u00e9e au parti politique s\u00e9par\u00e9 des organisations d\u2019usines, l\u2019AAUD-E voulait \u00e9difier une grande organisation unitaire qui aurait pour t\u00e2che de mener la lutte pratique directe des masses et aussi, plus tard, d\u2019assumer la gestion de la soci\u00e9t\u00e9 sur la base du syst\u00e8me des Conseils ouvriers. Ainsi donc la nouvelle organisation aurait-elle des objectifs \u00e0 la fois \u00e9conomiques et politiques. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 cette conception diff\u00e9rait du \u00ab vieux syndicalisme r\u00e9volutionnaire \u00bb qui s\u2019affirmait hostile \u00e0 la constitution d\u2019un pouvoir politique sp\u00e9cifiquement ouvrier et \u00e0 la dictature du prol\u00e9tariat. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, l\u2019AAUD-E, tout en admettant que le prol\u00e9tariat est faible, divis\u00e9 et ignorant, et qu\u2019un enseignement continu lui est donc n\u00e9cessaire, ne voyait pas pour autant l\u2019utilit\u00e9 d\u2019un parti d\u2019\u00e9lite, style KAPD. Les organisations d\u2019usines suffisaient \u00e0 ce r\u00f4le d\u2019\u00e9ducation puisque la libert\u00e9 de parole et de discussion y \u00e9tait assur\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"western\">II est caract\u00e9ristique que l\u2019AAUD-E adressait au KAPD une critique dans \u00ab l\u2019esprit KAP \u00bb : d\u2019apr\u00e8s l\u2019AAUD-E, le KAPD \u00e9tait un parti centralis\u00e9, dot\u00e9 de dirigeants professionnels et de r\u00e9dacteurs appoint\u00e9s, qui ne se distinguait du parti communiste officiel que par son rejet du parlementarisme ; \u00ab double organisation \u00bb n\u2019\u00e9tant rien d\u2019autre alors que l\u2019application d\u2019une politique de la \u00ab double mangeoire \u00bb au profit des dirigeants. La plupart des tendances de l\u2019AAUD-E, quant \u00e0 elles, repoussaient l\u2019id\u00e9e de dirigeants r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s : \u00ab Ni cartes, ni statuts, ni rien de ce genre \u00bb, disait-on. Certains all\u00e8rent m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 fonder des organisations anti-organisations&#8230;<\/p>\n<p class=\"western\">En gros donc, l\u2019AAUD-E soutenait que si le prol\u00e9tariat est trop faible ou trop aveugle pour prendre des d\u00e9cisions au cours de ses luttes, ce n\u2019est pas une d\u00e9cision prise par un parti qui pourra y rem\u00e9dier. Personne ne peut agir \u00e0 la place du prol\u00e9tariat et il doit, par lui-m\u00eame, surmonter ses propres d\u00e9fauts, sans quoi il sera vaincu et paiera lourdement le prix de son \u00e9chec. La double organisation est une conception p\u00e9rim\u00e9e, vestige de la tradition : parti politique et syndicats.<\/p>\n<p class=\"western\">Cette s\u00e9paration entre les trois courants : KAP, AA et AAU-E, eut des cons\u00e9quences dans la pratique. Ainsi, lors de l\u2019insurrection d\u2019Allemagne centrale, en 1921, qui fut d\u00e9clench\u00e9e et men\u00e9e en grande partie par des \u00e9l\u00e9ments arm\u00e9s du KAPD (alors encore reconnus comme sympathisants de la IIIe Internationale), l\u2019AAUD-E. refusa de participer \u00e0 cette lutte destin\u00e9e, d\u2019apr\u00e8s elle, \u00e0 camoufler les difficult\u00e9s russes et la r\u00e9pression de Cronstadt.<\/p>\n<p class=\"western\">Malgr\u00e9 un \u00e9miettement continu, que pr\u00e9cipitaient des pol\u00e9miques tr\u00e8s vives et trop souvent embrouill\u00e9es par des questions de personnes, en d\u00e9pit d\u2019outrances provoqu\u00e9es par une d\u00e9ception et un d\u00e9sespoir profonds, \u00ab l\u2019esprit KAP \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019insistance sur l\u2019action directe et violente, la d\u00e9nonciation passionn\u00e9e du capitalisme et de ses lieutenants ouvriers de toutes couleurs politiques et syndicales (y compris les \u00ab maires du palais \u00bb de Moscou), exer\u00e7a longtemps une influence sensible dans les masses. Il faut ajouter que toutes ces tendances disposaient d\u2019une presse importante [5], g\u00e9n\u00e9ralement aliment\u00e9e en argent par des moyens ill\u00e9gaux, et que souvent r\u00e9duits aux ch\u00f4mage, en raison de leur comportement subversif, leurs membres \u00e9taient extr\u00eamement actifs, dans la rue, dans les r\u00e9unions publiques, etc.<\/p>\n<p class=\"western\">LE M\u00c9COMPTE<\/p>\n<p class=\"western\">On avait cru que la soudaine croissance des organisations d\u2019usines, en 1919 et 1920, continuerait \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 la m\u00eame cadence au cours des luttes \u00e0 venir. On avait cru que les organisations d\u2019usines deviendraient un grand mouvement de masses, groupant \u00ab des millions et des millions de communistes conscients \u00bb, lequel contrebalancerait le pouvoir des syndicats pr\u00e9tendument ouvriers. Partant de cette juste hypoth\u00e8se que le prol\u00e9tariat ne peut lutter et vaincre que comme classe organis\u00e9e, on croyait que les travailleurs \u00e9laboreraient chemin faisant une nouvelle et toujours croissante organisation permanente. C\u2019est \u00e0 la croissance de l\u2019AAU et de l\u2019AU-E qu\u2019on pouvait mesurer le d\u00e9veloppement de la combativit\u00e9 et de la conscience de classe.<\/p>\n<p class=\"western\">Apr\u00e8s une p\u00e9riode d\u2019expansion \u00e9conomique acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e (1923-1929) une nouvelle p\u00e9riode s\u2019ouvrit qui devait aboutir en 1933 \u00e0 la prise du pouvoir, l\u00e9gale, par les hitl\u00e9riens. Cependant, l\u2019AAU, le KAP et l\u2019AAU-E se repliaient de plus en plus sur eux-m\u00eames. A la fin, il ne restait plus que quelques centaines d\u2019adh\u00e9rents, vestige des grandes organisations d\u2019usines d\u2019antan, ce qui signifiait l\u2019existence de petits noyaux, \u00e7a et l\u00e0, sur un total de 20 millions de prol\u00e9taires. Les organisations d\u2019usines n\u2019\u00e9taient plus des organisations g\u00e9n\u00e9rales des travailleurs, mais des noyaux de communistes-de-conseils conscients. D\u00e8s lors, l\u2019AAUD comme l\u2019AAUD-E rev\u00eataient le caract\u00e8re de petits partis politiques, m\u00eame si leur presse pr\u00e9tendait le contraire.