Ce texte incarné de Matt McManus revient sur l’oeuvre de David Harvey dans son ensemble et plus particulièrement sur sa dernière parution, The Story of Capital, What Everyone Should Know About How Capital Works, Verso Books, London, 2026. Cette recension a été publiée sur le site Marxandphilosophy, et traduite par nos soins.
Archives de catégorie : Recensions
NATURE, CAPITAL ET CATASTROPHES, MATERIAUX CRITIQUES, 2025
Jakob Pins, gravure sur bois « The Apocalyptic City » scène de terreur et destruction
Les camarades qui animent le site Matériaux critiques diffusent des compte rendus de lecture régulièrement. En voici un qui porte sur plusieurs ouvrages dont nous avions déjà fait la recension, dont celui de Kohei Saïto, La nature contre le capital, Syllepse, Paris, 2021, ou encore de Paul Guillibert, Terre et capital, éditions Amsterdam, Paris, 2022. La façon dont les auteurs mettent en perspective les différents ouvrages et la place qu’ils occupent dans la production idéologique et les stratégies de l’écologie mérite toute notre attention. Il a été publié dans le n°25 de la revue en octobre 2025. Les commentaires sont ouverts sur cet article, n’hésitez pas à contribuer.
Recension de Fabian van Onzen, Service Workers in the Era of Monopoly Capital (Les travailleurs du secteur des services à l’ère du capital monopolistique)
Fabian van Onzen, Service Workers in the Era of Monopoly Capital (Les travailleurs du secteur des services à l’ère du capital monopolistique), Haymarket Books, Chicago, 2022. 220 pp., $25,
ISBN 9781642597967
Recension de Quintus Magnus,
Ce que l’on appelle les emplois dans les services et le commerce de détail peut désigner de nombreux métiers, des agents d’entretien aux baristas, des chauffeurs de bus aux managers, des designers aux archivistes. Cependant, dans la théorie marxiste, la classification des emplois dans les services et le commerce de détail demeure controversée. La controverse principale repose sur deux débats : celui de déterminer si les travailleurs des services et du commerce de détail produisent de la plus-value et celui de déterminer si ce groupe appartient à la classe ouvrière.
Recension: Marx’s Ethical Vision de Vanessa Chris Wills (2024)
La question de l’éthique marxienne et dans l’histoire du mouvement ouvrier est centrale. Elle a en particulier été soulevée par des auteurs français, aux antipodes desquels se trouvent Althusser et Rubel. Un livre vient nous apporter une vision particulière, dont on peut cependant d’ores et déjà identifier certains écueils, comme l’importance conférée à la dialectique, ou au matérialisme historique. Ne nous y arrêtons pas et lisons la recension parue sur Marx & Philosophy et rédigée par Sam Ben-Meir.
Recension: La fin de l’utopie, Herbert Marcuse, 1968
La fin de l’utopie, Herbert Marcuse, 1968
Le livre La fin de l’utopie est un compte rendu d’une série de conférences-débats tenue par Herbert Marcuse à l’Université libre de Berlin Ouest du 10 au 13 juillet 1967.
Une reproduction de l’allocution introductive du philosophe précède les échanges avec les personnes présentes. Parmi eux se trouve notamment Rudi Dutschke, le syndicaliste, mais de nombreuses autres personnalités de la gauche radicale, maoïste ou anti-parlementaire allemande. Il est étonnant de remarquer que l’un des ouvrages cités régulièrement dans les échanges est Le livre des abolitions de Karl Korsch qui vient tout juste de paraître aux éditions de l’Asymétrie.
La nouvelle édition du livre II du Capital par la GEME

