Pour commencer avec Marx et le « marxisme »

Nombreux sont ceux qui entrevoient dans la critique par Marx du mode de production capitaliste une contribution essentielle, puissante. Qui n’en a jamais entendu parler en effet. Mais qu’en est-il exactement? Et puis, par où commencer dans cet immense dédale de textes? Voici l’objet de cette publication, qui vous invite à entrer pas à pas dans l’œuvre de Marx, mais aussi, parce qu’elle a eu une histoire lui étant postérieure, le « marxisme ». Il existe d’innombrables introductions, de qualités extrêmement diverses, nous essayerons d’y voir un peu plus clair aussi dans ces tentatives.

Malgré une pensée qui n’est pas encore aboutie sur certains points, il est incontournable de commencer par la lecture du Manifeste communiste.

Pour resituer Marx dans ce qui en a été fait par la suite, et qui est rassemblé sous la dénomination de « marxisme », nous vous invitons à lire cette excellente contribution de Pierre Souyri « Le marxisme après Marx« .

Ce court texte de Michael Heinrich revient sur la pertinence d’un retour à la lecture de Marx.

La spécificité de Marx est bien d’avoir produit une analyse extrêmement poussée du mode de production capitaliste. Pour commencer, voici donc une présentation simplifiée de ce qu’est le capitalisme par Michael Heinrich.

Vers la critique de l’économie politique

De son vivant, Marx n’a publié que le premier livre du Capital, il n’a pas terminé les deux autres, et ils furent édités par Friedrich Engels après la mort de Marx sur la base de ses manuscrits. Puisque le Capital est un fragment, de nombreux textes sont utilisés dont la plupart n’étaient pas publiés ni finis. Puisque Marx a eu une évolution particulière, qu’il a révisé ou changé certaines de ses conceptions, il est nécessaire de mettre en perspective tous ses écrits par rapport à la phase dans laquelle ils ont été produits. L’aperçu suivant sur les textes les plus importants touchant à la critique de l’économie se propose de donner les premiers éléments pour pouvoir s’orienter.

Manuscrits économico-philosophiques (dits Manuscrits de 1844 ou de Paris), 1844 ( MEW 40; MEGA I.Abt., Bd.2). Non publiés, non terminés, et auxquels Marx n’a pas donné de titre, ont été publiés pour la première fois en 1932. Marx s’y trouve fortement sous l’influence de la philosophie de « l’essence humaine » de Feuerbach, avec laquelle ce dernier critiquait la philosophie et la religion. Marx applique cette critique à l’économie : dans le capitalisme, les hommes sont « aliénés » (entfremdet) de leur véritable essence humaine, le communisme est l’abolition (Aufhebung) de cette aliénation. Marx critique ce qu’on appelle l’économie nationale en ce qu’elle considère cet état d’aliénation comme étant naturel, elle n’est par conséquent une science qu’au sein de cette aliénation.

Pour aller plus loin : écouter cette conférence (2h) qui permet de saisir la portée et la puissance du geste philosophique de Marx dans ces manuscrits.

Thèses sur Feuerbach (1845), L’idéologie allemande (1845/46) (MEW 3). Manuscrits non publiés du vivant de Marx, les Thèses sur Feuerbach seront publiés en 1888 et l’Idéologie allemande en 1932. Dans les deux textes, la philosophie (de Feuerbach) de l’essence humaine est critiquée, « l’essence » et « l’aliénation » sont pris pour des constructions philosophiques, et en tant que telles, rejetées. A leur place, ce sont les rapports économiques réels, forces productives et rapports de production, qui doivent être analysés. Quant à savoir si avec ce manuscrit il y a lieu une rupture avec la philosophie de l’essence, ou si Marx a par la suite encore une représentation bien précise de l’essence humaine et de l’aliénation, cela fait l’objet de vives discussions.

Articles dans la les Annales franco-allemandes:

Le manuscrit de Kreuznach

L’Idéologie allemande

 

Il existe de nombreuses introductions à Marx, nous en faisons la recension ici (page en construction).