<\/p>\n<p class=\"western\">LES FONCTIONS<\/p>\n<p class=\"western\">Est-ce sp\u00e9cialement le petit nombre de leurs adh\u00e9rents qui transforma \u00e0 la longue les organisations d\u2019usines en parti politique ? Non. C\u2019\u00e9tait un changement de fonction. Quoique les organisations d\u2019usines n\u2019eussent jamais eu pour t\u00e2che proclam\u00e9e de diriger une gr\u00e8ve, de n\u00e9gocier avec les patrons, de formuler des revendications (c\u2019\u00e9tait l\u2019affaire des gr\u00e9vistes), l\u2019AAU et l\u2019AA-E \u00e9taient des organisations de lutte pratique. Elles se bornaient \u00e0 des activit\u00e9s de propagande et de soutien. Toutefois, la gr\u00e8ve \u00e9tant d\u00e9clench\u00e9e, les organisations d\u2019usines s\u2019occupaient en grande partie de l\u2019organisation de la gr\u00e8ve ; elles organisaient les assembl\u00e9es de gr\u00e8ve et les orateurs y \u00e9taient tr\u00e8s souvent des membres de l\u2019AAU ou de l\u2019AAU-E. Mais la charge de conduire les n\u00e9gociations avec les patrons revenait au comit\u00e9 de gr\u00e8ve o\u00f9 les membres de l\u2019organisation d\u2019usines ne repr\u00e9sentaient pas leur groupe comme tel, mais les gr\u00e9vistes qui les avaient \u00e9lus et devant lesquels ils \u00e9taient responsables.<\/p>\n<p class=\"western\">Le parti politique KAPD avait une autre fonction. Sa t\u00e2che consistait surtout en propagande, en analyse \u00e9conomique et politique. Au moment des \u00e9lections, il faisait de la propagande anti-parlementaire pour d\u00e9noncer la politique bourgeoise des autres partis, appeler \u00e0 former des comit\u00e9s d\u2019action dans les usines, sur les march\u00e9s, parmi les ch\u00f4meurs, etc. dont le but \u00e9tait d\u2019inciter les masses, qui \u00ab cherchent instinctivement de nouveaux rivages \u00bb, \u00e0 se lib\u00e9rer des vieilles organisations.<\/p>\n<p class=\"western\">CHANGEMENT DE FONCTION<\/p>\n<p class=\"western\">Mais en fait, apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec et la r\u00e9pression sanglante de 1921, puis avec la vague de prosp\u00e9rit\u00e9 qui ne tarda pas de se manifester, ces fonctions devinrent purement th\u00e9oriques. D\u00e8s lors, l\u2019activit\u00e9 de ces organisations fut r\u00e9duite \u00e0 la propagande pure et \u00e0 l\u2019analyse, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 une activit\u00e9 de groupement politique. D\u00e9courag\u00e9s par l\u2019absence de perspectives r\u00e9volutionnaires, les adh\u00e9rents quitt\u00e8rent pour la plupart l\u2019organisation. La r\u00e9duction des effectifs eut aussi pour cons\u00e9quence que l\u2019usine ne constituait plus la base de l\u2019organisation. On se r\u00e9unissait sur la base du quartier, dans une brasserie, o\u00f9 l\u2019on chantait parfois, \u00e0 l\u2019allemande, en ch\u0153ur, avec lenteur, les vieux chants ouvriers d\u2019espoir et de col\u00e8re.<\/p>\n<p class=\"western\">II n\u2019y avait plus grande diff\u00e9rence entre le KAPD, l\u2019AAUD et l\u2019AAUD-E. Pratiquement, les membres de l\u2019AU et du KAP se retrouvaient les m\u00eames \u00e0 des r\u00e9unions nominalement diff\u00e9rentes et ceux de l\u2019AAUD-E \u00e9taient membres d\u2019un groupe politique, m\u00eame s\u2019ils lui donnaient un autre nom. Anton Pannekoek, le marxiste hollandais qui fut l\u2019un de leurs inspirateurs th\u00e9oriques \u00e0 tous (mais surtout du KAPD), \u00e9crivait \u00e0 ce propos (1927) :<\/p>\n<p class=\"western\">\u00ab L\u2019AAU, de m\u00eame que le KAPD, constitue essentiellement une organisation ayant pour but imm\u00e9diat la r\u00e9volution. En d\u2019autres temps, dans une p\u00e9riode de d\u00e9clin de la r\u00e9volution, on n\u2019aurait absolument pas pu penser \u00e0 fonder une telle organisation. Mais elle a surv\u00e9cu aux ann\u00e9es r\u00e9volutionnaires ; les travailleurs qui la fond\u00e8rent autrefois et combattirent sous ses drapeaux ne veulent pas laisser se perdre l\u2019exp\u00e9rience de ces luttes et la conservent comme une bouture pour les d\u00e9veloppements \u00e0 venir. \u00bb<\/p>\n<p class=\"western\">Et, en premier lieu, trois partis politiques de la m\u00eame couleur, c\u2019\u00e9tait deux de trop. Avec la mont\u00e9e des p\u00e9rils, tandis que s\u2019affirmait la l\u00e2chet\u00e9 sans nom des vieilles et soi-disant puissantes organisations ouvri\u00e8res, tandis que les nazis entamaient triomphalement le chemin qui devait les mener o\u00f9 l\u2019on sait aujourd\u2019hui, l\u2019AAU, en d\u00e9cembre 1931, s\u00e9par\u00e9e d\u00e9j\u00e0 du KAP, fusionna avec l\u2019AAU-E. Seuls quelques \u00e9l\u00e9ments demeur\u00e8rent dans le KAPD, et quelques autres de l\u2019AAUD-E rejoignirent les rangs anarchistes. Mais la plupart des survivants des organisations d\u2019usines se regroup\u00e8rent dans la nouvelle organisation, la KAUD (Kommunistische Arbeiter Union : Union ouvri\u00e8re communiste), exprimant ainsi l\u2019id\u00e9e que cette derni\u00e8re n\u2019\u00e9tait plus une organisation \u00ab g\u00e9n\u00e9rale \u00bb (comme l\u2019\u00e9tait l\u2019AAU, par exemple) r\u00e9unissant tous les travailleurs anim\u00e9s d\u2019une volont\u00e9 r\u00e9volutionnaire, mais bien des travailleurs communistes conscients.<\/p>\n<p class=\"western\">LA CLASSE ORGANIS\u00c9E<\/p>\n<p class=\"western\">La KAUD exprimait donc le changement intervenu dans les conceptions de l\u2019organisation. Ce changement avait un sens ; il faut se souvenir de ce que signifiait jusqu\u2019alors la notion de \u00ab classe organis\u00e9e \u00bb. L\u2019AAUD et l\u2019AAUD-E avaient cru tout d\u2019abord que ce seraient elles qui organiseraient la classe ouvri\u00e8re, que des millions d\u2019ouvriers adh\u00e9reraient \u00e0 leur organisation. C\u2019\u00e9tait au fond une id\u00e9e tr\u00e8s proche de celle des syndicalistes r\u00e9volutionnaires d\u2019autrefois qui s\u2019attendaient \u00e0 voir tous les travailleurs adh\u00e9rer \u00e0 leurs syndicats : et qu\u2019alors la classe ouvri\u00e8re serait enfin une classe organis\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"western\">Maintenant la KAUD incitait les ouvriers \u00e0 organiser eux-m\u00eames leurs comit\u00e9s d\u2019action et \u00e0 cr\u00e9er des liaisons entre ces comit\u00e9s. Autrement dit, la lutte de classe \u00ab organis\u00e9e \u00bb ne d\u00e9pendait plus d\u2019une organisation b\u00e2tie pr\u00e9alablement \u00e0 toute lutte. Dans cette nouvelle conception, la \u00ab classe organis\u00e9e \u00bb devenait la classe ouvri\u00e8re luttant sous sa propre direction.