Les éditions sociales ont fait paraître en février 2024 une nouvelle traduction du livre II du Capital. Ce livre comporte une histoire complexe, dans son élaboration, son niveau d’analyse et sa réception que cette nouvelle édition permet de saisir.
Recension: Marcello Musto, Les dernières années de Karl Marx. Une biographie intellectuelle (1881-1883)
Marcello Musto, Les dernières années de Karl Marx. Une biographie intellectuelle (1881-1883)
Dans ce livre, Marcello Musto rend son corps, sa complexité, sa puissance et son implacable exigence scientifique à celui dont le nom plane au-dessus de toutes les luttes contre le capital. Traduit moins de sept ans après sa parution (en 2016) en plus de vingt langues, ce petit livre de Marcello Musto est paru aux éditions PUF en 2023, traduit par Anthony Burlaud. Nous allons voir en quoi ce petit ouvrage trouvera une place de choix dans le rayon « Introductions à Marx » de votre bibliothèque.
Recension de Fred Moseley, Marx’s Theory of Value in Chapter 1 of Capital: A Critique of Heinrich’s Value-Form Interpretation, par Peter Green
Recension
Peter Green
Fred Moseley, Marx’s Theory of Value in Chapter 1 of Capital: A Critique of Heinrich’s Value-Form Interpretation, Palgrave Macmillan, London, 2023. 167 pp., €42.21
ISBN 9783031132094
Marx’s Theory of Value in Chapter 1 of Capital de Fred Moseley est un livre relativement court, paru dans le cadre de la série « Marx, Engels et Marxismes » avec une limite de 60 000 mots. Dans le cadre de ces contraintes, Fred Moseley a livré une interprétation de la théorie de la valeur de Marx dans le chapitre 1 du Capital, remettant en question le commentaire désormais largement influent de Michael Heinrich dans Comment lire le Capital de Marx ?) publié en anglais en 2021.
Lire les Grundrisse. à propos du livre de David Harvey, A Companion to Marx’s Grundrisse, Verso, 2023.

Les Grundrisse
Dans les écrits portant sur Marx, nombreux sont ceux qui font référence aux Grundrisse, manuscrits de Marx rédigés entre 1857 et 1858. On retrouve ce texte dans la littérature marxiste évoqué par citations, comme on le fait souvent pour les écrits de Marx, mais plus particulièrement avec ses manuscrits non publiés. Ainsi, comme les Manuscrits de 1844, on pioche aisément de ça de là une très belle citation ou formule, qui peut être en soi excellente, il faut le dire. Mais bien souvent ce « syndrôme des manuscrits » comme on pourrait appeler cette tendance au cherry picking, revient à piocher dans un tas de citations sans forcément faire grand cas du statut spécifique du texte, ni de son contexte théorique et critique. Il ne s’agit pas d’affirmer qu’il faudrait gloser plus sur le texte, mais plutôt d’être plus au clair avec ce qu’on y cherche, c’est-à-dire ce qu’on cherche à prouver, à montrer. C’est ce qu’on pourrait appeler l’intention parfois aussi politique, stratégique, elle-même prise dans des rapports sociaux bien contemporains, qui porte l’interprétation du texte.
Le socialisme avant Marx, récension

Manfred Hahn, Hans Jörg Sandkühler (éds), Sozialismus vor Marx, Pahl Rugenstein, 1984.
Pour comprendre Marx, il convient de saisir le champ de ce qu’était le socialisme dans le mouvement ouvrier naissant de son époque, et la conscience qui avait émergé déjà avant les écrits de Marx sur la nécessité de renverser intégralement les rapports sociaux spécifiques au capitalisme. Pour ce faire, il est avant tout nécessaire de se défaire de la dénomination « utopique » pour qualifier les socialismes avant Marx.
L’appellation de « socialisme utopique » est particulièrement fameuse en ce que le court texte Socialisme utopique et socialisme scientifique d’Engels ou le Manifeste communiste, constituent les lectures les plus répandues au sein des mouvements politiques se revendiquant de ces auteurs.
Recension : L’enquête ouvrière, Karl Marx, 1880, LitPol, 2018
Contrairement aux autres écrits de Marx, qu’ils soient des articles ou des livres, on ne trouvera pas explicitement ici une pensée développée finie. Ce questionnaire propose simplement des outils permettant de donner à sa vie une forme qui répond à des nécessités qui doivent encore être identifiées. Il est l’écrit de Marx le plus décentré qui soit, le plus en quête de la source d’organisation collective : il fournit une méthode pour prendre le temps de s’interroger sur sa vie et ses conditions de vie, qui sont pour l’essentiel des conditions de travail.
Recension : Michael Quante, Der unversöhnte Marx. Die Welt in Aufruhr, Mentis, 2018.

Ce petit ouvrage paru en 2018 aux éditions Mentis est composé de trois articles rédigés par l’auteur pour des revues et des journaux, accompagnés d’une interview de l’auteur réalisée en 2017, ainsi que d’une imposante introduction rédigée à cette occasion. Michael Quante est particulièrement connu en Allemagne pour son édition commentée des Manuscrits de 1844 chez Suhrkamp parue en 2009, ainsi que pour son « Manuel Marx » coédité avec David Schweikhard (Marx Handbuch. Leben – Werk – Wirkung, 2015).
Recension : Terre et capital. Pour un communisme du vivant, Paul Guillibert, éditions Amsterdam, 2021.