<\/p>\n<p class=\"western\">Ce changement de conception avait des cons\u00e9quences par rapport \u00e0 de nombreuses questions : la dictature du prol\u00e9tariat, par exemple. En effet, puisque la \u00ab lutte organis\u00e9e \u00bb n\u2019\u00e9tait pas l\u2019affaire exclusive d\u2019organisations sp\u00e9cialis\u00e9es dans sa direction, celles-ci ne pouvaient plus \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme les organes de la dictature du prol\u00e9tariat. Du m\u00eame coup disparaissait le probl\u00e8me qui, jusqu\u2019alors, avait \u00e9t\u00e9 cause de multiples conflits, \u00e0 savoir : qui du KAP ou de l\u2019AAU devait exercer ou organiser le pouvoir ? La dictature du prol\u00e9tariat ne serait plus l\u2019apanage d\u2019organisations sp\u00e9cialis\u00e9es, elle se trouverait dans les mains de la classe en lutte, assumant tous les aspects, toutes les fonctions de la lutte. La t\u00e2che de la nouvelle organisation, la KAUD, se r\u00e9duirait donc \u00e0 une propagande communiste, clarifiant les objectifs, incitant la classe ouvri\u00e8re \u00e0 la lutte contre les capitalistes et les anciennes organisations, au moyen tout d\u2019abord de la gr\u00e8ve sauvage, et tout en lui montrant ses forces et ses faiblesses. Cette activit\u00e9 n\u2019en \u00e9tait pas moins indispensable. Et la plupart des membres de la KAU continuaient de penser que \u00ab sans une organisation r\u00e9volutionnaire capable de frapper fort, il ne peut y avoir de situation r\u00e9volutionnaire comme l\u2019ont d\u00e9montr\u00e9 la r\u00e9volution russe de 1917 et, en sens contraire, la r\u00e9volution allemande de 1918 \u00bb [6].<\/p>\n<p class=\"western\">LA SOCI\u00c9T\u00c9 COMMUNISTE ET LES ORGANISATIONS D\u2019USINES<\/p>\n<p class=\"western\">Cette \u00e9volution dans les id\u00e9es devait n\u00e9cessairement s\u2019accompagner d\u2019une r\u00e9vision des notions admises en ce qui concerne la soci\u00e9t\u00e9 communiste. D\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019id\u00e9ologie qui dominait dans les milieux politiques et dans les masses \u00e9tait ax\u00e9e sur la cr\u00e9ation d\u2019un capitalisme d\u2019Etat. Bien entendu, il y avait des nuances multiples, mais toute cette id\u00e9ologie pouvait se ramener \u00e0 quelques principes tr\u00e8s simples : l\u2019Etat, au travers des nationalisations, de l\u2019\u00e9conomie dirig\u00e9e, des r\u00e9formes sociales, etc., repr\u00e9sente le levier permettant de r\u00e9aliser le socialisme, tandis que l\u2019action parlementaire et syndicale repr\u00e9sente pour l\u2019essentiel les moyens de lutte. D\u00e8s lors, les travailleurs ne luttent gu\u00e8re comme une classe ind\u00e9pendante, visant avant tout \u00e0 r\u00e9aliser ses fins propres ; ils doivent confier \u00ab la gestion et la direction de la lutte de classe \u00bb \u00e0 des chefs parlementaires et syndicaux. Selon cette id\u00e9ologie, il va donc sans dire que partis et syndicats devront servir d\u2019\u00e9l\u00e9ments de base \u00e0 l\u2019Etat ouvrier, assumer en commun la gestion de la soci\u00e9t\u00e9 communiste de l\u2019avenir.<\/p>\n<p class=\"western\">Au cours d\u2019une premi\u00e8re phase, celle qui suivit l\u2019\u00e9chec des tentatives r\u00e9volutionnaires en Allemagne, cette tradition impr\u00e9gnait encore fortement les conceptions de l\u2019AAU, du KAP et de l\u2019AAU-E. Tous trois se pronon\u00e7aient pour une organisation groupant \u00ab des millions et des millions \u00bb d\u2019adh\u00e9rents, afin d\u2019exercer la dictature politique et \u00e9conomique du prol\u00e9tariat. Ainsi, en 1922, l\u2019AAU d\u00e9clarait qu\u2019elle \u00e9tait en mesure de reprendre \u00e0 son compte, sur la base de ses effectifs, \u00ab la gestion de 6 % des usines \u00bb allemandes.<\/p>\n<p class=\"western\">Mais ces conceptions chancelaient maintenant. Jusqu\u2019alors, comme nous l\u2019avons vu, les centaines d\u2019organisations d\u2019usines, r\u00e9unies et coordonn\u00e9es par l\u2019AAU et l\u2019AAU-E, r\u00e9clamaient le maximum d\u2019ind\u00e9pendance quant aux d\u00e9cisions \u00e0 prendre et faisaient de leur mieux pour \u00e9viter la formation d\u2019une \u00ab nouvelle clique de dirigeants \u00bb. Serait-il possible, cependant, de conserver cette ind\u00e9pendance au sein de la vie sociale communiste ? La vie \u00e9conomique est hautement sp\u00e9cialis\u00e9e et toutes les entreprises sont \u00e9troitement interd\u00e9pendantes. Comment pourrait-on g\u00e9rer la vie \u00e9conomique si la production et la r\u00e9partition des richesses sociales ne revenait pas \u00e0 quelques instances centralisatrices ? L\u2019Etat en tant que r\u00e9gulateur de la production et organisateur de la r\u00e9partition, l\u2019Etat n\u2019\u00e9tait-il pas indispensable ?<\/p>\n<p class=\"western\">Il y avait l\u00e0 une contradiction entre les vieilles conceptions de la soci\u00e9t\u00e9 communiste et la nouvelle forme de lutte qu\u2019on pr\u00e9conisait maintenant. On redoutait la centralisation \u00e9conomique et ses cons\u00e9quences clairement d\u00e9montr\u00e9es par les \u00e9v\u00e9nements ; mais on ne savait comment se pr\u00e9munir contre cela. La discussion portait sur la n\u00e9cessit\u00e9 et le degr\u00e9 plus ou moins grands du \u00ab f\u00e9d\u00e9ralisme \u00bb, ou du \u00ab centralisme \u00bb. L\u2019AAU-E penchait plut\u00f4t vers le f\u00e9d\u00e9ralisme ; le KAP-AAU inclinait plus au centralisme. En 1923, Kar1 Schroeder [7], th\u00e9oricien du KAPD, proclamait que \u00ab plus la soci\u00e9t\u00e9 communiste sera centralis\u00e9e et mieux ce sera \u00bb.<\/p>\n<p class=\"western\">En fait, tant qu\u2019on demeurait sur la base des anciennes conceptions de la \u00ab classe organis\u00e9e \u00bb, cette contradiction \u00e9tait insoluble. D\u2019une part, on se ralliait plus ou moins aux vieilles conceptions du syndicalisme r\u00e9volutionnaire, la \u00ab prise \u00bb en main des usines par les syndicats ; d\u2019autre part, comme les bolcheviks, on pensait qu\u2019un appareil centralisateur, l\u2019Etat, doit r\u00e9gler le processus de production et r\u00e9partir le \u00ab revenu national \u00bb entre les ouvriers.