L’ouvrage est la thèse de philosophie (remaniée) de Paul Guillibert (université Paris-Nanterre). Dans ce livre, l’auteur entend « actualiser le projet communiste » pour l’adapter à l’urgence climatique en intégrant les non-humains dans l’équation stratégique. Pour cela, il serait nécessaire de se libérer de certains présupposés qui sont associés à la notion de communisme telle qu’elle s’est développée à partir des écrits de Marx, à l’instar du productivisme. Il s’agit pour l’auteur de transformer l’ordre existant en prenant en compte les non-humains, en intégrant les conditions environnementales de l’histoire humaine. L’auteur défend un « communisme vivant » qu’il définit à partir de L’Idéologie allemande comme un mouvement « attentif aux formes immanentes du mouvement réel d’abolition de la valeur » 1. Pour Paul Guillibert, il faut « inscrire à l’agenda du communisme la défense des ‘communs multispécifiques’ » 2. Il entend ainsi tracer une troisième voie entre l’anti-naturalisme des sciences sociales et le naturalisme naïf du retour à la terre.
Recension : Marx, Dead and Alive. Reading Capital in Precarious Times, Andy Merrifield, Monthly Review Press, 2020
Ce livre se présente comme un essai littéraire, le témoignage de la rencontre entre un homme, Marx et le monde qui nous entoure. L’auteur nous raconte sa nouvelle rencontre avec le Capital, et nous plonge simultanément dans les conditions de son écriture. L’alternance qui se trouve dans le titre entre mort et vivant est structurante, le regard se pose successivement sur la tombe de Marx et sa vie. A l’aide de comparaison avec des auteurs contemporains de Marx comme Gogol ou Dickens, il donne une profondeur littéraire et vivante à ce qui parfois peut avoir l’aspect d’une description froide et abstraite du fonctionnement du capitalisme. En mettant par exemple en parallèle les propos de Marx sur l’habit (exemple utilisé dans le Capital pour développer la forme-valeur) et les habits qu’il portait effectivement, il fait s’immiscer une autre dimension : celle de la corporéité brute subissant la misère de plein fouet.
Recension : Oliver Schwedes, Verkehr im Kapitalismus [Le transport dans le capitalisme], transcript, 2e édition, 2021.
Ce livre propose d’utiliser l’analyse de Marx pour étudier le rôle du transport dans l’économie capitaliste. En gardant comme objectif de déterminer les possibilités d’action en termes de choix politiques, l’auteur donne à voir les obstacles provenant spécifiquement de la structure même du capitalisme qui obstruent le champ d’action autant des individus que des groupes sociaux à l’intérieur de la société. L’articulation principale étant entre « économie politique » et « transport » ce livre doit nécessairement retenir notre attention.
Recension : Kohei Saïto, La nature contre le capital. L’écologie de Marx dans sa critique inachevée du capital (Syllepse & Page 2, 2021).
Introduction
Ce livre se présente comme une réponse à la vague de littérature sur l’écologie chez Marx qui a déferlé depuis la fin des années 1990. L’objectif de toute contribution sur l’œuvre de Marx portant sur cette question spécifique consiste à déconstruire l’idée selon laquelle Marx serait productiviste, cultiverait un fétichisme des forces productives, ou bien encore serait « prométhéen » au sens où il aurait « une foi inébranlable dans le progrès allant jusqu’à penser qu’avec le développement de la technologie, l’être humain serait en mesure de manipuler le monde avec de plus en plus d’efficacité et de plus en plus à sa convenance » 1.
Cependant il s’agit aujourd’hui aussi de répondre aux contributions qui se sont justement données pour tâche de déconstruire cette idée, et Kohei Saïto estime que leur point commun est qu’elles cherchent à révéler la nature écologique de la critique marxienne du capitalisme en s’appuyant sur des passages isolés dans l’œuvre de Marx, et donc donnent ainsi l’impression « que celui-ci ne s’occupait de cette thématique que sporadiquement, et non systématiquement » 2. Il s’agit également de répondre à l’idée répandue maintenant dans les recherches marxologiques – et initiée par Alfred Schmidt dans son étude sur le concept de nature chez Marx – que ce dernier aurait simplement repris la théorie du métabolisme de Moleschott 3, ou encore subit l’influence de Ludwig Büchner 4.
Présentation de nouvelle parution: Lexique Marx II, « Révolution », L. Janover, M. Rubel, Smolny 2021