<\/p>\n<p class=\"western\">Toutefois, une discussion au sujet de la soci\u00e9t\u00e9 communiste, en partant du dilemme \u00ab f\u00e9d\u00e9ralisme ou centralisme \u00bb, est absolument st\u00e9rile. Ces probl\u00e8mes sont des probl\u00e8mes d\u2019organisation, des probl\u00e8mes techniques, alors que la soci\u00e9t\u00e9 communiste est d\u2019abord un probl\u00e8me \u00e9conomique. Au capitalisme doit succ\u00e9der un autre syst\u00e8me \u00e9conomique, o\u00f9 les moyens de production, les produits, la force de travail ne rev\u00eatent pas la forme de la \u00ab valeur \u00bb et o\u00f9 l\u2019exploitation de la population laborieuse au profit de couches privil\u00e9gi\u00e9es a disparu. La discussion sur \u00ab f\u00e9d\u00e9ralisme ou centralisme \u00bb est d\u00e9pourvue de sens, si l\u2019on n\u2019a pas montr\u00e9 auparavant quelle sera la base \u00e9conomique de ce \u00ab f\u00e9d\u00e9ralisme \u00bb ou de ce \u00ab centralisme \u00bb. En effet, les formes d\u2019organisation d\u2019une \u00e9conomie donn\u00e9e ne sont pas des formes arbitraires ; elles d\u00e9rivent des principes m\u00eames de cette \u00e9conomie. Ainsi, le principe du profit et de la plus-value, de son appropriation priv\u00e9e ou collective, se trouve-t-il \u00e0 la base de toutes les formes rev\u00eatues par une \u00e9conomie capitaliste. C\u2019est pourquoi il est insuffisant de pr\u00e9senter l\u2019\u00e9conomie communiste comme un syst\u00e8me n\u00e9gatif : pas d\u2019argent, pas de march\u00e9, pas de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e ou d\u2019Etat. II est n\u00e9cessaire de mettre en lumi\u00e8re son caract\u00e8re de syst\u00e8me positif, montrer quelles seront les lois \u00e9conomiques qui succ\u00e9deront \u00e0 celles du capitalisme. Cela fait, il est probable que l\u2019alternative \u00ab f\u00e9d\u00e9ralisme ou centralisme \u00bb appara\u00eetra comme un faux probl\u00e8me.<\/p>\n<p class=\"western\">LA FIN DU MOUVEMENT EN ALLEMAGNE<\/p>\n<p class=\"western\">Avant d\u2019examiner plus longuement cette question, il n\u2019est pas inutile de rappeler le destin, dans la pratique, du courant issu des organisations r\u00e9volutionnaires d\u2019usines.<\/p>\n<p class=\"western\">L\u2019AAUD commen\u00e7a \u00e0 se d\u00e9tacher du KAPD vers la fin de 1929. Sa presse pr\u00e9conisait alors une \u00ab tactique souple \u00bb : le soutien des luttes ouvri\u00e8res ayant uniquement pour but des revendications de salaires l\u2019am\u00e9nagement des conditions ou horaires de travail. Plus rigide, le KAP voyait dans cette tactique l\u2019amorce d\u2019un glissement vers ta collaboration de classe, la \u00ab politique de maquignonnage \u00bb [8].<\/p>\n<p class=\"western\">Un peu plus tard, certains KAPistes en arriv\u00e8rent m\u00eame \u00e0 pr\u00f4ner le terrorisme individuel comme moyen d\u2019amener les masses \u00e0 la conscience de classe. Marinus van der Lubbe qui, agissant solitairement, mit le feu au Reichstag, \u00e9tait en liaison avec ce courant. En incendiant l\u2019immeuble qui abritait le Parlement, il voulait par un geste symbolique inciter les ouvriers \u00e0 sortir de leur l\u00e9thargie politique&#8230; [9].<\/p>\n<p class=\"western\">Ni l\u2019une ni l\u2019autre de ces tactiques n\u2019eut de r\u00e9sultats. L\u2019Allemagne traversait alors une crise \u00e9conomique d\u2019une profondeur extr\u00eame, les ch\u00f4meurs pullulaient : il n\u2019y avait pas de gr\u00e8ves sauvages, s\u2019il est vrai que nul ne se souciait des directives syndicales, les syndicats collaborant \u00e9troitement avec les patrons et l\u2019Etat. La presse des communistes de conseils \u00e9tait fr\u00e9quemment saisie ; mais de toute fa\u00e7on ses appels \u00e0 la formation de comit\u00e9s autonomes d\u2019action ne rencontraient aucun \u00e9cho. Ironie de l\u2019histoire : 1a seule grande gr\u00e8ve sauvage de l\u2019\u00e9poque, celle des transports berlinois (1932), fut soutenue par les bonzes staliniens et hitl\u00e9riens contre les bonzes socialistes des syndicats.<\/p>\n<p class=\"western\">Apr\u00e8s l\u2019accession l\u00e9gale d\u2019Hitler au pouvoir, les militants des diverses tendances furent traqu\u00e9s et enferm\u00e9s dans des camps de concentration o\u00f9 beaucoup d\u2019entre eux disparurent. En 1945, quelques survivants furent ex\u00e9cut\u00e9s sur ordre du Gu\u00e9p\u00e9ou, lors de l\u2019entr\u00e9e en Saxe des arm\u00e9es russes. En 1952 encore, \u00e0 Berlin Ouest, un ancien chef de l\u2019AAUD, Alfred Weilard, \u00e9tait enlev\u00e9 en pleine rue et transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019Est pour s\u2019y voir condamn\u00e9 \u00e0 une lourde peine de prison.<\/p>\n<p class=\"western\">A l\u2019heure actuelle, il ne reste plus trace en Allemagne des divers courants du communisme de conseils en tant que tel. La liquidation des hommes a entra\u00een\u00e9 celle des id\u00e9es dont ils \u00e9taient porteurs, tandis que l\u2019expansion et la prosp\u00e9rit\u00e9 orientaient les esprits dans d\u2019autres directions. Et, comme on le sait, c\u2019est seulement ces toutes derni\u00e8res ann\u00e9es que ses conceptions propres de l\u2019action de masse extra-parlementaire et extra-syndicale connaissent de nouveaux d\u00e9veloppements, sans qu\u2019on puisse pour autant parler de \u00ab filiation \u00bb id\u00e9ologique directe. Mais revenons maintenant au probl\u00e8me de l\u2019\u00e9conomie communiste, pour voir en quoi les r\u00e9flexions th\u00e9oriques de ce mouvement peuvent contribuer \u00e0 enrichir notre connaissance de la lutte pour le pouvoir ouvrier.<\/p>\n<p class=\"western\">FONDEMENTS \u00c9CONOMIQUES DU COMMUNISME<\/p>\n<p class=\"western\">Il fallait, pour approfondir ces probl\u00e8mes, que l\u2019AAU se f\u00fbt lib\u00e9r\u00e9e des vieilles traditions de la \u00ab classe organis\u00e9e \u00bb, qu\u2019elle ait compris que la classe ouvri\u00e8re ne peut r\u00e9aliser son unit\u00e9 r\u00e9elle que dans sa lutte en masse, globale, et en dehors des organisations sp\u00e9cialis\u00e9es qui ne repr\u00e9sentent au mieux que les aspects fragmentaires d\u2019une phase p\u00e9rim\u00e9e des aspirations et des objectifs prol\u00e9tariens. En 1930, l\u2019AAU publia une \u00e9tude, r\u00e9dig\u00e9e par le groupe des communistes de conseils de Hollande et qui \u00e9tait intitul\u00e9e : Grundptinzipien kommunistischer Produktion und Verteilung (Principes fondamentaux de la production et de la distribution communistes) [10].