Ce vendredi 30 avril 2021 paraît le deuxième volume du « Lexique Marx ». Cet ouvrage s’inscrit dans le projet de publication des articles commis par Louis Janover et Maximilien Rubel entre 1978 et 1985 dans les « Etudes de marxologie » en vue d’un « Lexique Marx ». Il réunit deux articles qui divisent en deux ce deuxième volume du projet éditorial porté par le collectif d’édition Smolny.
Il est indiscutable que la conception que l’on a de la société socialiste implique d’emblée celle du mouvement qui y mène, la révolution. Pour autant, on ne peut pas se satisfaire de déclarations semblables à celles que l’on peut glaner dans l’Idéologie allemande comme « le communisme, c’est le mouvement réel qui abolit l’état actuel ». Si l’on sait que Marx se qualifiait lui-même de « révolutionnaire », on sait donc moins quel sens il entendait prêter à ce qualificatif dont il s’est fréquemment revendiqué.
Introduction à Marx, Pascal Combemale, La Découverte, 2006 (2018).

Parsemé d’encadrés mettant le focus sur des notions-clés en proposant des synthèses sur les débats actuels et anciens sur ces notions, l’ouvrage déroule l’oeuvre et la vie de Marx sans considérer son œuvre « comme un système clos, achevé, sans failles » 1. Cette approche de l’évolution de la théorie et de la critique de Marx est essentielle et peut correspondre à une certaine analyse de l’élaboration du Capital en deux phases: la première étant celle des six livres, qui s’étend des années 1850 aux années 1861-1863, incluant les Grundrisse, la Contribution et les Théories sur la plus-value, et la seconde, le Capital en quatre livres, s’étendant de 1863 à 1881, incluant les Notes sur Wagner 2. Cependant, l’auteur ne parvient pas toujours à tenir cette promesse dans sa « reconstruction », il identifie par exemple un « fil directeur » qui pourrait être la « critique de l’aliénation, à condition de ne pas en faire un invariant anthropologique » 3.
Dick Howard, Marx. Aux origines de la pensée critique, Le bien commun, 2001.
Dick Howard est un professeur retraité, il est édité en France notamment dans la revue « Esprit » au sujet des USA, sur Habermas (2015), André Gorz (2014), dans la revue « Projet », dans la revue du MAUSS, et Critique. Il est notamment connu pour son livre Aux origines de la pensée politique américaine (Hachette Pluriel 2008). Il a étudié avec Paul Ricoeur à Paris, a travaillé avec Claude Lefort, Castoriadis et Habermas. On peut notamment lire cet article de lui : Lectures de Marx par la Nouvelle gauche en 1968.
L’ouvrage propose un retour au « Marx philosophe », sa critique de l’économie politique aurait en effet été la brèche dans laquelle a pu se glisser le totalitarisme. Cette idée est un lieu commun bien erroné, qui sous-tend en général les entreprises théoriques ayant pour ambition de retrouver la philosophie de Marx, autrement dit, de le vider de son contenu politique révolutionnaire. L’auteur reconnaît dans l’introduction sa dette à l’égard de Castoriadis et Lefort, présence que nous retrouvons dans un discours constant sur « le » politique, assez peu voire pas du tout défini, et surtout dans le chapitre conclusif : « Critique, utopie et politique démocratique ».
Relire Le Capital, PUF, 2009, Ouvrage coordonné par Franck Fischbach
Cet ouvrage, publié en 2009 aux PUF rassemble différents articles sur Marx, et non sur le Capital comme le suggère le titre. Franck Fischbach annonce dans la présentation générale qu’il ne s’agit pas de se limiter à une exégèse de Marx et de constater que tel ou tel auteur aurait fait des « contre-sens » sur Marx 1. Il ne s’agit donc pas de critiquer le ou les marxismes « au motif qu’une telle critique serait le préalable nécessaire à l’ouverture d’un accès au texte même de Marx, comme si ce texte reposait quelque part tel un trésor inaccessible à ceux qui commenceraient par le débarasser de toutes les scories accumulées par le temps » 2. En effet, les contre-sens dans l’histoire du marxisme, comme celui de Lukacs avec la théorie de la réification, ont été productifs.
Pourtant, les articles qui composent l’ouvrage vont faire ce détour par les lectures dans le marxisme du texte de Marx, ce qui est une démarche assez naturelle en fait, de même que de les interroger. Par ailleurs, les articles qui composent cet ouvrage vont, pour la plupart, bien proposer des lectures qui comportent des contre-sens, serait-on alors en droit de les interroger dans leur rapport au texte après cette présentation ?