<\/p>\n<p class=\"western\">Cette analyse n\u2019entend pas proposer un \u00ab plan \u00bb quelconque, montrer comment on pourrait \u00e9difier une soci\u00e9t\u00e9 \u00ab plus belle \u00bb, \u00ab plus \u00e9quitable \u00bb. Elle ne s\u2019int\u00e9resse qu\u2019aux probl\u00e8mes d\u2019organisation de l\u2019\u00e9conomie communiste et lie, dans une unit\u00e9 organique, pratique de la lutte de classe et gestion sociale. Les Principes tirent donc, au niveau th\u00e9orique, les cons\u00e9quences \u00e9conomiques de la lutte \u00e9ventuellement men\u00e9e au niveau de l\u2019action politique par les mouvements de masse ind\u00e9pendants. Lorsque les Conseils ouvriers auront pris le pouvoir, et parce qu\u2019ils auront appris \u00e0 \u00ab g\u00e9rer leur lutte \u00bb eux-m\u00eames directement, par un effort constant, ils se trouveront contraints de donner de nouvelles bases \u00e0 leur pouvoir en introduisant consciemment des lois \u00e9conomiques nouvelles o\u00f9 la mesure du temps de travail sera le pivot de la production et de la r\u00e9partition du produit social global. Les travailleurs sont capables de g\u00e9rer eux-m\u00eames la production, mais cela n\u2019est possible qu\u2019en calculant le temps de travail dans les diff\u00e9rentes branches de la production, au sens le plus large, et en r\u00e9partissant les produits \u00e0 l\u2019aide de cette mesure.<\/p>\n<p class=\"western\">Les \u00ab Principes \u00bb examinent ce probl\u00e8me du point de vue du travailleur exploit\u00e9, qui n\u2019aspire pas seulement \u00e0 l\u2019abolition de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, mais bien \u00e0 celle de l\u2019exploitation. Or, l\u2019histoire de notre \u00e9poque a montr\u00e9 que la suppression de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, si elle est n\u00e9cessaire, ne co\u00efncide pas obligatoirement avec celle de l\u2019exploitation. Aussi doit-on serrer de plus pr\u00e8s cette question.<\/p>\n<p class=\"western\">Le mouvement anarchiste a compris cette n\u00e9cessit\u00e9 beaucoup plus t\u00f4t que les marxistes, et ses th\u00e9oriciens lui ont accord\u00e9 une attention soutenue. Toutefois leurs conceptions, en fin de compte, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 totalement diff\u00e9rentes. Si les marxistes, sociaux-d\u00e9mocrates ou bolcheviks, voulaient faire passer, sans rien changer de fondamental \u00e0 ses m\u00e9canismes, la production capitaliste, arriv\u00e9e au stade des monopoles, sous le contr\u00f4le d\u2019un Etat dit ouvrier, les th\u00e9oriciens anarchistes pr\u00e9conisaient une f\u00e9d\u00e9ration de communes libres et repoussaient tout Etat. C\u2019\u00e9tait cependant pour le reconstituer sous une autre forme. Ce point \u00e9tant souvent contrevers\u00e9, nous allons en donner ici un exemple.<\/p>\n<p class=\"western\">L\u2019un des th\u00e9oriciens les plus connus de l\u2019anarchisme, S\u00e9bastien Faure, exposait que les habitants d\u2019une commune auraient \u00e0 recenser leurs besoins et leurs possibilit\u00e9s de productions ; puis, disposant de \u00ab l\u2019\u00e9tat global des besoins de la consommation et des possibilit\u00e9s de la production, r\u00e9gion par r\u00e9gion, le Comit\u00e9 National fixe et fait conna\u00eetre \u00e0 chaque comit\u00e9 R\u00e9gional de quelles quantit\u00e9s de produits sa r\u00e9gion peut disposer et quelle somme de production elle doit fournir. Muni de ces indications, chaque comit\u00e9 R\u00e9gional fait pour sa r\u00e9gion le m\u00eame travail : il fixe et fait conna\u00eetre \u00e0 chaque comit\u00e9 Communal de quoi se commune dispose et ce qu\u2019elle a \u00e0 fournir. Ce dernier en fait autant \u00e0 l\u2019\u00e9gard des habitants de la commune [11] \u00bb.<\/p>\n<p class=\"western\">Certes, S\u00e9bastien Faure avait auparavant pr\u00e9cis\u00e9 que : \u00ab Toute cette vaste organisation a pour base et principe v\u00e9rificateur la libre entente \u00bb,mais un syst\u00e8me \u00e9conomique exige des principes \u00e9conomiques et non des proclamations nobles. On peut faire la m\u00eame chose \u00e0 propos de la citation suivante de Hilferding, le c\u00e9l\u00e8bre th\u00e9oricien social-d\u00e9mocrate, car l\u00e0 aussi le principe \u00e9conomique manque :<\/p>\n<p class=\"western\">\u00ab Les commissaires communaux, r\u00e9gionaux et nationaux de la soci\u00e9t\u00e9 socialiste d\u00e9cident comment et o\u00f9, en quelle quantit\u00e9 et par quels moyens l\u2019on tirera des nouveaux produits des conditions de production naturelles ou artificielles. A l\u2019aide de statistiques de production et de consommation couvrant l\u2019ensemble des besoins sociaux, ils transforment la vie \u00e9conomique toute enti\u00e8re d\u2019apr\u00e8s les besoins qu\u2019expriment ces statistiques [12]. \u00bb<\/p>\n<p class=\"western\">Ainsi la diff\u00e9rence entre ces deux points de vue fondamentaux n\u2019est pas tr\u00e8s sensible. Toutefois les anarchistes ont eu le m\u00e9rite historique de mettre en avant le mot d\u2019ordre essentiel : \u00ab Abolition du salariat. \u00bb Dans cette perspective cependant, le \u00ab Comit\u00e9 National \u00bb, le \u00ab bureau de la statistique \u00bb, etc., ce que les marxistes appellent le \u00ab gouvernement du peuple \u00bb, est cens\u00e9 pratiquer \u00ab l\u2019\u00e9conomie en nature \u00bb c\u2019est-\u00e0-dire une \u00e9conomie o\u00f9 l\u2019argent n\u2019a plus cours. Le logement, les aliments, le courant \u00e9lectrique, les transports, etc, tout cela est \u00ab gratuit \u00bb. Une certaine part de biens et services demeure toutefois payable en monnaie (g\u00e9n\u00e9ralement index\u00e9e sur le rapport population-consommation) .<\/p>\n<p class=\"western\">Mais en d\u00e9pit des apparences, cette mani\u00e8re de supprimer le salaire ne signifie pas l\u2019abolition de l\u2019exploitation et ne signifie pas non plus la libert\u00e9 sociale. En effet, plus s\u2019agrandit le secteur de l\u2019\u00e9conomie \u00ab en nature \u00bb, plus les travailleurs d\u00e9pendent de la fixation de leurs \u00ab revenus \u00bb par l\u2019appareil de r\u00e9partition. Il existe un exemple d\u2019\u00e9conomie \u00ab sans argent \u00bb, o\u00f9 les \u00e9changes avaient lieu en \u00ab nature \u00bb, du moins pour la plus grande partie, avec le logement, l\u2019\u00e9clairage, etc., \u00ab gratuits \u00bb. C\u2019est la p\u00e9riode du \u00ab communisme de guerre \u00bb en Russie. On a pu voir alors, non seulement que ce syst\u00e8me n\u2019\u00e9tait pas viable durablement, mais encore qu\u2019il pouvait coexister avec un r\u00e9gime fond\u00e9 sur une domination de classe.<\/p>\n<p class=\"western\">La r\u00e9alit\u00e9 nous a donc appris :<\/p>\n<p class=\"western\">a) qu\u2019il est possible de supprimer la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e sans abolir l\u2019exploitation ;<\/p>\n<p class=\"western\">b) qu\u2019il est possible de supprimer le salariat sans abolir l\u2019exploitation.<\/p>\n<p class=\"western\">S\u2019il en est ainsi, le probl\u00e8me de la r\u00e9volution prol\u00e9tarienne se pose pour l\u2019exploit\u00e9 dans les termes suivants :<\/p>\n<p class=\"western\">&#8211; quelles sont les conditions \u00e9conomiques qui permettent d\u2019abolir l\u2019exploitation ?<\/p>\n<p class=\"western\">&#8211; Quelles sont les conditions \u00e9conomiques qui permettent au prol\u00e9tariat de conserver le pouvoir, une fois ce dernier conquis, et de couper les racines de la contre-r\u00e9volution ?<\/p>\n<p class=\"western\">Bien que les Principes \u00e9tudient les fondements \u00e9conomiques du communisme, le point de d\u00e9part en est plus politique qu\u2019\u00e9conomique. Pour les ouvriers il n\u2019est pas facile de s\u2019emparer du pouvoir politique-\u00e9conomique, mais il est encore plus difficile de le conserver. Or, dans les conceptions pr\u00e9sentes du communisme ou du socialisme, on tend \u00e0 concentrer &#8211; dans les faits sinon dans les mots &#8211; tout le pouvoir de gestion dans quelques bureaux \u00e9tatiques ou \u00ab sociaux \u00bb. A l\u2019inverse, ce livre consid\u00e8re l\u2019\u00e9conomie comme le prolongement in\u00e9vitable de la r\u00e9volution et non comme un \u00e9tat de chose souhaitable et qui se r\u00e9alisera dans cent, dans mille ans. Il s\u2019agit de d\u00e9finir au niveau des principes les mesures \u00e0 prendre, non par quelque parti ou organisation, mais par la classe ouvri\u00e8re et par ses organes imm\u00e9diats de lutte : les Conseils ouvriers. La r\u00e9alisation du communisme n\u2019est pas l\u2019affaire d\u2019un parti mais celle de toute la classe ouvri\u00e8re, d\u00e9lib\u00e9rant et agissant dans et par ses Conseils.<\/p>\n<p class=\"western\">LE PRODUCTEUR ET LA RICHESSE SOCIALE<\/p>\n<p class=\"western\">Un des grands probl\u00e8mes de la r\u00e9volution est d\u2019instaurer de nouveaux rapports entre le producteur et la richesse sociale, rapports qui, au sein de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, s\u2019expriment dans le salariat. Le r\u00e9gime du salariat est bas\u00e9 sur un antagonisme profond entre la valeur de la force de travail (salaire) et ce travail m\u00eame (le produit du travail). Alors que le travailleur fournit, par exemple, 50 heures de travail \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, il ne re\u00e7oit comme salaire que l\u2019\u00e9quivalent de 10 heures, par exemple. Pour s\u2019\u00e9manciper v\u00e9ritablement le travailleur doit faire en sorte que ce ne soit plus la valeur de sa force de travail qui d\u00e9termine la part qui lui revient de la production sociale, mais que cette part soit fix\u00e9e par son travail m\u00eame. Le travail : mesure de la consommation, tel est le principe qu\u2019il doit faire triompher.<\/p>\n<p class=\"western\">La diff\u00e9rence entre la quantit\u00e9 de travail fournie et ce que le travailleur re\u00e7oit en \u00e9change est appel\u00e9 surtravail et repr\u00e9sente un travail non pay\u00e9. Les richesses sociales produites pendant ce temps de travail non pay\u00e9 constituent le surproduit et la valeur incorpor\u00e9e dans ce surproduit est dite plus-value. Toute soci\u00e9t\u00e9, quelle qu\u2019elle soit, et donc aussi la soci\u00e9t\u00e9 communiste, repose sur la formation d\u2019un surproduit, parce que sur l\u2019ensemble des travailleurs effectuant un travail n\u00e9cessaire ou utile, certains ne produisent pas de biens tangibles. Leurs conditions de vie sont donc produites par d\u2019autres travailleurs (il en est de m\u00eame pour les services de sant\u00e9, l\u2019entretien des infirmes, des enfants et des vieillards, les services administratifs, les savants, etc.). Mais c\u2019est la fa\u00e7on dont ce surproduit se forme, celle dont il est r\u00e9parti, qui constituent l\u2019exploitation capitaliste.<\/p>\n<p class=\"western\">Le travailleur re\u00e7oit un salaire qui, dans le meilleur des cas, lui suffit tout juste pour vivre dans des conditions donn\u00e9es. Il sait qu\u2019il a donn\u00e9 50 heures de travail, mais il ne sait pas combien d\u2019heures lui reviennent dans son salaire. Il ignore le montant de son surtravail. En revanche, on sait comment la classe poss\u00e9dante consomme ce surproduit : mis \u00e0 part les \u00ab services sociaux \u00bb qui en re\u00e7oivent une certaine partie, ce sont les mines qui l\u2019utilisent pour s\u2019agrandir, les exploiteurs qui en vivent, l\u2019administration, la police et l\u2019arm\u00e9e qui en dissipent la substance.<\/p>\n<p class=\"western\">Dans cette discussion, deux caract\u00e8res du surproduit nous int\u00e9ressent particuli\u00e8rement. D\u2019abord, le fait que la classe ouvri\u00e8re n\u2019a pas \u00e0 d\u00e9cider, ou presque pas, du produit de son travail non pay\u00e9. Ensuite,qu\u2019il est impossible d\u2019\u00e9valuer l\u2019importance de ce surtravail. Nous recevons un salaire, un point c\u2019est tout ; nous ne pouvons rien sur la production et la r\u00e9partition de la richesse sociale. La classe qui dispose des moyens de production, la classe poss\u00e9dante, est ma\u00eetresse du processus de travail, y compris le surtravail ; elle nous fait ch\u00f4mer quand elle l\u2019estime n\u00e9cessaire \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats, nous fait matraquer par sa police ou massacrer dans ses guerres. L\u2019autorit\u00e9 exerc\u00e9e par la bourgeoisie d\u00e9rive du fait qu\u2019elle dispose du travail, du surtravail, du surproduit. C\u2019est ce qui nous r\u00e9duit \u00e0 l\u2019impuissance dans la soci\u00e9t\u00e9 et fait de nous une classe opprim\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"western\">Cette analyse nous r\u00e9v\u00e8le que l\u2019oppression est tout aussi forte, qu\u2019elle soit exerc\u00e9e par le capitalisme priv\u00e9 ou par l\u2019Etat. On entend souvent dire que l\u2019exploitation d\u00e8s travailleurs est supprim\u00e9e en Russie, parce que le capital priv\u00e9 y est aboli et parce que tout le surproduit est \u00e0 la disposition de l\u2019Etat qui le r\u00e9partit dans la soci\u00e9t\u00e9 en promulguant de nouvelles lois sociales et en cr\u00e9ant de nouvelles usines, en d\u00e9veloppant la production.<\/p>\n<p class=\"western\">Acceptons ces arguments, c\u2019est-\u00e0-dire laissons de c\u00f4t\u00e9 le fait que la classe dominante ,la bureaucratie, charg\u00e9e de la r\u00e9partition du produit social, s\u2019enrichit par des salaires exorbitants, qu\u2019elle se reproduit au pouvoir en assurant \u00e0 ses membres le monopole de l\u2019\u00e9ducation sup\u00e9rieure, et que les lois de succession lui garantissent les richesses accumul\u00e9es \u00ab pour sa famille \u00bb. Allons m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 supposer que cet appareil n\u2019exploite pas la population.<\/p>\n<p class=\"western\">En serait-il ainsi, qu\u2019en Russie la bureaucratie demeure ma\u00eetresse du processus du travail, y compris le surtravail, qu\u2019elle. dicte, par la voix des syndicats \u00e9tatis\u00e9s, entre autres les conditions de travail, comme on le voit faire \u00e9galement en Occident. La fonction de la bureaucratie dirigeante est fondamentalement identique \u00e0 celle de la bourgeoisie qui dirige le capitalisme priv\u00e9. D\u00e8s lors, si la bureaucratie n\u2019exploitait pas la population, cela ne saurait venir que de sa bonne volont\u00e9, du fait qu\u2019elle refuse l\u2019occasion qui lui en est offerte. Le d\u00e9veloppement de la soci\u00e9t\u00e9 ne serait plus fonction de n\u00e9cessit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales ; il d\u00e9pendrait des \u00ab bons \u00bb ou des \u00ab mauvais \u00bb sentiments des dirigeants. En d\u2019autres termes, les rapports des travailleurs avec la richesse sociale continuent, m\u00eame dans ce cas, d\u2019\u00eatre arbitrairement fix\u00e9s et les travailleurs ne peuvent rien sur ces rapports, sauf \u00e0 esp\u00e9rer que les \u00ab mauvais \u00bb dirigeants deviendront \u00ab bons \u00bb.<\/p>\n<p class=\"western\">En conclusion, l\u2019abolition du salaire n\u2019est pas la condition n\u00e9cessaire et suffisante pour que les travailleurs re\u00e7oivent la part du produit social qui leur revient, qu\u2019ils ont cr\u00e9\u00e9e par leur travail. Certes, cette part peut augmenter ; mais une v\u00e9ritable abolition du salaire sous toutes ses formes a un tout autre caract\u00e8re : sans cette abolition, la classe ouvri\u00e8re ne peut maintenir son pouvoir. Une r\u00e9volution \u00ab trahie \u00bb m\u00e8ne \u00e0 un Etat totalitaire capitaliste.<\/p>\n<p class=\"western\">Il y a une autre conclusion \u00e0 tirer. L\u2019une des t\u00e2ches essentielles incombant \u00e0 un groupe de travailleurs qui veulent mettre fin radicalement \u00e0 l\u2019exploitation capitaliste &#8211; un groupe r\u00e9volutionnaire, comme on disait autrefois &#8211; c\u2019est de chercher le moyen d\u2019asseoir \u00e9conomiquement le pouvoir conquis par des moyens d\u2019action politiques. Le temps est pass\u00e9 o\u00f9 il suffisait d\u2019exiger la suppression de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production. Il est \u00e9galement insuffisant de r\u00e9clamer l\u2019abolition du salariat. Cette revendication, en soi, n\u2019a pas plus de consistance qu\u2019une bulle de savon, si l\u2019on ne sait comment jeter les bases d\u2019une \u00e9conomie o\u00f9 le salaire est supprim\u00e9. Un groupe se pr\u00e9tendant r\u00e9volutionnaire et qui se refuserait \u00e0 \u00e9lucider cette question essentielle n\u2019a pas grand chose \u00e0 dire en r\u00e9alit\u00e9, parce qu\u2019il est incapable de proposer l\u2019image d\u2019un monde nouveau.<\/p>\n<p class=\"western\">Les Principes de la production et de la r\u00e9partition communistes partent de l\u2019id\u00e9e suivante : tous les biens produits par le travail de l\u2019homme se valent qualitativement, car ils repr\u00e9sentent tous une portion de travail humain. Seule la quantit\u00e9 de travail diff\u00e9rente qu\u2019ils repr\u00e9sentent les rend dissemblables. La mesure du temps que chaque travailleur individuellement consacre au travail est l\u2019heure de travail. De m\u00eame, la mesure destin\u00e9e \u00e0 mesurer la quantit\u00e9 de travail que repr\u00e9sente tel ou tel objet doit \u00eatre l\u2019heure de travail social moyen. C\u2019est cette mesure qui servira \u00e0 \u00e9tablir la somme de richesse dont dispose la soci\u00e9t\u00e9, de m\u00eame que les rapports des diverses entreprises entre elles et enfin la part de ces richesses qui revient \u00e0 chaque travailleur. Sur cette base, les Principes d\u00e9veloppent une analyse et une critique des diff\u00e9rentes th\u00e9ories &#8211; et aussi des pratiques &#8211; des diff\u00e9rents courants qui se r\u00e9clament du- marxisme, de l\u2019anarchisme ou du socialisme en g\u00e9n\u00e9ral. On y trouve en somme un expos\u00e9 plus pr\u00e9cis des principes concis de Marx et d\u2019Engels tels qu\u2019ils nous les ont laiss\u00e9s dans Le Capital, la Critique du programme de Gotha et L\u2019Anti-D\u00fchring.<\/p>\n<p class=\"western\">Bien entendu, les Principes ne se bornent pas \u00e0 \u00e9tudier l\u2019unit\u00e9 de calcul dans le communisme ; ils analysent aussi son application dans la production et la r\u00e9partition du produit social et dans les \u00ab services publics \u00bb, examinent les r\u00e8gles nouvelles de la comptabilit\u00e9 sociale, l\u2019extension de la production et son contr\u00f4le par les travailleurs, la disparition du march\u00e9 et, enfin, l\u2019application du communisme dans l\u2019agriculture par l\u2019interm\u00e9diaire de coop\u00e9ratives agricoles qui calculent elles aussi leurs r\u00e9coltes en temps de travail.<\/p>\n<p class=\"western\">Ainsi les Principes ont-ils pour point de d\u00e9part le fait empirique que, lors de la prise de pouvoir par le prol\u00e9tariat, les moyens de production se trouvent entre les mains des organisations d\u2019entreprise. C\u2019est de la conscience communiste du prol\u00e9tariat, conscience n\u00e9e de sa lutte m\u00eame, que d\u00e9pendra le sort ult\u00e9rieur de ces moyens de production, le fait de savoir si le prol\u00e9tariat les gardera en main ou non. Aussi, le probl\u00e8me capital que la r\u00e9volution prol\u00e9tarienne devra r\u00e9soudre sera de fixer des rapports immuables entre les producteurs et le produit social, ce qui ne peut se faire qu\u2019en introduisant le calcul du temps de travail dans la production et la distribution. C\u2019est la revendication la plus \u00e9lev\u00e9e que le prol\u00e9tariat puisse formuler&#8230; mais en m\u00eame temps c\u2019est le minimum de ce qu\u2019il peut r\u00e9clamer. Et donc une question de pouvoir que seul le prol\u00e9tariat est \u00e0 m\u00eame de r\u00e9gler sans appui aucun de la part d\u2019autres groupes sociaux. Le prol\u00e9tariat ne peut conserver les entreprises que s\u2019il s\u2019en assure la gestion et la direction autonomes. C\u2019est aussi la seule mani\u00e8re de pouvoir appliquer partout le calcul du temps de travail. Tel est l\u2019ultime message laiss\u00e9 au monde par les mouvements r\u00e9volutionnaires prol\u00e9tariens de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p class=\"western\">A suivre : Mouvement pour les Conseils ouvriers &#8211; 2 :Le Groupe des communistes internationalistes en Hollande, 1934-1939<\/p>\n<p class=\"western\">Notes<\/p>\n<p class=\"western\">[1] On trouvera la traduction du compte rendu de ce congr\u00e8s, r\u00e9unie \u00e0 d\u2019autres mat\u00e9riaux int\u00e9ressants, dans A. et D. Prudhommeaux, Spartacus et la Commune de Berlin, \u00e9d. Spartacus.<\/p>\n<p class=\"western\">[2] Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht sont assassin\u00e9s par les corps-francs \u00e0 Berlin le 15 janvier 1919.<\/p>\n<p class=\"western\">[3] La Maladie infantile du communisme (le \u00ab gauchisme \u00bb) a \u00e9t\u00e9 termin\u00e9 par L\u00e9nine en mai 1920. Ce texte sera distribu\u00e9 \u00e0 tous les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s au IIe Congr\u00e8s de l\u2019Internationale communiste. L\u00e9nine y exprime sa vision de la lutte politique en vue d\u2019une prise de pouvoir.<\/p>\n<p class=\"western\">[4] (1)Herman Gorter, R\u00e9ponse \u00e0 L\u00e9nine (1920) Paris, 1930. Texte en ligne : www.left-dis.nl\/f\/herman.htm.<\/p>\n<p class=\"western\">[5] On consid\u00e9rait dans le KAP que la r\u00e9action des journaux devait \u00eatre \u00ab tournante \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire prise en charge \u00e0 tour de r\u00f4le par les diff\u00e9rentes sections locales du parti, ceci afin d\u2019\u00e9viter la formation d\u2019une \u00ab clique \u00bb sp\u00e9cialis\u00e9e dans la manipulation.<\/p>\n<p class=\"western\">[6] R\u00e4tekorrespondenz, n\u00b0 2, novembre 1932 (organe clandestin, ron\u00e9ot\u00e9, de la KAU, dont la presse, d\u00e8s ce moment, \u00e9tait r\u00e9guli\u00e8rement saisie par ordre des autorit\u00e9s social-d\u00e9mocrates de Prusse).<\/p>\n<p class=\"western\">[7] Karl Schroeder (1854-1950) combattant spartakiste, dont la t\u00eate fut mise \u00e0 prix en 1919, puis dirigeant professionnel du KAPD, en fut exclu en 1924 ; il devint ensuite fonctionnaire du Parti socialiste. II fut l\u2019un des rares dirigeants de ce parti \u00e0 organiser une \u00ab r\u00e9sistance \u00bb au nazisme. Condamn\u00e9 en 1936 avec d\u2019autres anciens du KAP, il tient aujourd\u2019hui une place honorable dans le \u00ab martyrologue \u00bb du socialisme allemand.<\/p>\n<p class=\"western\">[8] Ainsi l\u2019un des dirigeants du parti fut exclu sous pr\u00e9texte qu\u2019il avait pactis\u00e9 avec l\u2019ennemi en publiant un roman dans la maison d\u2019\u00e9dition du Parti communiste allemand. Il s\u2019agissait d\u2019Adam Scharrer (1889-1948) ouvrier serrurier, puis combattant spartakiste. Ensuite dirigeant professionnel du KAPD, dont il fut exclu en 1930. Comme Schroeder, il est romancier, mais il s\u2019oriente dans l\u2019autre direction : \u00e0 partir de 1933, il r\u00e9side \u00e0 Moscou. Il \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 en Allemagne de l\u2019Est comme un \u00ab pionnier de la litt\u00e9rature prol\u00e9tarienne \u00bb. II va sans dire que certains traits de son pass\u00e9 restaient cach\u00e9s au public.<\/p>\n<p class=\"western\">[9] Voir Carnets de route de l\u2019incendiaire du Reichstag et autres \u00e9crits, de Marinus van der Lubbe, \u00e9d. Verticales, 2003 ; Marinus van der Lubbe et l\u2019incendie du Reichstag, de Nico Jassies, Editions antisociales, 2004 ; \u00ab L\u2019acte personnel \u00bb et \u00ab La destruction comme moyen de lutte \u00bb, d\u2019Anton Pannekoek, Echanges n\u00b0 90 (printemps-\u00e9t\u00e9 1999).<\/p>\n<p class=\"western\">[10] Traduction sur www.left-dis.nl\/f\/gictabma.htm. Un r\u00e9sum\u00e9 sous le titre Principes de base, d\u2019abord paru dans les nos 19, 20 et 21 de Bilan, a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans le n\u00b0 11 des Cahiers du Communisme de Conseil.<\/p>\n<p class=\"western\">[11] S\u00e9bastien Faure (1858-1942), Mon Communisme : le Bonheur universel, Paris 1921, page 227.<\/p>\n<p class=\"western\">[12] Rudolf Hilferding, Das Finanzkapital, page 1. (Le Capital financier, trad. fran\u00e7aise aux Editions de Minuit,1970, \u00e9puis\u00e9e.)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le mouvement des Conseils ouvriers en Allemagne (1919-1935), par Henk Canne-Meijer (lien vers sa biographie) &nbsp; &nbsp; LA REVOLUTION \u00c9CLATE En novembre 1918, le front allemand s\u2019effondra. Les soldats d\u00e9sert\u00e8rent par milliers. Toute la machine de guerre craquait. N\u00e9anmoins, \u00e0 &hellip; <a href=\"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/?p=986\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":14481,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18,25],"tags":[],"class_list":["post-986","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lutte-de-classe","category-organisation-et-autonomie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/986","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/14481"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=986"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/986\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1650,"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/986\/revisions\/1650"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=986"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=986"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/liremarx.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=986"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}